Archive de la catégorie ‘Non classé’

En français, S.V.P. !!!

Samedi 7 avril 2018

La langue, c’est cela qui importe.

 La langue, c’est la poésie des mots,

mais aussi et surtout celle des choses,

celle des sens, du sens et du non-sens,

celle des sensations que l’on éprouve

durant ce court rêve éveillé qu’est la vie.
Citation de Georges Dor

chanteur, écrivain et parolier québécois (1931- 2001)

 Vive la langue française ! Nos ancêtres aiment ça... !

 

Que dois-je faire pour me franciser de manière adéquate? Cette question est l’une de celles qu’un nouvel arrivant se pose à tous les jours avant de poser le pied sur le sol du Québec. On peut se demander, en effet,  quelle est rationnellement la meilleure action à entreprendre afin d’atteindre ce but. Ainsi formulé, ce type de question dépasse l’aspect technique pour entrer au cœur de l’éducation, dans ses questionnements sociaux et philosophiques, tout en obligeant à créer des outils, des instruments visant à déterminer l’action la plus efficace. Mais, si l’interrogation Que dois-je faire?  implique  la motivation scolaire, c’est qu’elle renvoie à la volonté de bien faire, alors là nous avons affaire à l’une des questions fondamentales en éducation. Qu’est-ce que « vouloir bien faire » pour apprendre le français? Comment pouvons-nous faire,  considérant que l’apprenant arrive d’un autre pays, tellement éloigné du nôtre, et portant ses différences dans tous ses contrastes, tant dans la sphère privée que dans la sphère publique, et en éducation, notamment.  Devons-nous agir à la façon d’un guide, afin de l’aider dans le choix de ses découvertes langagières, « en faisant image » sur tout ce qui précède le langage ? Oui, dans un premier temps, nous devons établir ce premier lien, pour cette ouverture préconsciente de la langue à aborder, surtout si celle-ci est tellement éloignée de la langue maternelle. La raison? Il faut permettre le plaisir dans l’apprentissage, afin de créer une porte d’entrée dans la pensée profonde de la langue, pour un apprentissage en amont. C’est là, dans un premier temps, que se retrouve «  la pensée de ce qui fait image », par exemple, l’image de l’arbre, celle qui envahit le monde, précède le mot «  arbre »; cela suppose comme une révolution intérieure, un renouvellement : l’image de l’arbre entre à l’intérieur du mot «  arbre « ; de la même manière, on change soi-même en partant vers un autre pays, en apprenant une nouvelle langue et une nouvelle manière de vivre et de penser.  De ce fait, quels principes devraient guider notre travail si nous souhaitons aider un nouvel arrivant à apprendre la langue française ? Comment éviter les blocages liés peut-être à cet apprentissage ?  Afin de pouvoir dépasser l’obstacle, il est primordial d’apprendre à évacuer le stress et la fébrilité, en prenant conscience du fait que «  la vie (en français), c’est maintenant » ; nous devons donc mettre en place, très concrètement, une méthode de travail afin d’instaurer un climat de tranquillité, de calme, pour l’élaboration d’une pensée en français, un nouveau cerveau, une nouvelle façon d’appréhender le réel, une nouvelle façon de penser et de créer, en français. De manière pratique, cela passe également par l’acquisition d’habilités nouvelles, permettant d’autres moyens, d’autres puissances. Ainsi, nous devons métaphoriquement casser des cages; idéalement, cela devrait inclure également un pan large de découvertes personnelles, en plus de la découverte de la langue française,  de par une mise en lumière de notre société, de ses mœurs, ainsi que de la façon dont on vit, quotidiennement, en français, au Québec. L’apprenant possède, avant la compréhension de la langue, cette intelligence de discerner les images, de percevoir la langue, comme une prélecture, c’est-à-dire «  lire la vérité entre deux choses ». La flamme de la connaissance, c’est aussi une forme de discrimination positive, comme celle permettant de « deviner » un texte. Nous sommes ici dans le pré conscient, mais cette flamme existe bel et bien, avant même l’expression de la nouvelle personne en devenir, celle sachant parler, écrire et penser, en français. En somme,   le « moi  qui apprend » existe avant le moment où il éprouve des sensations en français, et qu’il arrive à exprimer, à communiquer, pour comprendre les choses pratiques.  Plus tard, l’accumulation des images et des mémoires pavera la voie à une richesse et à une précision du vocabulaire. En somme,  avant tout, «  il faut marcher avant de courir «  et nous devons, pour ce faire, explorer le domaine de la connaissance intuitive, celle-ci est nécessaire et dans le temps «  hier », « aujourd’hui », « demain » ; plus tard, la suite logique amènera l’apprenant vers la division du temps, par exemple, dans le cadre des notions liées au monde du travail et aux obligations de la vie de tous les jours.  L’enseignante en francisation doit être en mesure de devenir véritablement comme un guide et/ou un modèle, un peu à la manière d’un passeur culturel, et non pas seulement un professeur de français, un sens strict du terme. L’action ne sera ainsi pas réductrice, car il est tout à fait possible, lorsqu’il y a la notion de plaisir dans les apprentissages, d’évaluer ce principe par l’image. Bref, pour apprendre et aimer une langue, il faut atteindre comme un état d’innocence. Une tranquillité de l’attention est souvent possible lorsqu’il n’y a plus les mots. Cela veut dire partager, discuter, créer ensemble. Essentiellement, le but ultime serait d’entrer au cœur de l’enseignement de la langue française, afin de l’observer de l’intérieur, pour l’apprendre mieux, pour toucher ainsi le cœur de son essence, même. Par exemple, c’’est une observation de la nature, du temps, des distances entre l’apprenant et les parties d’une journée : comment commence t’elle/comment se termine t’elle ? Dormir, manger, travailler; également, ce sont comme des petits voyages «  la nuit », «  le matin », « le midi », « l’après-midi », « le soir » « . Le déroulement d’une journée, c’est aussi un peu comme lire une partition musicale. Là où les mots ne peuvent plus rien décrire, nous devons parfois « voir » les choses au-delà des mots, pour ne pas se faire piéger par des descriptions trop formelles. De ce fait, l’apprentissage des parties d’une journée, c’est aussi apprendre la naissance, la renaissance perpétuelle. Et cela, en français, s.v.p. ! En psychoéducation, nous touchons également ici aux questions de l’attachement. Il y a dans les images la source des mots; il y a l’unité de la pensée. Par exemple, nous devons terminer les problèmes à chaque jour, ne pas les reporter au lendemain, pour s’éveiller avec une fraîcheur extraordinaire; nous cultivons ainsi l’harmonie, pour apprendre toujours davantage, certes, mais aussi pour apprendre de mieux en mieux.  L’idée est donc une construction d’une banque toujours nouvelle d’images et de mots, afin de faciliter le transfert des connaissances, comme pour le sens d’une semaine, d’un mois, d’une saison, d’une année, d’une décennie, voire d’une vie.

Pour atteindre cet objectif, il faut regarder et contempler plusieurs images,  réciter individuellement des mots de vocabulaire, répéter avec d’autres; il faut  y mettre une belle énergie, une motivation réelle, pour la construction des jeux de mots, pour la découverte des objets, des calendriers, des agendas, exercices «  J’aime/J’aime pas « et privilégier au final l’étude dans un cadre capable de faire du sens, tout en portant un regard lucide et concret sur la société québécoise, par la langue, dans une perspective éducative, sociale, politique, artistique et personnelle.

 

Le premier livre

Vendredi 2 mars 2018
MADAMECHAMPLIAI
Impossible d’oublier nos premières fois. Pour les livres, c’est pareil. Nos  premiers  livres, c’est la découverte d’un monde à part, parfois magique, souvent ludique, avec ce livre-là, celui « qui fait image «, celui qui touche spécialement nos sens et marque l’imaginaire à tout jamais. Souvent, il s’agit d’un livre pour enfants, un livre illustré ; ensuite, plus tard, il arrive que ce soit un livre d’art, une encyclopédie ou une revue scientifique, un herbier ou la Bible. Cependant, il arrive parfois que ce soit la rencontre avec un livre pour adultes, un livre de philosophie, de poésie, de psychologie ou de sexologie, lequel nous fascinera toute notre vie. Quoi qu’il en soit,  la découverte des premiers livres constitue le socle de l’éducation. Cette expérience allumera, sans le savoir, la flamme de la curiosité intellectuelle et pavera la voie au désir de connaître ; s’il y a quelque chose de touchant dans l’expérience humaine, c’est bien ce premier éveil à la vie de l’esprit.
En effet, ce premier contact constitue à la fois une force et un repère ; c’est une sorte de référence rassurante. Depuis quelques années, on s’intéresse beaucoup à l’effet marquant du premier livre dans la construction de l’imaginaire chez l’enfant. Pour certains d’entre eux, en effet, l’importance du premier livre constitue un véritable élan, à tel point qu’il pose la première pierre à l’édifice d’une riche fantasmagorie. Dans son essai philosophique sur l’entendement humain, John Locke explique le caractère singulier de certaines idées, lesquelles découlent en réalité de ponts et/ou de passerelles intermédiaires, dans les fondements de l’imaginaire.  Par exemple, Adam est capable, dès l’âge de 2 ans, d’imaginer une histoire en regardant les images de son livre préféré. Bien qu’il ne sache pas lire, il imagine l’histoire, il s’invente un rapport au monde personnel, il devine les mots (discrimination positive), il observe les lettres, l’organisation des phrases et du texte. Également, il observe le paratexte : les illustrations et les couleurs ; bref, tout parle un langage à venir !  Ainsi,  il commence peu à peu à reconnaître certaines lettres, certains mots, la ponctuation, une expression revenant souvent, par exemple «  il était une fois ». En somme, en se situant au cœur des apprentissages, le livre revêt une importance capitale, alimentant encore de nos jours bien des réflexions sur les compétences transversales en éducation, c’est-à-dire les compétences et habiletés qui peuvent être appliqués à plus d’une discipline. C’est donc une bonne idée de mettre les enfants en contact avec des livres variés et de qualité, dès le plus jeune âge. Les livres d’aphorismes et les recueils de poésie constituent en ce sens des petits bijoux de la langue française, en mettant en lumière la beauté de la langue au travers les moments du quotidien, avec ou sans allégorie à la fin ;  ne pas hésiter, donc, à lire de la poésie aux enfants !  De la même manière, les fables, les haïkus, les comptines, tout cela fait image en se gravant pour toujours dans le cœur et dans l’esprit.  De plus, l’acquisition des compétences, peu importe l’âge, a besoin de complémentarité. En ce sens, lire des histoires provenant de tous les genres littéraires procure à l’enfant un véritable plaisir de lecture. Également, la façon dont l’enfant construit ses affects est avant tout périphérique ; l’atmosphère au moment de la lecture est donc de la plus haute importance. Les parents, en faisant la lecture à voix haute, doivent lire calmement, avec une voix très douce, dans une pièce chaude, odorante et confortable. Les grands-parents peuvent aussi être de bons guides dans la découverte des premiers livres et se révéler également de formidables conteurs !  L’importance des mutations sociales et familiales ne doivent pas nous faire oublier de créer des formes de stabilité – « faire du sens » -,  avec l’enfant. Ainsi, les livres sont souvent des guides, des vecteurs extraordinaires de création, ayant des répercussions véritables dans la construction des savoirs futurs.
Pour les besoins de cet article, j’ai recueilli des témoignages de divers milieux et il en ressort que l’impact du premier livre est assez variable d’un individu à l’autre. Toutefois, le contact avec le premier livre, celui qui « marque », est souvent un révélateur fascinant de ce que deviendra l’enfant, plus tard. En effet, j’ai noté que plusieurs personnes publiques, notamment en affaire ou en politique, n’avaient pas été mises en contact avec la littérature par un livre, mais plutôt par une publication de type scientifique ou un magazine d’intérêt général. Même conclusion pour certains artistes, disant n’avoir pas été spécialement marqués par un livre, mais plutôt par le livre que lisait, par exemple, une personne significative pour eux, ou alors par une visite à la bibliothèque scolaire ou municipale: « j’aurais pu y passer ma vie ! ». Aussi, certaines personnes disent avoir en tête des détails, des sensations, du temps qu’ils étaient petits, par exemple tandis que la collation du soir précédait la lecture, ou qu’un feu de bois crépitait dans la cheminée. Cela sans compter les rires et les moments de complicité avec les frères et/ou les sœurs, lorsque la lecture se déroulait en famille. D’autres ont en tête des perceptions un peu floues, tels des personnages marquants ou des histoires, mais sans livre précis en tête. Bref, le spectre de l’impact du premier livre ratisse généralement assez large, mais quoi qu’il en soit, il demeure d’une étonnante précision chez plusieurs personnes. Le choix des lectures est donc important ; de la même manière, prendre le temps de visiter toutes sortes de librairies est une bonne idée, afin d’inciter l’enfant à découvrir de manière autonome de nouveaux livres, de nouveaux genres littéraires, ce qui lui permettra d’agrandir ses horizons et alimentera, de ce fait, son esprit critique. En effet, l’éducation c’est à la fois la capacité d’apprendre dans les livres et dans la vie elle-même. Si le livre constitue un moteur formidable pour l’acquisition d’une véritable libre-pensée, c’est aussi par la fréquentation de lieux et de gens allant dans ce continuum ; édifiants et stimulants. Ainsi, donc, le souvenir lié au premier livre deviendra un outil au service de l’enfant devenu grand, afin de l’aider  à allier ensemble toutes les facettes de sa personnalité, pavant la voie à la construction d’un savoir complexe et de plus en plus solide, pour la vivacité d’expériences significatives, aux couleurs les plus riches qui soient.

Charles Darwin et son arbre de vie

Dimanche 4 février 2018

 

 

ArbreDARWIN

 

GIRAUD, Marc, Darwin c’est tout bête!, Paris, éditions Robert Laffont,  344 p.

 

La sélection naturelle, l’adaptation au milieu, l’évolution des espèces, et quoi d’autre encore ?  Ah oui : les histoires de fous aux Galapagos, les singes qui parlent (on en connaît tous !), l’architecture de l’embryon, les fleurs musicales, les hirondelles de Tchernobyl et les batailles de mouches, constituent quelques exemples figurant au palmarès de ce livre extraordinaire, Darwin, c’est tout bête, qui relate, avec un humour imparable,  la vie du célèbre naturaliste et scientifique Charles Darwin. L’auteur, Marc Giraud, a frappé dans le mille en proposant aux néophytes en la matière toute la rigueur de l’activité cérébrale de Darwin,  mais sous une forme ludique particulière, où l’interrogation se dresse de tous bords, tous côtés.

Vivement la lecture à tous de cet ouvrage fort instructif et réjouissant, truffé de mille anecdotes sur la vie de Charles Darwin et sur ses travaux.  Impossible de résister à un livre pareil ; intelligent, frais, lumineux, cohérent, savoureux !  On imagine souvent Darwin comme un être austère, un peu fou, coupé du monde et avec un caractère de chien.  Or, il n’en est rien : Darwin était un tendre, un doux, un passionné, un être simple et d’une extrême sensibilité, à la larme facile et rempli de bonté et d’amour pour tout ce qui l’entourait.  Il possédait également un humour communicatif, doublé d’un esprit scientifique rigoureux, pointilleux sur les détails ; en somme, des caractéristiques ayant fait de lui un génie universel.

Ce livre, en plus d’explorer  la théorie darwinienne, propose de dépasser les préjugés figeant la pensée d’un seul homme, tel un gourou dogmatique, pour rechercher les contradictions – et les richesses – de la théorie initiale.  En effet, le darwinisme a dépassé Darwin.  Ainsi, au fur et à la mesure de notre lecture,  nous prenons concrètement conscience de l’importance à défendre courageusement la mémoire de Charles Darwin et de ses héritiers, particulièrement à l’heure où les fondamentalistes religieux, lesquels se montrent de nos jours de plus en plus agressifs, le caricaturent grossièrement, déformant ses propos, afin de l’éteindre dans nos Lumières, tout en le ridiculisant, souvent, et en le trahissant, même pas subtilement.

Il est vrai que, pour ce faire, le génie de Darwin a été trainé dans la boue, qualifié de blasphématoire par les créationnistes qui ne pouvaient supporter l’hypothèse que l’être humain n’est pas « la » création de « Dieu ».  De ce fait, la théorie de Darwin n’est plus au programme dans les écoles sous influence fondamentaliste ou intégriste, et son enseignement, qui faisait figure d’autorité dans le monde de l’éducation, ne va plus de soi.

De toute manière, aux dépens de l’orgueil crasse des hommes ancrés dans leurs certitudes condescendantes, superstitieuses et/ou surnaturelles, Darwin a choisi son camp : les bêtes !  Ainsi, sous un rapport objectal extrêmement ténu, il reste un fil d’humeur : son amour pour les animaux, lesquels le lui rendent bien,  d’ailleurs, ce qui lui a permis, en attendant de devenir célèbre, de s’amuser follement de ses observations, qu’il nota dans son journal personnel.  Imaginez : Darwin jouait du piano pour des vers de terre afin d’observer leurs réactions, en plus d’avoir découvert des fossiles spectaculaires qui furent des éléments-clés de sa renommé naissante.  De plus, il alla jusqu’à mettre un scarabée dans sa bouche, lequel, par mécanisme de défense, lui brûla immédiatement la langue en expulsant des substances chimiques. En somme, l’originalité des observations de Darwin laisse sans voix, tant il s’est rendu loin dans l’expérimentation.

De plus, nous comprenons parfaitement, grâce à Charles Darwin, que la loi du plus fort n’est pas toujours la meilleure.  Avec la même pertinence, il a montré que le sexe constitue le moteur de l’évolution.  En effet, la sexualité, cette machine « à faire du différent », donnerait un avantage dans la lutte pour la vie.  En apprenant à raisonner ainsi, on admet que l’acte sexuel ne se réduit pas à la reproduction, parce qu’au contraire, chaque être né de deux parents est entièrement nouveau et original.  Aussi, des comportements homosexuels ont été recensés chez quatre cent cinquante espèces animales différentes, dont trois cents de mammifères et d’oiseaux. De plus, certains animaux sont bisexuels et même multi sexuels, dont l’exemple le plus célèbre demeure les bonobos.  En fait, les animaux homos perturbent la théorie de Darwin et il a fallu attendre jusqu’à 1999 pour que des chercheurs signent de nouvelles conclusions.

Finalement, on comprend que la science de Darwin est faite entièrement de mouvement et de vie.  Les animaux s’expriment, de même que les végétaux, et cela est à lui seul extrêmement fascinant.  Moins connu que L’Origine des espèces (1859), mais fabuleusement innovant pour son époque, Darwin signa un livre : L’Expression des émotions chez l’homme et chez les animaux (1872), dont le contenu fait littéralement hisser les cheveux sur la tête, tellement il nous met le nez dans la troublante animalité de l’être humain.

Bref, dépasser la loi de la jungle c’est la capacité, pour l’homme, de sortir de ses affects, pour entrer de plain-pied dans la raison.  Si on aime les droits et libertés, il faut sortir de la loi de la jungle, afin de permettre à la diversité humaine de cohabiter de façon pacifique.  Certes, la barbarie n’est jamais bien loin, cherchant à pénétrer, voire à défoncer les portes, mais nous sommes des êtres humains, et ce qui nous est propre en tant que tels ne doit pas ignorer le fait que, tôt ou tard, devra s’opérer la symbiose entre tous les peuples de la Terre.  En effet, aussi anarchique soit notre organisation sociale et cosmogonique, nous sommes obligés de prendre conscience de l’importance d’un échange constructif avec autrui, non seulement en matière de civilité, mais aussi, à plus long terme, pour la sauvegarde de la civilisation.  N’oublions pas non plus que tous les animaux vivent dans les affects, dans un mode “action/réaction”, sans Histoire, ainsi que l’étaient jadis les quelques peuplades primitives qui occupaient notre planète.

Bref, en plus d’être un remarquable travail de vulgarisation scientifique, ce livre de Marc Giraud, Darwin c’est tout bête ! mérite une place de choix dans nos bibliothèques, tant personnelles que scolaires.

 

Le racisme inversé, mais pourquoi faire ?

Vendredi 2 février 2018

louise

On les voit partout : dans les universités, dans les milieux communautaires, dans la rue. Ce sont  les bien-pensants antifacistes, ceux-là accusant l’homme blanc occidental contemporain de tous les maux. Afin de tenter de comprendre un peu mieux ce phénomène fascinant, partons du postulat préféré de nos bien pensants : «  L’homme d’aujourd’hui vit dans la peur « (lire : la peur de l’autre). Ainsi, ce n’est pas l’Autre qui a peur de nous, c’est nous qui avons peur de lui.  Bien ! Alors, pourquoi chercher à régler les problèmes de ces pays totalitaires avant de vouloir régler ceux des autres ? N’avez-vous donc pas, vous aussi, l’impression que ces débats et ces articles prennent trop de place et de temps ? Certains arrivent même à en vivre…  ! Et si tout cela cachait une réalité plus insidieuse ? La peur : pourquoi donc s’y complaire ainsi ? L’homme d’aujourd’hui vit dedans souvent par procuration, par transitivité et alors, pourquoi la peur de l’autre ne le ramène t’il donc pas à lui-même, une bonne fois pour toute ?  Mais, bien sûr, pour ce faire, nous devons alors tous porter le chapeau de l’homme blanc, celui-là qui se pose et s’impose, bien souvent malgré lui, celui qui s’excuse de s’excuser;  mais de quoi sommes-nous donc coupable, au juste ? Est-ce notre faute d’être nés ainsi libres et jouissants de tous les luxes, toutes les libertés, tous les conforts d’une société juste et généreuse ?  Pauvres aveugles condescendants que nous sommes, il faudrait redescendre un peu sur Terre et arrêter de regarder les autres pays de haut,  nous qui sommes tellement évolués, nous qui sommes surendettés, parfois aussi par les banques privées. Souvenons-nous du temps où nous étions sous la gouverne de l’Église, on ne valait guère mieux que les musulmans, et les croisades ont bel et bien existées; ouvrons les yeux, la dictature dont ils souffrent actuellement, nous l’avons connue dans le passé.  Et c’est quoi «  être musulman », vous définiriez ça comment, très exactement ? Certains diront «  oui, c’est ça «, mais toi, mon bien-pensant préféré, tu en dis quoi ? Et aux femmes laïques tunisiennes, aux femmes libres et mortes, on leur dit quoi ? Puisque vous êtes femmes, acceptez donc les déterminismes religieux, rentrez dans le rang et fermez-la ?

 

En fait, l’hypocrisie de la démarche, laquelle suinte de toutes parts, n’est pas tellement originale,  tant elle est observable partout, exponentielle dès lors que s’ouvrent à grandes portes les visages désespérés des peuples déchus, répandus désormais partout, tellement que oui, ce sont nous,  les racistes, nous,  les québécois, un peuple bon et accueillant au-delà de tout, tolérant au-delà de la tolérance même;  peu importe :  les ennemis de nos ennemis sont nos amis parce que nous sommes peut-être bien le seul peuple de la Terre à ne pas en  avoir, d’ennemis.  Connaissez-vous un peuple plus gentil, plus paisible, que les québécois ? En effet, nous ne diabolisons personne, car  les québécois ne sont pas manichéens, ils ne raisonnent pas en ces termes de croyances aveugles, mais dans le respect des lois, et avec un dynamisme formidable afin de s’en dépêtrer, ayant fait table rase d’un passé religieux pas si lointain.  Alors, partant de ce fait, que les bien-pensants ne viennent pas nous faire croire que nous avons un milliard d’années de retard  en matière de spiritualité, ou même de moralité. Ces nouveaux curés, en nous disant de devoir nous sauver contre nous-mêmes, font du racisme inversé, ce qui est insultant pour la majorité des personnes intelligentes. En fait, c’est comme une grande propagande,  pour ne pas dire un crime pur et simple.  De la même manière, en décidant d’accueillir à bras ouvert tous les peuples de la Terre,  tous, sans exception, nous avons fait la preuve que nous sommes parfois bien naïfs.  En fait, c’est honteux de lire et d’entendre les propos des bien-pensants ; un moment, c’est une version, et ensuite une autre.  Vous rendez-vous compte que vous comparez l’homme blanc occidental privilégié aux pires totalitaristes de l’Humanité ? Il y a quand-même des limites à se nier;  ne voyez-vous pas où le bât blesse ? Avez-vous à ce point une poutre dans l’œil à ne pas y voir le brin de paille dans l’œil du voisin ? Voulez-vous que je vous dise à quel point j’ai honte lorsque je vous entends parler de mondialisation ? Vous adoptez un ton si froid,  si dépassionné, et pour tout dire, dogmatique et calculateur, sur la présente question. Or, comble de tout, vous êtes souvent parmi mes compatriotes, québécoises et québécois de souche, vous aussi, comme moi, et comble de tout : nous travaillons souvent sur les mêmes dossiers, au cœur des mêmes enjeux !  Mais de quoi vous sentez-vous à ce point lâches et/ou coupables ? Ce papier, bien humblement, tente non pas de mettre de la pression sur tel ou de tel, mais d’allonger le discours initial des bien-pensants, celui dont tout le monde connait,  afin de détailler un peu mieux l’enjeu, pour une meilleure compréhension en amont, et tenter d’approcher, si possible, la réalité historique vers un espoir de réconciliation. Pour cela, d’abord, il faudrait pouvoir reconnaître que  le communautarisme est l’ennemi de l’égalité. Or, le dogme de tous les groupes extrémistes actuels est gravissime,  car il est devenu impossible à réfuter, à critiquer, sous peine de se voir traiter de racistes, et ce n’est pas chic : avec ce discours vulgaire, ces insultes et ces menaces.  Trop, c’est trop ! Nous n’avons ni parti pris, ni intérêt, mais voilà que nous devons nous excuser de nous  sentir trop souvent de trop chez nous, dans notre propre pays ? C’est pourquoi la réalité embrasse désormais cette société de discours fleurant bon la complaisance crasse: nous ne sommes plus chez nous, dans ces déplorables conditions. C’est d’une tristesse… !  Et on ne pourra pas dire «  on ne savait pas «.

La pluralité des mondes possibles

Vendredi 26 janvier 2018

 

large

 

Nous vivons une époque exceptionnelle dans l’histoire de l’humanité.  En effet, nous sommes désormais sortis des mythes anciens qui décrivaient, d’une manière ou d’une autre, la création de l’Univers.  Nous sommes sortis d’une vision du monde  réductrice, étriquée, qui traçait invariablement une frontière étanche entre le Ciel et la Terre, entre le Bien et le Mal, entre les Arts et les Sciences.  Cette vision manichéenne du monde plaçait la planète Terre au centre de l’Univers, tel un nombril originel, et la religion était, de ce fait, profondément imprégnée de la pensée d’Aristote.  Toutefois, dès l’instant où Galilée découvrit ses nouveaux détails astronomiques dans «  le ciel divin », nous étions déjà passés de l’autre côté du miroir.  Et, nous connaissons la suite, surtout l’impact que ces observations, désormais célèbres, eurent sur la vie des idées ; pour ce faire, il a fallu néanmoins vaincre la censure, tant Galilée et ses travaux eurent la vie dure en son temps, tant elles furent méprisées, ne soyons pas étonnés, par une telle expression de la bêtise. En effet, Galilée, fort intelligent et possédant une véritable originalité, fut traité de manière condescendante par tous les imbéciles et autres complexés autour de lui, réduisant ses découvertes audacieuses à un blablatage insipide et inepte, allant jusqu’à se moquer du ridicule de ses conclusions ; finalement, ce fut un compliment de bas étage de la part de ces fanatiques,  servant la science alors plus que jamais telle une véritable chapelle idéologique. Ainsi, et l’Histoire se souvient : cette découverte non seulement agira à la manière d’un effet de levier afin de vaincre l’imbécilité de son temps, mais celle-ci eut également un impact extraordinaire sur l’avenir de la civilisation en général et sur la recherche scientifique en particulier.

 

Ainsi, les travaux de Galilée – et son traitement – furent éloquents tant qu’à la pertinence de cultiver un véritable libre arbitre, pour un esprit critique loin de la facilité. De même, la nécessaire curiosité intellectuelle est bien la preuve de son effet salvateur, non seulement pour un esprit génial tel Galilée, mais pour tout le monde, en particulier pour les jeunes esprits de demain. De ce fait, cela est fascinant de constater combien  les questionnements existentiels persisteront toujours dans la tête des gens.  Ainsi, les astronautes, ayant fait le tour de la Lune à bord des missions Apollo, ont dû répondre à la question : « Avez-vous rencontré Dieu derrière la Lune ? ».  Dieu ne s’y trouvait pas.  En revanche, l’une des surprises de notre temps aura été de découvrir que les étoiles, dont le Soleil, se comportent comme de véritables instruments de musique, émettant des sons, par des vibrations internes, semblables à des caisses de résonnance, et détectables par des instruments sophistiqués, analysant la lumière des vibrations stellaires.  Ainsi, à défaut d’être audibles, la « musique des étoiles » est visible.  En effet, il existe plus de 200 milliards d’étoiles dans notre Galaxie, dont beaucoup sont entourées de planètes… Je vous laisse imaginer la symphonie !

 

De même, imaginez également ceci : pour chaque étoile, compte tenu de sa luminosité et de sa température, on peut définir une « zone habitable ».  C’est ainsi que  « la pluralité des mondes possibles » a fait son entrée dans la recherche scientifique contemporaine. Toutefois, de par le poids de l’histoire, tout en prenant conscience de l’étendue des connaissances et des découvertes scientifiques, c’est avec humilité, presque un genre de tendresse,  que l’on parcourt le livre de Sylvie Vauclair.  En effet, nous sommes de nos jours loin, très loin, du postulat initial de l’antique image de la Terre, centre du monde et entourée de quelques planètes.  Cela oblige les esprits à entrevoir, peut-être, la possibilité des « autres mondes » : plusieurs « Super Terre » ont été découvertes à ce jour, ainsi que plusieurs « objets célestes », tellement nombreux qu’il serait trop long de les énumérer ici. Par ailleurs, cet ouvrage n’est pas un ouvrage faisant la nomenclature des composantes du cosmos, toutefois, il s’agit d’un véritable plaisir de lecture. Celui-ci alimente également nos réflexions sur la nécessité de vaincre, une bonne fois pour toute, la bêtise, celle qui mute constamment, et qui aime ramper pour se mettre servilement au service de la pensée médiocre et vulgaire.

 

De ce fait, l’être humain n’étant plus le centre de l’Univers, il lui faut encore s’y habituer.  L’évolution des connaissances en physique et en astrophysique est telle qu’elle invite, tout naturellement, à la méditation.  Ce qui est mit en lumière dans cet ouvrage, c’est également un discours qui pourrait paraître ésotérique, s’il n’était appuyé d’un solide corpus scientifique. En somme, aurions-nous toutes et tous comme un genre de destin cosmique ? Pour l’auteure, Sylvie Vauclair,  et Hubert Reeves, lequel signe la préface de ce livre La Terre, l’espace et l’au-delà, cela est très clair : nous venons du cosmos et nous retournerons au cosmos.  Il devient donc fascinant de se projeter personnellement, d’aller au-delà, de transgresser quelque peu, afin de découvrir sa véritable raison d’être dans ce contexte, lequel est bel et bien le nôtre.

 

En somme, cet ouvrage sans pareil nous invite, avec une belle fraîcheur intellectuelle à se laisser lire et relire. Il est écrit par Sylvie Vauclair, agnostique et  ancienne élève d’Hubert Reeves, lequel se passe de présentation tant ses travaux parlent d’eux-mêmes.  C’est un livre vulgarisé avec sensibilité et qui fait le tour de la planète Terre, cette planète océane, en passant par le système solaire, la naissance des mondes,  leur fin, sans oublier la pluralité des mondes possibles, pour se terminer avec un épilogue fascinant, lequel invite à la méditation poétique.

 

Astrophysicienne et professeur à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, Sylvie Vauclair a publié plus de deux cent articles de recherche scientifique et signe de nombreux ouvrages sur les thèmes de l’astronomie et de la planétologie, dont La symphonie des étoiles et La Chanson du Soleil.  Elle a entrepris depuis plusieurs années un remarquable travail de vulgarisation, en mettant à la portée du grand public d’innombrables découvertes scientifiques en matière d’astrophysique et d’astronomie. À la manière d’une étoile, Sylvie Vauclair diffuse démocratiquement des informations importantes pour notre avenir à tous.  De son travail incomparable, fusent des questionnements et des réflexions essentiels à la pensée humaine, voire à notre vie tout court, pour l’avancement intellectuel certes, mais également pour les enjeux touchant aux questions de la justice sociale et de la dignité humaine.

 

téléchargement (4)

L’art et la Pensée de l’art – la suite -

Lundi 22 janvier 2018

12494986_10154049972378974_3371148557465074814_n

 

 

Il y a aussi cet artiste, dans ses ateliers, de vieilles granges sans chauffage, qui façonne l’hiver pour la millième fois, et avec des gestes herculéens, afin de peindre des tableaux arides, très élaborés, souvent de très grandes dimensions, tels ces panneaux géants, par centaines, afin de constituer l’immense «  Fresque de l’Humanité », ou comme l’écrivent parfois certains journaux : « Le grand film peint de la vie  » ; de la même manière, il est difficile et périlleux de capturer la grande ourse, l’étoile scintillante; la voilà ainsi accrochée aux plafonds des vieilles églises, de même que l’artiste, afin d’y dessiner une fleur, d’y graver à la main des oiseaux, d’y peindre cet ange musicien, pas encore célèbre. De la même manière, une multitude de toiles, de dessins, de gravures, mettant en scène des chevaux, des scènes bibliques et toutes sortes de personnages mythologiques.

 

Au passage, quelques notations plaisantes, car le beau temps a duré longtemps, l’automne dernier, et c’est là qu’il a pris naissance, très concrètement, le goût d’écrire sur l’art et la pensée de l’Art.  Je marchais lentement, ce jour-là, beaucoup plus lentement qu’à l’habitude, comme en contemplation, face à la rivière majestueuse, et plus loin, dans le petit parc où tout fleuri, au bout de la Promenade de la Cité de l’Énergie. De là, j’ai vu l’horizon un peu comme on contemple la mer; j’ai vu ainsi la belle saison odorante avancer avec moi, me conduisant doucement au bout du chemin chargé de sensations, vers cet antre de l’oubli, où la vie se résorbe en un travail de création; oui, ce sont des surprises agréables. Toutefois, chez Dumoux, comme nous avons vu, mais pas encore suffisamment pressenti ses aptitudes : tout demeure là, dans ses ateliers;  tout déborde, « des stocks », pour reprendre le mot de Michel Leiris : cette accumulation, du banal au fantastique, constitue un contraste tout simplement génial, comme la terre et l’eau en fusion. Nous le voyons dans toutes ses couches successives et dans toutes ses transparences. C’est la dimension humaine de l’art, en même temps que sa part sacrée, dans l’acte de saisie de soi-même. Ainsi, nous nous retrouvons soudain chez soi, mais comme transfigurés. Or, l’acte créateur, c’est la transmission de cette part qui nous dépasse ; retrouver ensemble la source bienfaisante de nos racines communes, à la fois catholiques et françaises. C’est cette expérience (extra) sensible, (extra) lucide, afin de retrouver le sens de notre voie, puis de notre Histoire. Bien sûr, cela force l’humilité et traverse nos préférences vers les Belles Lettres et les Beaux- Arts ; que d’émois dans sa réalité retrouvée, son temps perdu (puis retrouvé),  toutes ses dimensions, même si cela exige une urgence de vivre, et puis, plus tard, d’aimer, afin de coucher sur papier ces mots. Ainsi, du Québec à la Mère Patrie, nous relisons notre épopée populaire, avec en tête un immense bloc- note de références communes : les ressemblances et les différences; notre complexité  individuelle et collective. Quand bien même nous insistons sur les Classiques français et nos Humanités du Québec, le contexte suffit amplement à préciser le sens et l’usage; allez donc visiter les ateliers de Raymond Dumoux, entrez également dans les musées voir les Giotto, Renoir, Bosch, Rembrandt, Matisse, Dali, et les autres…  ! La compréhension sera saisissante ; le pays tout entier parle : roches, nature, culture, voyages, visages et gens. L’artiste, c’est un héros naturel. Il pourrait bien se contenter de lutter contre les aléas de l’hiver, l’indifférence, le mépris, l’indécence, la vulgarité et la maladie ; oui, au fil du récit, il le fait, il lutte, afin de demeurer lumineux et vivant dans la nécessité. Or,  je recherche, moi aussi,  à écrire comme si c’était un roman d’amour. L’art,  c’est toujours un exil par en dedans, en soi-même, vers le cœur amoureux. Il faut des braves, pour ce faire; il faut oser, afin de prendre une nouvelle fois des risques. La conquête menant à un nouveau monde, vers une nouvelle compréhension, oblige à ce retour sur soi ; un rapport au monde bienveillant. L’artiste, comme l’étoile splendide guidant les peuples, reviendra  ensuite lentement de sa lutte, parce qu’il est de ceux qui n’ont de maîtres qu’eux-mêmes.

 

Le discours essentiel des artistes, le comment du pourquoi, c’est aussi cette question d’autrefois, qui se reconnaît en se nommant encore de nos jours « passion » ou « feu », dont je déduis l’inutilité à vouloir expliquer, consoler; l’œuvre qui vous console est trop souvent comme un livre qui se console; une très grande œuvre serait peut-être comme celui qui console sans se consoler. Ainsi, l’art dans cette posture devient salvateur pour nos Lumières; quelle belle façon en effet d’expliquer ainsi le mystère. En somme, un très grand artiste, avec ou sans son œuvre,  serait peut-être comme cette vapeur d’eau en fusion, ou comme la fabrication du verre, lorsque l’on souffle dedans, afin qu’ainsi née de la braise, l’œuvre se matérialise instant après instant. De la même manière, je pense aux grandes œuvres comme à des êtres transparents. Ils sont faits de cette vapeur, ils sont faits de cette fusion, ce feu;  de cette passion. Cela dépasse, en somme, notre entendement ; c’est comme une couleur, assez chatoyante, qui s’incarne dans l’Histoire littéraire et l’Histoire de l’art ; dans notre patrimoine et notre folklorique vocabulaire, venus également des gens simples, des gens d’outre mers; et deux pierres deux coups ! Ainsi, et c’est pratique : j’aime par exemple « Maria Chapdelaine », avec ou sans retouche du national, avec ou sans identification précise ; de l’autre côté, de toute manière, on y voit encore trop souvent que du feu, du bois, et des mouches noires. Aussi, j’aime « Le Survenant »; j’aime « La Petite Poule d’eau »; j’aime nos arts et nos littératures, sans risquer de comparaison à notre expression, à nos accents,  trop longtemps habitués, de toute façon, à s’examiner des pieds à la tête, car il est vrai : l’art est toujours une révélation,  comme une déclaration d’amour.

 

2149_62623113973_4244_n

*photo : Jérôme Dumoux

 

De plus, je ne sais pas si la confrontation avec l’art et la pensée de l’art, cette vague qui nous soulève, pourra nous sauver bel et bien, elle qui devrait pourtant transformer le pays. Je voudrais en être, avec vous toutes et tous, avec les artistes géniaux, et aussi avec tous les entrepreneurs audacieux, tous les gens courageux en quête du meilleur, en somme avec tous les braves d’hier et ceux  d’aujourd’hui : ceux-là qui veulent faire quelque chose pour le Québec et la France, mais qui se réveillent en ce jour non pas comme dans les années soixante-dix, alors que la confrontation du politique avec les arts était comme lorsqu’on regarde les étoiles et qu’on se sent envahi par une telle émotion. Or, la nouvelle réalité artistique ainsi que la nouvelle configuration politique, cela n’est pas qu’une affaire de conscience sociale; les arts ne cherchent pas de circonstances, ils ne sont pas opportunistes, ils ne sont pas politiques. Ainsi, dans ce monde, une chose au moins est encore perfectible. Et, il nous faudra bien nous rendre compte, un moment donné, que cela devient possible, qu’il y a des gens qu’il faut commencer à regarder avec le plus grand sérieux, sans se laisser toutefois influencer ; car l’art, c’est aussi comme un roman historique qui s’écrit, là, sous nos yeux, le plus naturellement du monde; et si nous ne l’avons pas pris suffisamment au sérieux par le passé,  au lieu de tenter d’y faire entrer notre langage, nous devons maintenant l’observer avec un nouveau regard, une nouvelle maturité, afin de comprendre, une bonne fois pour toute, d’où l’on vient, pour de se demander ensuite, une nouvelle fois encore, où l’on va.

 

L’Art et la Pensée de l’art

Samedi 20 janvier 2018

 

205376_10151090285308974_1907829592_n

 

 

L’Art

Il est urgent de faire quelque chose, il est urgent de ne pas être prudent. L’art nous invite à aller plus loin dans la capacité de penser, à aller au-delà, à transgresser quelque peu, quitte à voir le doute s’installer, là, dans les sentiments, comme dans l’écriture.  Également, c’est aussi comme un personnage sympathique, la pensée de l’art, qui refuse de faire la guerre aux autres, qui choisit la désertion ou plutôt l’évasion.  Cependant, point de fuite, puisque la paix revenue, il réapparaît au grand jour. Ainsi, la pensée de l’art, c’est un chapitre aussi simple que l’amour, comme « la femme qu’il aima » le tout a une saveur d’espérance. C’est pourquoi nous aimons à en faire le thème principal de cet article, puis, plus tard, de ce livre. L’art vit avec nous de manière intime, il est emmitouflé, enraciné et fort. C’est par un pur hasard, parfois, que l’œuvre dépasse tout le reste, va plus loin, qu’elle se cache dans la nature, simple et juste, dans un isolement étrange, afin de fuir le monde, et cette guerre, qui n’est pas la sienne. En somme, l’art et la pensée de l’art, c’est l’appel d’un grand vide. Il faut que notre histoire commence là, me disais-je, car tous les jours nous pensons à la mort, à cause du cimetière, en face, et nous serions bien tentés de dire que toute cette nature, faite d’eau, de bois, de verdure, de fleurs, de neige, est aussi un peu comme une œuvre d’art. C’est l’appel de l’invisible, de l’espace infini, du grand vide, oui, c’est cela le mystère de l’art; il n’y a pas de mort, car nous y sommes dedans, dans une perpétuelle renaissance : la mort, pour traverser la vie. Nous n’avons ainsi pas peur de la mort, et de l’inconnu, après. Nous savons que nous sommes ignorants et dépassés.  L’ensemble marque un rapport très net aux arts et à la pensée de l’art,  comme un bon roman psychologique.

 

L'Ange Musicien www.viapictura.com

L’Ange Musicien www.viapictura.com

 

 

La Pensée de l’art

Il fallait choisir, dans un premier temps : l’art ou la pensée de ? Pour ce faire, il faut regarder du côté de ce qui ne change rien : l’art, comme nuit jamais froide.  Le regard ainsi est dehors, tout à fait absorbé à sa pensée ; on pense à tout hasard, et puis voilà qu’elle contient à elle seule  presque tous les fantômes, tous les morts-morts, en même temps que tous les morts-vivants, puis, les vivants-vivants. Nous ne sommes plus agrippés aux bacchanales, toutefois, ni aux prosélytismes et proxénétismes; nous dépassons l’état humain, trop humain.  La pensée de l’Art ainsi vécue est un espion naïf, qui s’adapte facilement, pas malheureux du tout, témoin de l’idéal de la faune sauvage parmi laquelle il vit ses jours; c’est une pensée qui inspire, pas comme un petit bonhomme bavard, mais comme les images de la vie. Bien sûr, chez un artiste comme Dumoux, peintre et graveur français trop méconnu encore, hélas, la rencontre entre la pensée de l’art et l’art lui-même est telle une balance, un équilibre parfait. Il faut visiter et s’attarder sur ses ateliers, via  son blog « Via Pictura « ,   afin de comprendre mieux. De la même manière,  il faut aller le visiter chez lui, assister à un de ses vernissages; il a exposé en France, sur les murs des vieilles églises romanes, dans des galeries, notamment à New-York.  Plusieurs autres artistes inspirent également fortement cette pensée,  toujours neuve.  Chez Boivert, par exemple, nous y avons vu là des œuvres dépassant le talent lui-même. À chaque fois que nous les revisitons, à nouveau, elles gagnent en sensibilité, en intensité, et en vérité; tous nos préjugés sur l’art se dissolvent alors peu à peu. Le génie ainsi s’exprime et lâche les ficelles, pour devenir une liberté définitive, au-delà des jouets de circonstances et parmi les autres œuvres, d’un moindre niveau, et qui font ce qu’elles peuvent.  De cette pensée de l’art, nous sommes loin des visions réductrices , tant le mouvement de la pensée est indissociable de l’ironie du sort; puis, il y a de l’atmosphère, quelque chose d’unique, comme le visage acétique du vieillard, devant le feu de la cheminée, un regard vaguement ailleurs et d’une intensité claire, émouvante. C’est qu’il est ouvert sur un rêve, une contemplation perpétuelle, une inspiration à la fois euphorique et calme, et qu’il livre, d’une voix confidentielle, et dans le menu détail. Pour en révéler un peu le secret, il faut aborder l’aspect technique, puisqu’il s’agit, par exemple chez Dumoux, d’un travail ancestral : les pigments colorés sont puisés à même la nature, et sont liés, puis fixés avec l’oeuf (le blanc et le jaune), comme liant. C’est très important car ce sont les bases de toute l’Histoire de la peinture Occidentale et de la Renaissance, en particulier chez Botticelli et Mantegna. Pour ce qui est de la toile, comme telle, il s’agit de colle de peau, en somme de la colle extraite des peaux de lapin, ou ce que l’on appelle la gélatine, pour encoller tous les supports de papier de toiles ou de bois, avant de peindre. C’est la colle « miracle » de toute la peinture, de toutes les préparations jusqu’au 19iéme siècle, début 20iéme. Bref, nous vous parlons de la colle de tous les manuscrits, de tous les retables et tableaux, des plus anciens, jusqu’aux impressionnistes. Pouvez-vous ainsi imaginer le travail laborieux, véritable « travail de moine », colossal, que cela représente ? À côté d’un ouvrage aussi précieux et rigoureux, toutes les autres œuvres des artistes plus ou moins patentés paraissent un merveilleux mensonge. Ainsi, comment expliquer tant d’indifférence face à cet artiste grandiose, qui détone, qui ne rassure pas, et questionne le passé, le présent et l’avenir, dans une majestueuse Fresque de l’Humanité en peinture ?  Cela renvoie aussi au mépris, ces voleurs d’intérêt, triple facette d’une même face, qui trouveront acceptable une telle absence de reconnaissance, notamment parce que l’Histoire abonde de cas de figures célèbres, allant dans ce continuum, tant chez les peintres, les écrivains, les poètes, que les compositeurs de musique classique, qui furent bafoués, répudiés, de leurs vivants, mais connurent tous, sans exception, la gloire de la célébrité, de manière posthume. Est-ce normal, d’après vous, un tel état de fait ? Comment ne pas crier au scandale et à l’injustice, comment ne pas remettre en question le sérieux du monde, notamment du monde l’art,  et la lâcheté des élites, voire de la population, dont la bêtise et la médiocrité semblent faire loi. Sans parler des artistes sans scrupule, vicieux, qui aiment à se vendre au plus offrant. Oui, ces œuvres  passeront à n’en point douter un jour à l’Histoire, certes, mais en attendant, puisque son élection n’est pas survenue, encore, à ce jour, nous nous rangeons, pleins de tendresse, du côté de la force tranquille. Nous savons à qui nous avons affaire : des artistes de génie, vivant souvent de manière frugale, parfois dans la campagne profonde, avec de vieilles granges délabrées, sans chauffage, en guise d’ateliers. Tout le reste n’est que littérature. Qu’importe cette chose obscène que le mépris, cette petitesse sans nom que l’indifférence; qu’importe que le matin, s’ils mangent, puis qu’ils évacuent, tous ces bonzes satisfaits, oui, c’est simple comme bonjour: le talent, il est là, et quoi qu’ils fassent, quoi qu’ils disent,  l’œuvre, elle est là, plus forte, plus vivante, que tous les anciens mensonges.  Ainsi, la pensée de l’art est naturellement salvatrice, non seulement pour l’artiste et pour la muse,- les deux se confondant-, mais pour la somme des parties : l’art lui-même, et, par extension, à toute la société du spectacle. Ainsi, sans faire de bruit, l’œuvre « marche », elle avance, tranquillement, un pas devant l’autre, vers sa destinée glorieuse. De la même manière, l’artiste n’est point touché par cette non-reconnaissance, non pas qu’il s’y soit habitué, mais il a pris le temps de mûrir son œuvre, et sa muse « pour tous les goûts » a aussi compris le but de la littérature, en découlant. Après, elle pourra révéler aux autres des messages inspirants, étoile splendide, guidant les peuples. Si d’aventures, plus folle encore que la précédente, vous savez que la haine, ce faux mépris, sera toujours au rendez-vous, refermez pour un temps vos cahiers et vos chevalets et répétez après moi : il y a de la grâce chez tous les êtres. Un jour, ceux-ci seront également touchés. Le vrai talent, c’est aussi le don de faire partager ses chefs-d’oeuvres, en  temps et lieu, sans contraintes; c’est à cela que l’on reconnaît, dans tous les domaines, l’artiste noble.

 

Ainsi, je n’en reviens pas de ce projet de livre d’art, et, même, dans une moindre mesure, de cet article, lequel exprime bien sûr des évidences, comme des bonjour/comment ça va; les gens, surtout, ils ne veulent pas vraiment savoir, pourtant cela devrait être simple, au fond, la reconnaissance, surtout celle d’une œuvre de génie, que cela soit en art pictural, en littérature, en musique, mais nous avons trop bonne conscience devant le malheur des autres. Il nous faudrait pourtant pouvoir raisonner devant la déchéance humaine, ou pour le dire autrement,  l’absence de génie, la vulgarité, la bêtise.  Les machines répondent aux machines. Il nous faut regarder contre les œuvres, afin de voir vivre les personnages, les paysages, les formes (ou l’absence de formes) et les couleurs (ou l’absence de couleurs), à l’intérieur, puis, à l’extérieur; les transposer au dehors, ensuite, jusqu’à se l’enfoncer sur les épaules afin de la porter vers son futur d’artiste, et, pourquoi pas comme d’un idéal social, éthique, voire même, politique. Moi, je suis du côté de Foviolain, d’Ignace  et de Juvu.  Et puis, comme tous les artistes, nous laissons d’innombrables éléments dans l’ombre. Cela est vrai en art, comme dans la vie. Par exemple, je n’ai pas lu Joe Carbone, je l’achèterai demain, plus tard, peut-être, mais, je le lirai pour mon plaisir. C’est cela, l’essence de la pensée de l’art. Pareillement, sa violence, à l’artiste, elle lui paraît généreuse; elle raconte tout ceci avec une verve et un appétit; ainsi, les voleurs d’intérêt, avec le plaisir et l’esprit créateur, deviennent le trio rocambolesque et passionnant. Et puis, toujours ce besoin de créer, comme pour sauver notre monde; en effet, il nous semble bien qu’il existera toujours, ce peintre génial, cet écrivain inspiré et inspirant,  ce musicien sympathique, l’enfant doué qui ira loin, très loin. Celui qui sait regarder, libre, a  l’imagination sérieuse et qui comprends le langage de la Grâce. Et, nous le suivons, comme on suit l’étoile. Avec Juvus, nous nous gavons d’œufs, avec Foviolain, nous voulons le venger, notamment de toutes ces insultes gratuites, odieuses, vulgaires, et sans fondement; je répète : un artiste  est un homme bienveillant et aimant,  qui comprends qu’il y a de la grâce chez tous les êtres. Il y a donc quelque chose d’obscène, de répugnantissime, à cette faune curieuse de tout et de rien, ramenant tout à soi, incapables d’avoir l’œil véritablement ouvert, et cela sans parler du cœur. Ainsi, aucune parcelle de génie possible chez ces grands et petits bourrues ; ils sont méchants, car laids et la remontrance sans humour et tendresse est tout ce dont ils sont capables. Une caresse dans les cheveux ? N’y pensez même pas. Toute beauté chez eux est comme un vieux monsieur disgracié et qui ne pèse pas lourd dans la société. C’est une tragédie personnelle.

 

 2149_62223993973_9749_n

 

La  Langue

La langue est un outil. L’art lui-même un matériau de celle-ci, elle dépasse l’imaginaire. Nous sommes du même pays, dans la création. Il disait « Mon Pays, c’est la Vie »; j’ai une vision du monde déformée, comme de tout le monde;  l’artiste transforme, en la remettant encore plus déformée, à sa manière. C’est cela, l’imaginaire. Certes, j’aime beaucoup la langue : c’est la forme naturelle de l’écrivain.  Elle se dit « bien contente », la langue,  lorsqu’elle ne s’impose pas avec autorité, lorsqu’elle est maternelle.  C’est là, d’ailleurs, que l’artiste s’attache, à l’intérieur, à son spectacle.  Il n’offre pas de vérité, il est comme elle : ils luttent contre le fait qu’on avale les vérités de tout le monde. Ainsi, l’art possède son propre message, et invite, par son langage propre, à l’autonomie de son propre message.  C’est une initiative d’autonomie, à travers le comique, cette peinture des relations humaines. Nous ne sommes pas modernes, ainsi, la langue est comme le marbre du sculpteur. Nous avons l’apparence de souplesse, notre époque-robot offre des modèles sociaux trop violents et autres modèles de pancartes; du futile. Ainsi, l’artiste s’attache, je répète, à l’intérieur du spectacle. C’est pourquoi la langue est tellement importante : elle est la trame de fond. Nous n’allons pas contaminer l’œuvre qui se dessine avec les questions politiques ; l’histoire, les personnages, les couleurs, mais…. la modernité ? Nous n’en sommes pas.  Ainsi,  je préfère me dire à moi-même : « je suis sortie marcher dans les rues paisibles et calmes, un dimanche matin; je me suis arrêtée à la terrasse fleurie d’un café, et j’ai été éblouie par le soleil. »  Nous ne voulons pas de camarades, nous ne voulons pas les salons de la bassesse, notre langue appelle à un renouvellement, en même temps que nous souhaitons retrouver demain, du pain sur la table. Nous sommes attachés au passé car les ressemblances sont remarquables avec notre aujourd’hui. L’artiste ne souhaite pas être différent, mais il l’est, c’est comme ça. Il n’a pas décidé qu’il nous fallait une littérature typique, son engagement n’est pas volontaire, il n’a pas subi d’influence, il n’a fait que remarqué les ressemblances. L’artiste ne fait pas exprès de créer, tout son être s’y retrouve, sa pensée prend un risque énorme, mais c’est comme pour l’amour.  Parfois, on ne sait pas trop bien où se situe la frontière du rêve, tant la réalité amoureuse, merveilleuse, de l’art et la pensée de l’art,  lui suffit; par exemple, souvent, je rêve d’un ballon rouge. Je ne sais pas ce qu’il vient faire là, dans mon imaginaire, je ne sais pas, comme l’étranger, ses préoccupations et ses intérêts. Ce sont les impressions du moment, qui me font craindre de perdre cette liberté, celle du ballon, apte à s’élever dans l’air; c’est presque impossible de ne pas être pris par l’histoire qui s’écrit, la toile qui se peint, l’œuvre en question : s’y prendre, c’est un peu comme perdre sa liberté, parce qu’il faut savoir se détacher soi-même, s’effacer devant l’œuvre, ses personnages, ses couleurs, sa vie fulgurante. Cela exige une espèce d’humilité. Ainsi, pour protéger son intégrité, le peintre peint des toiles, comme d’autres écrivent des fables, comme d’autres font de la politique ou des affaires.  C’est un homme talentueux, très sérieux, aussi un artiste qui produit beaucoup et semble avoir en main tous les arguments pour y arriver; or, il n’y arrive pas. C’est qu’il est, comme ce mal de notre siècle qu’est la modernité, en contradiction face aux grilles d’analyse et les visions étroites du monde de l’art. Ce n’est pas un scandale nécessaire, il lutte lui aussi contre le fait qu’on avale les vérités de tout le monde. Cela est faux de dire que c’est un problème sporadique, car ils agissent sur le thème de la désaliénation de l’individu; un artiste, par définition, se passe de toutes définitions.  Alors, le ballon rouge n’est peut-être pas rouge, mais bleu, jaune, ou vert. Il est peut-être tout blanc, noir,  mais… quoi qu’il en soit, l’artiste le sait : il est transparent, et de par toutes ces couches de transparence, il est encore, de plus en plus, transparent.  La vie, la mort, l’art et la pensée de l’art : nous sommes intarissables. L’art, c’est quelque chose d’agréable; il n’y a aucune vérité qui soit indispensable. Ainsi, la langue devient essentiellement elle-même.  Comme vous le savez, j’aime écrire; d’ailleurs, je goûte de la lecture, comme vous le faites vous aussi en ce moment, les yeux posés sur les mots. Ainsi,  j’ai le souvenir de « la maudite galette » (1970-1971), de Denys Arcand, qui laisse deviner ce genre de liberté, une plénitude de la langue, de l’art et de la pensée de l’art. Même et/ou malgré notre monde actuel, je pense également au bon père Ernest Gagnon, ce professeur-animateur remarquable. Ce sont eux, avec Dumoux, avec Boisvert, et plusieurs autres, qui marquent le mieux le monde actuel de l’art global. Il disait, le père Gagnon : « un esprit ouvert est celui qui favorise l’épanouissement de ses élèves « ; ainsi, l’artiste élabore une méthode de travail où l’histoire attend d’être écrite. Ce moment inouï, sublime, où cette (sur)impuissance et cette souffrance infinie, n’est plus, cela même si l’œuvre, l’histoire, l’art et la pensée de l’art ne s’en est jamais remis; l’artiste, lui, s’en remets toujours, bien qu’il puisse parfois avoir horreur de cela.  Bref, le génie ne suffit pas, c’est une discipline attentive, comme Balzac, lequel peaufinait rigoureusement son plan, avant d’écrire, à tous les jours. Nous ne parlons pas ici d’écriture automatique ou alimentaire, du désir de durer, du refus de mourir, de la peur de vivre; pas besoin de cadre. C’est ainsi : ça vient d’une traite, souvent, l’inspiration, il y a de ces hasards, comme ce livre sur l’art, qui vit encore, actuellement, en bonne partie, dans un autre monde. J’ai parfois du mal à m’exprimer, ainsi je préfère écrire,  c’est plus facile. Bientôt, vous en aurez la suite, car il est beau le temps de l’écriture. Si le juste mot m’échappe, cela n’est pas grave, car j’y reviendrai après. Vous avez pu me lire jusqu’ici, cela servira donc à réfléchir ensemble. Nous sommes maintenant toutes et tous liés dans cette pensée de l’art. Soyez bienvenue dans cette cité nouvelle, la Cité de l’Énergie ! C’est vrai que le soir, en me couchant, j’aurai désormais une pensée pour vous, ma chambre orientée vers l’ouest. Que vois-je ? Il faut que l’image devienne aussi nette qu’une photographie. Oui, il faut lire cette œuvre tout d’un trait. C’est aussi comme une berceuse, la pensée de l’art, qui semble vouloir se manifester en témoin des ambivalences humaines. Elle ne lutte pas, non, ce n’est pas cela, malgré les apparences; elle ignore tout de cette lutte intérieure, elle ne cherche pas de « pourquoi » ou de « pour qui » écrire. Seul l’art « ici et maintenant » force le retour sur soi, sur la critique, sans sortir de son contexte, avec sincérité, sans faire de différences essentielles, entre les manifestations de la langue et celles de l’élan de création. C’est de l’artisanat, en somme. De la même manière, tout le monde aurait pu, nous semble t’il, être peintre, auteur ou sculpteur; et cette pensée, très franchement, fait chaud au cœur.

 

 

L’art et la Pensée de l’art

Samedi 20 janvier 2018

dans le rapport entre le texte littéraire et la représentation picturale

033 

Par Louise V. Labrecque

Parfois, l’homme n’est plus artiste, il devient œuvre d’art; ainsi, j’appelais instamment cette œuvre à se dévoiler : «  Liberté » ; son nom est déjà comme une forme de reconnaissance dont l’exaltation fraternelle eut gémellée la mienne, en souhaitant que cette vision pure, puisse devenir une présence véritable au plus grand nombre, car l’art réussit son exploit en marchant, extasié, vers un dépassement du surréalisme. De même, nous sommes inspirés par cet artiste de génie, et tel autre qui aide à avancer; pour l’artiste, les animaux parlent et la terre donne du lait et du miel. Il est un peu comme un messager divin que nous regardons avec nos yeux de profane.

Ainsi, nous pouvons prédire un bel avenir à certains artistes, tant que l’œuvre puisse se soulever d’elle-même. Avant cela, elle doit s’incarner dans le réel pour se laisser voir, resplendissante, dans des nuits diaphanes, portée par un nuage, une inspiration, une audace, une parcelle de génie. Avant cela, elle palpite sous les voiles, mais elle n’a pas encore trouvé sa voie; nous sommes encore dans l’idée de l’œuvre. Puis, viendront les croquis et les manuscrits, la recherche de la perfection, afin de la voir apparaître sur son balcon d’or. Nous avons parfois le sentiment de devoir la mériter, ainsi elle parait toujours infinie. Toutefois, le plus difficile pour l’artiste consiste à s’asseoir et à attendre, à raturer, à déchirer, à recommencer… comme ces dieux qu’il a vu marcher en rêve. Ainsi, nous déplorons l’inachevé, mais la création, curieusement, n’est pas dépourvue de raison dans ses renaissances, dans ses mille et un recommencements. L’adage dit « les voyages forment  la jeunesse », mais qu’importe les voyages si nous n’avons pas su faire naître, et mille fois renaître, notre patrie intime ? De la même manière, la Pensée sauvage ne s’oppose pas tant que cela à la Pensée de l’art, car les deux savent se soutenir avec éclat. Ainsi, l’art se mêle de beaucoup de choses intimes et la Pensée de l’art aide à mieux comprendre le Québec, globalement parlant. Cette Pensée ultime est un art nouveau, un art inventé. Celui-ci acquiert le goût du risque afin de tendre, avec une vraie originalité, vers universel, sans toutefois renier sa maison rustique, laquelle continue de toute manière de distiller ses parfums uniques. Mais, le goût pour l’ouvrage bien fait ? L’amour de l’artiste pour son art ? La patience de celui qui écrit n’a pas honte de suivre le conseil « vingt fois sur le métier… »

263006_10150318303433974_7665351_n

Photo: Jérôme Dumoux  www.viapictura.com

Toutefois, on peut craindre par là de ne pas rayonner, de ne pas donner la pleine mesure de son talent, qui est très grand, ou du moins qu’il s’interdise l’œuvre, à force de se défiler dans le temps; pour l’instant, nous pouvons lui ouvrir un très large crédit; les mêmes défauts, quelques fois voulus par l’artiste, le style lui-même, fatalement, compte encore sur son avenir. Et, ce que nous déplorons de bâclé, dans un premier temps, n’a rien à craindre de la révision d’un travail minutieux et de ses dons naturels, à la condition de savoir créer des Hommes complets, parce que le mal dans l’Homme, nous savons qu’il existe, mais simultanément nous savons aussi percevoir, dans le cœur de l’Homme déchu, la nostalgie de la créature crée par idée d’une certaine perfection, faite pour la lumière :  «  il fut bon », « il nous a aimé », se retournant, hélas, volontairement et trop souvent vers ses ténèbres et sa petite nuit intérieure, mais tout de même conscient de son destin éternel et souffrant de sa misère. Ainsi, l’art sauve- t’il l’œuvre ? Sauve t’il l’artiste et l’artisan ? Et pourquoi cette œuvre plutôt qu’une autre ? Ce sont ses nuances qui nous parlent, des nuances de pensées et de sensations dans le champ de l’art.  Ainsi, oui, l’art est salvateur, car nous pouvons le rationnaliser; de ce fait, l’oeuvre paraît tout à coup légitime.

De plus, c’est pourquoi nous continuons d’imaginer car nous comptons encore sur son avenir; nous comptons également encore sur lui pour le plus grand nombre. La politique – hormis son vouloir rassembleur – étant aux antipodes de l’art, ce qu’il nous reste, ce ne sont pas tant les œuvres que l’Histoire. Les faits, cela va toujours plus loin dans l’implacable. Toutefois, la profondeur est plus grande dans le merveilleux monde des émotions, duquel l’artiste puise son inspiration permanente. Paradoxalement, il y a là quelque chose de réducteur. La Pensée de l’art est toute entière dédiée à une forme d’intelligence supérieure,  illimitée, tout d’un bloc, et dans la création de tout ce qui ne comporte pas de leçons. Elle ne cherche pas à situer la différence entre le grand art et la pure fantaisie. C’est pourquoi nous n’avons jamais pu être communistes, ni appartenir à aucun parti; nous sommes des orphelins de… Tout de même, nous allons voter ! Engagés ? Même si nous avons encore foi en la légende, la politique replonge sans cesse l’Humanité dans le même cloaque, pour un même foetus, comme un nouveau sommeil, blanc, toujours le même. Et face un réveil désenchanté et soporifique ; face à toutes ces taupes claustrophobes et myopes, l’Homme renfrogné, éternel vieux-jeune, est bien dans ses pantoufles; s’il possède une petite tendance vers les arts, soudain, il s’illumine; celui-là même refusant son époque et les temps modernes étend désormais son pouvoir sur l’universel, sur lui-même, même se sachant incurablement seul; saura-il faire contrepoids ? Saura-il faire naître cette audace salvatrice, capable de renouer avec une certaine idée de la transcendance, capable d’inventer un nouveau lexique, afin de mettre au monde un nouveau pays, naître et renaître; celui qui n’abuse de rien ni de personne, celui qui n’insulte rien ni personne, jamais déloyal, jamais calculateur, violent ou agressif, mais dont nous entendons parfois fuser de sa bouche pourrie « à la mort » ! Si nous savions prendre le temps, nous pourrions récupérer ces interdits assassinés d’avance par la horde des fanatiques imbéciles, – ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui, les même que ceux de demain, mais en plus grand nombre -, nous pourrions très certainement en faire bon usage pour innover ; or, le sens de l’oeuvre, c’est aussi le sens de l’Homme.

006

«  Liberté «

À vrai dire, nous sentons en ce moment et depuis un certain temps déjà, comme une finalité, mais quoi, exactement, mes braves ? Comme bien des philosophes et des artistes, – et certains parmi les meilleurs- il y a une certaine sagesse à penser que nous sommes rendus à la fin d’un cycle; comme un mal de ventre… cela n’est pas sans raison. Toutefois, pourquoi se priver d’une relecture rafraîchissante, comme une belle grosse femme ronde et en santé, mes enfants, mes braves… Il faut suer; moi-même, depuis mes débuts en arts et en littérature, et après un certificat universitaire en histoire littéraire, un autre en journalisme, puis un baccalauréat en études françaises, un autre en enseignement, puis une maîtrise en éducation, dans ce continuum…L’esprit divin, je suppose, vint me dire que pour désigner des choses nouvelles, il faut employer des mots nouveaux; très classique ce bel enseignement voulant dépasser la rhétorique du « docere  delectare », avec plein de clins d’œil aguichants aux lecteurs impossibles, ces perdants magnifiques. Ainsi, ce livre aurait pu s’écrire il y a vingt ans, et sans toutes ces études inutiles, mais je n’ai pas eu le courage de me lancer à vide; je n’ai jamais touché à la poésie de certains talents prodigieux; bref, j’étais un écrivain mineur de la même manière que je fus un étudiant mineur, c’est-à-dire que le plaisir pour moi était d’imaginer, puis d’exercer mon esprit à voir plus loin que ce qui s’offre à nos yeux, comme toutes ces choses en dessous des autres choses tangibles, par exemple la bien-aimée forêt de symboles, et puis, aussi, de raconter, dedans, des histoires. En ce sens, les livres, parfois, se font-ils tout seul ? …Allez savoir ! J’ai quand-même l’impression d’avoir perdu mon temps à croire à des mensonges. La langue parlée empêche de bien comprendre le sens de ce qui est dit, car nous n’arrivons jamais, très exactement, à exprimer l’indicible. Quoi qu’il en soit, nous nous sentons plus près de La Fontaine que de Corneille. Cependant, l’Homme fascine l’homme, comme le libraire très tranquille, celui qui a déjà été froissé par tous ces aveugles volontaires, et par tant de méprises… Ce temps-là n’est plus à roter, moi-même j’avais été victime de ce jugement de la part d’une buse littéraire qui prétendait l’oeuvre dévalorisée d’avance par « ses graves défauts de style « ; exactement comme pour cet autre artiste aujourd’hui inconnu ….Et la méprise dure encore !

 

Méconnu, oui, mais pas totalement méprisé; malgré tout, malgré son génie – ses premières œuvres, il les a créées à 14 ans -, il a détruit tout cela. Avant de partir pour Lyon, étudier les Beaux – Arts, comme il se doit, puis vers l’Angleterre, en 1938, en visite chez ses parents, à Saint-Raphaël. Il a fait ses classes et c’est aussi ce que je fis moi-même, plusieurs années plus tard. Comme lui, j’ai brûlé tous mes manuscrits, tous mes dessins. Ma mère n’était pas très contente car ça salissait la cheminée du foyer. Plus tard, lorsque j’ai découvert un autre niveau de lecture, dans l’exquise douceur d’un soir, seule dans la chambre de mes pensées, j’ai pu alors m’adonner, à l’aide de « ma bible » – le Livre d’or de l’Anthologie de la poésie du 19ième siècle -, au début d’une longue réflexion, comme le fil des marées, sur l’art nouveau; mais, je n’ai jamais reçu de pension d’écrivain, encore moins d’invitation à me joindre à une résidence d’artistes. D’entrée de jeu, il est donc remarquable de constater un certain déterminisme. On est ainsi frappés par l’originalité incroyable de ces tournures, comme si le ruisseau retrouvait toujours la mer, comme si la cabane retrouvait toujours l’Homme. Elle me fait penser à l’histoire de cet Esquimau perdu, tout à fait perdu, dans un immense désert de glace, avec son compagnon; il lui disait : «  nous sommes perdus ! Nous ne retrouverons jamais l’igloo ! « L’Esquimau répondit : «  ce n’est pas nous qui sommes perdus; l’igloo est perdu ». Ainsi, lorsque la cabane retrouve l’Homme, nous reconnaissons d’emblée notre plein état primitif, ou, si vous préférez,  la notion de la primauté de l’objet sur l’Homme, commune à tous les hommes : une forme de  langage naturel, loin des visions rase-mottes. Bref, tout ça pour dire que l’art ne s’égare jamais.

Les certifications religieuses

Samedi 13 janvier 2018

 

402213_10150622602203974_767109269_n (1)

La viande halal est une viande dite « licite » pour le musulman. Elle est de plus en plus présente au Québec. Plusieurs de nos abattoirs (souvent des entreprises familiales) ont fait leurs choux gras de tous ces animaux abattus selon les rites religieux. Ensuite, des camions remplis à ras bord s’en vont dans les boucheries du Québec.  Ce livre audacieux, de la brillante intellectuelle québécoise Suzanne Bousquet,  aurait pu porter le titre La face cachée de nos paniers  d’épicerie , tant ce secteur est florissant et tellement la question se pose encore et toujours : mangeons-nous toutes et tous halal et/ou kascher, sans nous en rendre compte ? Avons-nous le choix de NE PAS acheter et consommer ces produits ? Ils sont présents partout, et nous n’avons pas les moyens de savoir, à moins de pouvoir décrypter tous les sigles, certains inscrits tel un symbole, ou une expression, et en si petits caractères qu’il demeure difficile, à première vue, de savoir de quoi il en retourne exactement. Ainsi, du savon à vaisselle au champagne, tout semble kascher  (près de 80% des produits alimentaires ou de première nécessité sont certifiés ainsi) ou halal (le nombre de produits halal s’accroît sans cesse). Il en va de même dans plusieurs autres secteurs non alimentaires, ainsi l’auteure nous livre les résultats de ses recherches, lesquels déboulonnent les mythes en nous mettant au parfum des secrets de Polichinelle,  dont plusieurs sont d’intérêt public, chez nous et ailleurs.

Provocateur, comme souvent, profond et pénétrant, comme toujours, Suzanne Bousquet livre là un véritable brûlot, contre tout ce qui est caché aux consommateurs. Un livre à mettre impérativement entre toutes les mains. Mais, qu’est-ce que les certifications religieuses sous la plume de l’auteure ? Ouvrir cet ouvrage, c’est entrer dans un autre monde, lequel pourtant est le nôtre,-  incroyable mais vrai -, et cela au quotidien.  Ainsi, le sacro-saint «  pas de porc « et le «  ne pas manger de viande qui n’a pas reçue au préalable les prières et/ou les invocations (lire : abattage rituel) »,  principes religieux si chers à ceux-là, monsieur /madame tout le monde ne souhaitent pas s’en soucier lorsqu’ils vont faire les courses. Quoi de plus désagréable,  en effet,  que de consacrer un temps fou simplement pour effectuer l’épicerie et les courses de première nécessité, afin de pouvoir décoder tous les signes inscrits sur tous les produits. Cette situation absurde se poursuit même dans les restaurants, où là, il n’y a aucun moyen de savoir… ! Les clientèles visées dépassent ainsi la mission initiale; tant de laïques, en effet, dans ces commerces ! Pourquoi nous obliger à consommer à notre insu des produits halal ou kascher ? Au nom de quelles traditions ancestrales (lire : d’un autre âge) s’en réclamer ?  Bien sûr : l’argent coule à flot et c’est un véritable empire pour les industriels.  Ne soyons pas surpris : ce sont des centaines de milliers de ces industries, lesquelles  font dans les aliments de tous les jours, les boissons, les chocolats, les crayons, les parfums, les tapis…  ! En fait, TOUT peut devenir kascher ou  halal, (et tout le deviendra ?); c’est pourquoi il constitue un marché immensément important. Comment en sommes-nous arrivés là ? Que faire, sans nécessairement s’obliger à vivre de manière marginale et/ou comme un ermite ? Suzanne Bousquet en traite en long et en large dans son livre, ouvrage solide, d’une rigueur rare, et en même temps admirablement bien vulgarisé, ce qui en fait un moment de lecture plus qu’intéressant; cela se lit tout seul, et il captivera tout le monde, tant la mise en lumière de tout ce qu’on ne sait pas est foudroyante.  Oui, Suzanne Bousquet a réussi l’exploit d’un ouvrage informatif de haut niveau, sans être trop académique, et tout en étant facilement adapté à la compréhension de la plupart. Elle signe donc avec ce livre courageux le début d’une véritable prise de conscience individuelle et collective de ce «  business de la crédulité » et impose, de ce fait, une mise en lumière de réflexions salvatrices.

 

En effet, n’oublions pas que le mot «  islam «  cela veut dire «  soumission » (aveugle) ; ainsi, et tout en faisant attention à ne pas faire d’amalgames, il est facile de deviner que  les musulmans ne sont pas du tout dans une logique spirituelle telle que nous l’entendons en Occident.  Toutefois, ce dossier étant globalement si complexe qu’une chatte y perdrait ses petits,  ce livre arrive à point en permettant  l’éclosion d’une véritable pensée objective, limpide, servant réellement l’éducation et la bonne compréhension des  questions religieuses. Pour sûr, le silence éloquent entourant actuellement la publication de cet ouvrage important est l’indice évident que l’auteure a frappé dans le mille. De ce fait, ne soyons pas étonnés, et c’est pourquoi ce livre est à mettre entre toutes les mains, pour de pressantes raisons d’intérêt général. De plus, vous ressortirez de cette lecture comme si vous veniez de recevoir une véritable leçon de vie.

En effet, qu’on le veuille ou non, nos paniers d’épicerie sont bel et bien au cœur de la bataille de la laïcité. Ensuite, la complexité du dossier des certifications religieuses amène des questionnements légitimes, tant il existe une véritable anarchie, de l’intérieur. Donc, que cela soit halal ou kascher, le terme demeure tout simplement «  vendeur « (lire : amène beaucoup d’imposture). En réalité, et sans vouloir entrer dans la polémique, l’auteure passe en revue les arguments avancés par les uns et par les autres.  En même temps, l’industrie souhaite satisfaire ses clientèles les plus exigeantes (lire : les intégristes) avec des normes telles que  «  glatt-kosher », « mehadrin », etc.  Mais, qu’est-ce, au juste, qu’une viande halal? C’est une viande qui est égorgée au nom d’Allah.  Ce sont souvent des moutons, mais aussi des poulets et des bœufs. Ils sont abattus vivants. C’est ce fait qui est et demeure insoutenable, pour la plupart des êtres humains dignes de ce nom. Les animaux sont littéralement pris au piège, avec des contentions, et le carnage dure de sept à dix minutes. C’est d’une tristesse et d’une barbarie sans nom.  De plus, les questions d’hygiène et de propreté suscitent, de ce fait, des questionnements  (l’animal se voit mourir et parfois il se débat de peine et de misère,  allant jusqu’à vomir, tout en essayer de continuer à respirer, ce qui fait parfois entrer, tandis qu’il est sous ces souffrances incroyables, des microbes dans son corps, dont la bactérie E. Coli). Qui sont les responsables de tant de dangerosité pour la santé publique, tant de cruauté animale, dont le nombre est tellement effrayant qu’il se chiffre par des tonnes et des tonnes de viande ainsi consommées, mais sans enrayer le flou autour de la viande halal et kascher, les taxes (ce seul sujet pourrait faire l’objet d’un article en entier tant la polémique est vive), l’étiquetage.  Un processus complexe et une démarche nécessitant des heures de recherche  de la part de celles et de ceux qui tentent courageusement de faire opposition à l’opacité de toute cette affaire, dont l’auteure Suzanne Bouquet, avec son livre  Les certifications religieuse – le business de la crédulité. Véritablement, nous sommes ici dans une logique opposée à la transparence. Dans ce continuum, le silence, le mépris, les coteries, et les tergiversations vont main dans la main. Toutefois, c’est l’indifférence, laquelle est présente partout, qui est la pire.  Comme d’habitude, ne soyons pas surpris : c’est une minorité agissante qui mène le bal sur une minorité silencieuse.  Aucun repli stratégique ici : il s’agit d’un dossier lucratif et obscur, lequel s’impose à notre insu, de manière plus ou moins subtile, afin de s’ancrer dans le quotidien de tout le monde; un scandale !

Mais, le pire scandale qui prévaut actuellement, et qui est au cœur de tous les débats, c’est précisément celui de la question de la dignité animale. L’abattage rituel, en fait, qu’est-ce que c’est ? C’est une méthode d’égorgement, sans étourdissement, la tête de l’animal devant être tournée vers la Mecque (condition sine qua non pour que la viande soit estampillée «  halal »). Celui qui préside à cet acte se nomme « purificateur »  ou  « sacrificateur » ; en tranchant les veines carotides situées dans le cou de la bête, il tue vivant l’animal,  lequel meurt au bout de son sang, avec des souffrances terribles. Comment pouvons-nous collectivement endurer cela, moralement parlant ? Évidemment, la transparence et la noblesse de l’esprit, cela n’est pas le fort des abattoirs, contrairement au livre de Suzanne Bousquet, qui l’est tellement,  qu’elle nous amène plus loin, non pas sur le terrain des affects, mais simplement dans le vif du sujet, de manière rationnelle. De ce fait, la somme de travail exigée afin de faire naître cet ouvrage important mérite d’être gravée en lettres d’or, tant elle révèle, sans commune mesure, une volonté d’apporter un juste éclairage sur nos paniers d’épicerie ; qui plus est, en décortiquant un dossier aussi compliqué, lequel réussit l’exploit d’être rendu limpide, par une écriture fluide, de tout ce qui est caché aux consommateurs, l’auteure fait réellement une œuvre d’éducation.

 

Une économie ? Plutôt : un nouvel eldorado !

Justement, ce droit aux consommateurs, voilà qu’il est véritablement mis  à rude épreuve et constitue, en somme, le cœur des questionnements soulevés par cet ouvrage magistral. De la même manière, nous réfléchissons ensemble à cette véritable folie sur les marchés, car le saviez-vous ? Déjà, arrivent de nouvelles épiceries, des supermarchés 100% halal, en France. Bientôt chez nous, au Québec ? Les lois (et l’esprit des lois) doivent tenir à la fois des droits des consommateurs et rendre des comptes également aux animaux, ce droit à la dignité et à la vie.  Or, tout est actuellement pensé pour les stratégies commerciales,  qu’importe  les sanctions, qu’importe les infractions. Or, nous devons protéger les animaux, et c’est si peu dire que de l’exprimer ainsi. En même temps, nous avons des devoirs envers  les consommateurs ; nous avons donc le droit de savoir ce que nous achetons et consommons !  Également, le rôle des pouvoirs publics doit demeurer cohérent, de même que les valeurs de santé publique. Souvenons-nous de cette histoire, fortement médiatisée, l’an passé, sur le fait de souhaiter servir des repas halal dans une cafétéria scolaire de chez nous, au Québec. Ces clivages idéologiques au sein même d’une école, cela interpelle directement la mission de l’éducation au Québec. C’est qu’au lieu de rassembler, voilà qu’elle divise; ce qui est le pire de ce que nous pouvons offrir aux enfants, dont l’éducation,  nous le savons, demeure un outil essentiel, servant la liberté, afin de rendre, justement, l’individu libre.  Avec de telles idées, voilà qu’elle passe tout droit son chemin. Ainsi, notre réflexion individuelle et collective doit s’alimenter, plus que jamais, sur le socle de la mission de l’éducation, car tant d’ignorance,  cela est trop.

Éloge de la Fainéantise

Samedi 6 janvier 2018

 

 

023

 

Voici, pour compléter le tableau déjà riche d’un essai portant le titre Éloge de la fainéantise,  des petites notes toutes simples, presque musicales, afin de vous inviter à une critique-découverte des plus étonnantes (c’est-à-dire intéressantes) : un livre de langue française traitant de la fainéantise, sujet audacieux qui invite souvent à sourire et que l’on aborde rarement, souvent avec une telle désinvolture, hélas, qu’il est beau de s’y pencher un peu mieux. De ce fait, je vous invite également à découvrir l’un des écrivains les plus sensibles (donc, attachants), l’un des plus sûrement dédié à l’art (et à l’art de vivre), l’artiste Henri Gerardin, lequel nous ouvre, avec ce premier livre, un vaste horizon, un regard en quelque sorte « en amont «, s’inscrivant dans une fin de cycle d’un Québec qui peine à se doter d’un véritable projet national.

C’est que l’auteur a compris la dualité du malaise social actuel, comme dans l’écriture, soit la difficulté de lui donner la meilleure part de soi-même. La fainéantise devient, dans ce prisme, une force, pour une nouvelle annexion au monde, et cela se fait sans compromis, sans obsession, de manière naturelle, par notre conscience historique la plus intime. Ainsi, avec un style personnel, l’auteur est parfaitement d’équerre avec les nombreuses citations fleurissant son livre, ce qui ajoute à la beauté du sujet. D’une générosité rare, il ajoute même, souvent, des anecdotes, afin de sortir des mots, pour en comprendre l’essentiel. Évidemment, bien que trop souvent mal compris, le sujet de la fainéantise touche tout le monde, toutes les générations et toutes les classes sociales; si peu abordé, toutefois, je n’ai trouvé aucun livre traitant sérieusement de ce sujet, ce qui amène donc une fraîcheur certaine à cet ouvrage rigoureux, -et c’est précisément ce que la fainéantise apporte au monde-.   Ainsi, individuellement et collectivement, cette exigence s’est perdue, parce que plus personne n’a le courage d’y mettre vraiment toute sa vie, et de s’y perdre sans espoir même de retour; la fainéantise devient donc aussi l’exigence de ce qui, même dans le désespoir, est incapable de mourir. Cela est donc, en un sens, un outil de résistance.

Fé-né-an-ti-z : je recherche le sens étymologique de ce mot; je retrouve le mot «  paresse « ; ce n’est pas cela. Fainéanter;  je vois le mot « néant »,  je vois le mot «  hanter « ; je vois le mot «  enfanter  « ; nous y reviendrons.

Pour l’heure, Henri Gerardin traite avec son livre Éloge de la Fainéantise de la nécessité de vaincre la bêtise, celle de la bien-pensance. Elle est observable partout : dans les rues, dans les villes et les villages, dans les cafés, dans les bistros; oui, elle est réellement partout, et elle se laisse voir pour peu que nous soyons sensibles aux autres. La classe moyenne, la plus nombreuse, voit s’accumuler des dettes ; les travailleurs travaillent souvent sous pression, parfois dans un climat malsain. Et que dire de toutes ces familles endettées, ces chômeurs, ces vieillards, ces étudiants, ces immigrants, ces divorcés ? Certains n’en peuvent plus; ils vivent dans des conditions extrêmes, parfois ils habitent des taudis, que l’on tolère pour ne pas avoir à construire quelque chose de mieux;  les lenteurs administratives accentuent le contraste entre cette misère humaine et notre terre d’abondance.  Cette implacable inhumanité se frotte également aux interventions de la petite politique partisane, laquelle ne reculera jamais, capable sans doute d’affamer les gens si l’intérêt politique y trouve son profit. Mais, j’ai déjà parlé de toutes ces choses, et j’en ai, je crois, assez dit. Nous sommes tous capables de comprendre maintenant ; assez dit, donc, puisque nous voyons bien que nos déclarations de principes sur la valeur de notre capital humain ne cadrent pas toujours avec nos actes, tant nous sommes soumis aux faits. Ainsi,  vous serez sans doute fascinés, vous aussi, par cet exercice d’observation de notre prodigieux capital humain; ses grandeurs et ses misères.  Grand Corps Malade chante cela : tous ces esprits affamés.  Cela nous amène à parler de la grande pitié de nos universités et de nos institutions d’enseignement supérieur;  de la grande pitié de nos bibliothèques scolaires, de nos médias, de nos écoles publiques, et de la faillite générale de l’Éducation, au Québec. La grande pitié des belles choses «  faites pour durer «, trop souvent boudées devant toutes les nouvelles bébelles à la mode;  notre véritable Histoire, nos généalogies ignorées, nos arts méprisés, et/ou soumis à toutes sortes de coteries. Bref, la grande pitié des choses de l’esprit en général, qui non seulement marchent à  pas de tortue, mais dont les joyaux dorment, en quantité, et depuis longtemps, dans les oubliettes de l’Histoire.

Donc, fainéanter : ne rien faire. Pendant plus d’une décennie, j’ai  publié des articles pour un magazine destiné aux parents de jeunes enfants; parallèlement, j’enseignais en classes spéciales et régulières et j’étais également assistante de recherche en psychoéducation, pour un centre de recherche de réputation internationale.  Mes conclusions vont vous paraître étonnantes ; par exemple, les renvois aux japonais et à la vision de l’éducation nippone ; pour eux, «  ne rien faire «,  cela n’est pas de la paresse; lorsqu’on ne fait rien, il se passe en réalité «  quelque chose « de très important : nous touchons précisément, par cet état d’esprit, à la source vitale de notre pouvoir créateur et ainsi, un nouveau paradigme se met en place, pour l’avènement d’un regard neuf, prédisposant à une capacité de concentration accrue. De cette expérience, «  élever l’élève «  prend ainsi tout son sens.

Cherchez l’erreur : c’est peut-être pour cela que certains hommes politiques ont jugés devoir préconiser des programmes du ministère remplis de tartufferie, des réformes et évaluations inutilement compliquées, pour une justice sociale discutable. Pourtant, l’éducation se fonde sur des principes simples, surtout pour un enfant, lequel aime apprendre dans la joie et la liberté, afin d’être heureux de se découvrir,  à chaque jour de sa vie. Mais, tous ces politiciens sont allés à la mauvaise école, puisque chaque dimanche, ils se retrouvent trop souvent à la télévision pour la messe de fin de soirée. À force d’en parler, tout le monde finira peut-être par se convaincre de penser tous de la même manière, à défaut d’être souverain dans sa façon d’être. Nous oublions, trop souvent, l’importance de cultiver la fainéantise comme rempart contre la bêtise, par exemple la nécessité de cultiver la préséance de l’humain sur le capitalisme sauvage. Peut-être faudra t’il, pour y arriver, une réorganisation sociale complète, ce qui amènerait, peut-être, à un genre de conversion chez nos dirigeants ?  Pour ce faire, il faudrait pouvoir jouir collectivement du luxe de la fainéantise, avec une action portée vers un idéal social et politique réaliste, mais encore faudrait-il que nos dirigeants cessent de donner leurs âmes aux dieux capitalistes, pour aller également à la bonne école de la vie, afin de rencontrer l’esprit humain, celui qui fait de nous, justement, des êtres humains digne de ce nom.  Allez ! Je vous propose ce projet : (ré)enchanter le monde !

Personnellement, pour comprendre tout cela, il a fallu m’exiler de ma ville natale; j’y suis revenue des années plus tard, avant de repartir sans doute bientôt, ailleurs, afin de comprendre encore, comprendre autre chose qui manque; il manque toujours quelque chose. Ainsi, nous devons toujours tendre vers le meilleur de ce que nous portons en nous-mêmes, individuellement et collectivement. Cet exil intérieur, je ne m’en suis pas plainte outre mesure car chaque fois qu’on a voulu opprimer la vérité, tuer la beauté et chasser la liberté; elle a rejaillit plus forte.

 

«  Je suis une bête de la Nature

De corps et d’esprit sans chaîne

Le nez au flair de l’aventure

Le cœur léger sans nulle haine

 

Sur mon séant je néantise

Absent comme un loup solitaire

Parfois je hurle et poétise

J’exprime ma beauté héréditaire « [i]

 


 

[i] GERARDIN, Henri : Éloge de la Fainéantise, Québec, 2017

 

12345...29