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Le poète oublié…

Vendredi 12 février 2021

 

 

poéte

 

L’histoire commence avec un bon cultivateur de chez nous, Amable Gosselin, qui était également forgeron et commerçant à Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans. Sans se préoccuper des bouches à nourrir déjà nombreuses dans sa famille, il réclama un petit orphelin irlandais, en 1847, alors qu’une épidémie de typhus dévastatrice avait obligé la mise en quarantaine d’immigrants irlandais par milliers, à la Grosse-Île, située entre L’Isle-aux-Coudres et l’île d’Orléans.

Grâce à la générosité d’Amable Gosselin, laquelle est encore de nos jours la caractéristique des gens de l’île, comme en atteste la devise « J’accueille et je nourris », James Donnelly connut l’amour et la sécurité d’un foyer nourricier accueillant. Nous pouvons imaginer combien la perte tragique de son père et de sa mère le marqua, alors qu’il n’avait que trois ans. Grâce au ciel, Amable Gosselin en fit son protégé et le fit instruire, d’abord à la petite école modèle de Saint-Laurent, puis à Québec, où il fréquenta l’école normale Laval. Il obtint son premier emploi d’enseignant à l’Institut Juneau, dans le quartier Saint-Roch.

Amable, qui décidément portait bien son nom, adopta plus tard William, le frère de James, qui avait fini par déserter sa famille adoptive, des Irlandais des environs de Québec, où il vivait malheureux. Ainsi, Amable Gosselin offrit deux fois plutôt qu’une un avenir radieux, notamment par l’encouragement aux études qui aboutit à l’éclosion du génie littéraire de James Donnelly, qui devint un poète remarqué en son temps. Ses poèmes sont d’ailleurs inclus dans la deuxième anthologie de la poésie canadienne-française, parue en 1881. Partout sur l’île, tout le monde le surnommait « Jimmy » et sa plume s’inspirait de la nature et des beautés de l’île d’Orléans.

On le retrouve plus tard, en 1871, membre d’un cercle littéraire de Québec, la Chambre de discussion du Faubourg Saint-Jean. Puis, il se lança dans le journalisme, collaborant à plusieurs journaux et périodiques, en ayant même dirigé quelques-uns. Après avoir papillonné à Montréal, en Outaouais et en Montérégie, où il enseigna et travailla comme journaliste, il entra, en 1888, à 49 ans, au noviciat des Frères des écoles chrétiennes à Montréal. Il y prit le nom de frère Romus Joseph.

De tempérament un peu bohème, il fut renvoyé quatre ans après avoir prononcé ses vœux, le 14 juin 1892, tandis qu’il enseignait au Collège Mont Saint-Louis, à Montréal, pour cause de « disparition pendant plusieurs jours ». Nous perdons ensuite sa trace un bon moment pour découvrir qu’il est décédé, en 1900, à Baltimore, au Maryland, sans donner de nouvelles à sa famille adoptive même si celle-ci, selon le chanoine Gosselin, l’historien de Saint-Laurent-de-l’Île-d’Orléans, l’a toujours aimé comme l’un des siens : « Je dois tout ce que je possède aux Canadiens français – ma vie, mon instruction et même mon pain quotidien – et ne serait-ce que par reconnaissance, si j’ai quelque chose à léguer à mon pays, je veux que la littérature canadienne-française en soit l’héritière. »

Ardent défenseur de la langue française, Donnelly savait aussi écrire et traduire les textes avec mille et une nuances et subtilités. Du grand art, qui s’est, hélas, perdu dans les oubliettes de l’Histoire. De nos jours, d’ailleurs, c’est bien la première fois depuis plus d’un siècle qu’un article est imprimé à son sujet ! Les recherches sur le poète de Saint-Laurent se poursuivent toujours, au moment où vous lisez ces lignes. Aucune photo n’a été trouvée à ce jour, comme plusieurs pans de son parcours qui restent inconnus. Quant à son père adoptif, Amable Gosselin, on sait qu’il repose dans l’église de Saint-Laurent, ce qui est un incontestable signe de reconnaissance, car un tel mode d’inhumation était en effet un honneur réservé aux bienfaiteurs de la paroisse.

Pensez donc au cher Amable ainsi qu’à son protégé James Donnelly lorsque vous passerez par le chemin Royal, spécialement en traversant la paroisse de Saint-Laurent, notamment à la vue de l’église et de la maison qu’Amable Gosselin a construite de ses mains en 1892 ; elle est située au 130, chemin Ferland. Nous savons également que la sœur de James Donnelly, dont le nom demeure à ce jour inconnu, fut adoptée par la famille de Louis Fréchette. Elle fut donc la sœur adoptive de celui qui fut connu comme notre « poète national ».

Finalement, nous pouvons penser également que l’histoire d’Amable Gosselin c’est sûrement celle d’un Québécois heureux. Il est difficile, sinon impossible, d’offrir à autrui ce que nous n’incarnons pas nous-mêmes. Ainsi, James Donnelly, un petit garçon malheureux fut sûrement à son tour un homme heureux. Son petit frère William également. Bref, que son influence soit de nos jours consciente ou non, il y a dans la beauté et la générosité de ce don comme une perle, un petit bijou, lequel signa pour James Donnelly de nouveaux possibles merveilleux.

Chronique Notre patrimoine religieux, notre histoire: Hubert Larue au cimetière de Saint-Jean

Vendredi 16 octobre 2020

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Dans le beau cimetière marin de Saint-Jean, il y a un arbrisseau un peu chétif, poussant tant bien que mal auprès de la pierre tombale d’un personnage illustre, mais qui est laissée à l’abandon, car tout le monde ignore, de nos jours, son importance.

Cet arbre prouve qu’une seule parcelle de vie est capable de miracle. C’est dans cet esprit que j’écris ce papier, car la pierre tombale d’Hubert LaRue et celle de ses enfants, Hubert fils et Alphonsine, sont laissées dans un état déplorable, ce qui est pour le moins choquant. Le lettrage de celle d’Hubert père est presque entièrement effacé, lui qui fut pourtant un éveilleur culturel de notre nation. Celle de ses deux chers enfants, elle aussi, est en piteux état, cassée en deux morceaux. Difficile de comprendre, cette négligence et cet oubli d’un compatriote ayant fait autant pour la renommée de l’île et pour l’éveil intellectuel du Québec entier. Par ses talents d’abord, puis par son œuvre. En effet, Hubert LaRue avait à cœur son terroir, sa robuste sève nationale et il possédait des ambitions patriotiques débordantes. Toute sa vie fut orientée à stimuler ses compatriotes afin qu’ils soient le plus heureux peuple de la terre.

Particulièrement en ce qui concerne l’île d’Orléans, ses écrits font appel à notre mémoire collective, car Hubert LaRue a produit un récit, vibrant hommage à l’île, publié pour la première fois en 1861 dans la revue littéraire Les Soirées canadiennes : Voyage autour de l’île d’Orléans, véritable trésor oublié de notre littérature nationale qui relate d’une plume captivante l’histoire et les légendes de l’île.

Ainsi, Hubert LaRue nous amène à méditer sur l’histoire de notre passé, comme l’a si bien rappelé son ami, l’écrivain Faucher de Saint-Maurice, car c’est ainsi, disait-il, que « nous apprenons le respect, l’attachement dû à notre religion, à notre langue, à nos lois. » Pour en arriver à ces buts multiples, tout fut bon à LaRue : conférences, livres, brochures, inventions utiles, articles de journaux, causeries.

Hubert LaRue fut écrivain, professeur et médecin. Né au manoir Mauvide-Genest, à Saint-Jean-de-l’île d’Orléans, le 24 mars 1833, il porta toute sa vie en lui son coin de pays natal. Et cette vie, il la communiquait, il savait la faire goûter. Homme de lettres et d’idées, ses œuvres méritent également d’être connues, lues et méditées. Comment oublier qu’il participa, entre autres, à la fondation de l’École patriotique de Québec, un courant littéraire ancré au fond de notre âme nationale, contribuant ainsi à la renaissance littéraire du peuple héritier de la Nouvelle-France.

Homme de foi, cette juste expression se retrouve chez LaRue, humble, touchante, indice certain que dans son âme la souffrance, surtout celle de la perte de ses enfants, avait marqué sa profession de médecin. De la douleur croyante, de ce champ de la mort où reposaient les chers débris de son cœur, jamais plus il ne réussit à se distraire.

Un soir de pleine lune, il entraîna vers la pierre tombale de ses enfants, Hubert et Alphonsine, son ami Faucher de Saint-Maurice et s’y agenouilla en pleurant plus d’une heure, sanglotant comme un enfant. C’est à ce lieu qu’il songeait lorsqu’il répétait souvent : « La maison natale : l’église; le cimetière, c’est la patrie. » Cette scène, si bien décrite par Faucher de Saint-Maurice, mériterait un panneau d’interprétation près des tombes d’Hubert LaRue et de ses chers enfants, tous morts prématurément : « Toujours, il avait un mot d’esprit bien personnel qui en faisait un écrivain tellement original et à l’esprit si vif et pétillant. Oui, la perte de ses enfants fut sans aucun doute la plus grande douleur de sa vie. Dès lors, la pensée du savant se tourna vers les mystères de la tombe. Il ne souriait plus. »

Au milieu de ces départs, raconte encore Faucher de Saint-Maurice, il ne faut pas s’étonner que le père s’en fût retrouver bien vite ses petits; huit jours de maladie suffirent. Et maintenant, dans le vieux cimetière de Saint-Jean-de-l’Île d’Orléans, au bord du Saint-Laurent qu’il aimait tant, il repose aux pieds de son père avec ses enfants, « au bruit de ce mugissement vague, sourd, indéfinissable dans sa grandiose splendeur, qui s’élève du grand fleuve. » Un arbrisseau est là, et se souvient donc, près de la pierre cassée en deux des enfants LaRue; mais nous, nous en souviendrons-nous assez pour nous décider à faire restaurer ces témoins de l’une des plus belles pages, des plus poignants et sincères témoins de notre littérature nationale ?

Nos Églises * Notre Histoire

Lundi 10 août 2020

 

La Sainte Famille et le Saint Laurent

 

 

C’est à la Sainte-Famille que se groupa d’abord la population de l’île d’Orléans.

Mes ancêtres, comme plusieurs autres familles souches du Québec, sont arrivés de France, plus précisément de Dieppe, en Normandie, afin de fonder la Nouvelle-France. Arrivés à la belle saison, les marins Pierre, Jean et Jacques arrivèrent à l’île après une longue traversée, foulant le sol la première fois à Sainte-Famille, paroisse la plus ancienne de l’île, avec les plus anciens registres paroissiaux s’ouvrant en 1666.

Fort d’une belle dévotion à La Sainte Famille, monseigneur François de Laval lui rendit hommage en la nommant ainsi à sa fondation, en 1661. Le premier curé fut François Lamy. C’est lui qui collabora à l’édification de la première église Sainte-Famille, vers 1669, laquelle fut érigée canoniquement en 1684. Autour d’elle, la vie s’organise rapidement. L’église reçoit le mandat d’éducation et d’hospitalisation. Pionnière de l’architecture religieuse du Régime français et rare témoin de celui-ci, de style classique, sa façade, entreprise en 1743 fut reprise en 1808 et  1843. L’église de pierres remplace donc la première église, plutôt une chapelle, située non loin, un peu plus au nord. En 1679, quatre autres paroisses sont fondées sur l’île d’Orléans.

La paroisse de la Sainte-Famille est toute située dans le fief de Charny-Lirec, concédé à Charles de Lauzon-Charny avant 1656 et qui passa aux mains de Mgr de Laval le 2 septembre 1666. Le soi-disant fief Maheu, de 15 arpents de front, situé sur l’extrémité ouest de la paroisse, s’étendait sur toute la largeur de l’île. Il fut concédé à René Maheu en 1651, mais les habitations Maheu ne furent construites que 10 à 15 ans plus tard. Entre 1667 et 1681, nombre des pionniers de Sainte-Famille allèrent se fixer dans les autres paroisses de l’île, où le défrichement progressait également.

Saint-Laurent est porte le nom de Saint-Paul jusqu’en 1698. Le saint patron de la paroisse est Saint-Laurent de Rome. La première église fut une petite chapelle en bois, construite en 1675 par le maître-charpentier Charles Pouliot. Elle était située à 100 m de l’église actuelle, à l’ouest. Ensuite, une première église de pierre fut érigée en 1697, puis l’église actuelle fut construite en 1860. Devant le monument extérieur dédié au Sacré-Cœur, les grandes portes de bois sont peintes en carmin ; pour les atteindre, nous devons gravir quelques marches, face au fleuve, non loin du Club nautique, à côté d’un grand stationnement, point de départ d’un beau tour de l’île déroulant lentement le ruban du chemin Royal. L’église a la forme d’une croix latine avec un transept et des croix latérales. En 1700, la paroisse est desservie par un missionnaire ; au même moment, cette année-là, arrive le premier curé à Saint-Laurent. C’était un curé-résident, l’abbé François Poncelet. Le 27 août 1714, l’église est érigée canoniquement et le 27 juin 1759, l’église est épargnée du saccage de l’armée britannique.

En somme, par la richesse de son histoire et de son patrimoine religieux, l’île d’Orléans, microcosme du Québec, est aussi la gardienne de ce que nous avons fondé de meilleur, individuellement et collectivement ; ses églises en sont un exemple, de même que ses croix de chemin, ses chapelles, ses cimetières et ses presbytères. Pour en mesurer toute la profondeur, il faudrait remonter jusqu’à Jacques Cartier, débarqué sur l’île il y a longtemps, en 1535; l’île s’appelait alors Windigo « le coin ensorcelé », en algonquin. Depuis, une présence surnaturelle l’habite, c’est certain, comme si un ange, ou une bonne étoile veillait sur elle et sur nous toutes et tous pour l’éternité.

 


  C’est à la Sainte-Famille que se groupa d’abord la population de l’île d’Orléans. Mes ancêtres, comme plusieurs autres familles souches du Québec, sont arrivés de France, plus précisément de Dieppe, en Normandie, afin de fonder la Nouvelle-France. Arrivés ...&media=http://ll2020.unblog.fr/files/2020/08/dscn1282-2-1024x768.jpg" onclick="window.open(this.href);return false;" >