À la croisée des chemins…

Parfois une étincelle suffit pour faire tout chavirer, tout ce que l’on avait mis tant d’années à apprendre, tout ce qui était le socle de notre intelligence, et qui, dès lors, n’est plus qu’illusion. Ainsi, nous éprouvons de l’intérieur la fameuse « vérité »: la certitude n’existe pas.  Paradoxe ? Oui et non. En effet,  à la croisée de deux chemins, deux mondes, deux pensées, ouvrent un nouvel espace, tant individuel que collectif. 

À l’école secondaire, j’ai découvert que l’histoire avait du bon, et cela surtout parce qu’en étudiant l’histoire, j’ai vu des hommes devenir bons. C’était à l’époque où l’enjeu palestinien faisait  irruption sur la scène politique.  Ma génération ne fut pas politisée à l’extrême, mais elle s’est tout de même allégrement empoignée sur certaines questions, nonobstant la situation israélo-palestinienne.  Je songe à ces grands maîtres, Henry Laurens, et à la bibliothèque de l’Humanité -encyclopédie de la jeunesse-, en 25 volumes (cadeau de mon grand-père). Je songe à tout ce temps passé à hanter les bibliothèques : je ne comprenais pas tout, et cela m’angoissait. Une angoisse étrange et exaltante. Déjà, dès le plus jeune âge, me semble t’il que je tenais en haute estime ce que j’appelais alors « liberté », et qui n’était que « choses de l’esprit». Le fait de ne pas comprendre, à 10 ans, les ouvrages universitaires et autres livres d’histoires, brisa comme une frontière en moi : je voulais tout savoir. Alors, j’ai lu mes encyclopédies de l’Humanité, mais encore, je n’arrivais pas à tout comprendre. Loin de là. En effet, toutes ces révolutions, ce phrasé académique, cette élégance raide, ses références savantes, tout cela était impossible à intégrer pour un enfant de mon âge. Je n’en savais rien. J’avais la nostalgie sourde, je me voulais virtuose. Je n’étais en rien géniale.  Constat implacable.

Des années plus tard, en mauvaise passe, cette histoire m’est revenue en mémoire, sans crier gare.  Ceux qui cherchent dans le passé des leçons aptes à s’appliquer à notre temps, visitent souvent les cimetières.  C’est sûrement ce qui empêche la dégradation mémorielle et épargne, en un sens, de la mort vivante. En effet, rien de pire que la mort dans la vie.  En marchant au travers tous ces monuments, ces innombrables épitaphes offrent envers et contre tout une raison de s’enthousiasmer pour la démocratie. Barack Obama, en prêtant serment sur la Bible utilisée par Abraham Lincoln, en 1861, a participé, plus que les autres avant lui, au culte civique. Il connait bien le pouvoir des mots, des images, et des grands totems.  Quoi qu’il en soit, Lincoln ne rachète pas l’Humanité de ses crimes. Ni tous ces héros morts et enterrés non plus. Un des plus grands et des plus respectés historiens américains, Eric Foner, a essayé de chasser Lincoln de son piédestal. Il en parle comme d’un homme avant tout.  Frederick Douglass, ancien esclave devenu brillant orateur en parle aussi en ces termes, avec évidemment sa grande reconnaissance pour avoir aboli l’esclavage. Le premier monument « memorial » fut financé par l’argent des Noirs Libres.  Tout cela est anecdotique, mais voilà ce que je voulais écrire, à quelques heures de mon anniversaires de naissance. L’intellectuel et l’artiste reprennent donc leurs chemins. Comme la voie d’émigration de ces autres, mais la direction est tout autre.  L’étroitesse, ou cette limitation, renvoie à devoir intégrer une nouvelle scène, plus globale, et à l’horizon idéal. Chronologiquement, je suis à une époque de l’histoire unique: les actions se succèdent, se juxtaposent, et coexistent comme tant de figures représentant des forces motrices. Nous devons lutter afin de protéger nos libertés, nos droits les plus élémentaires, et aussi afin de pouvoir vivre bien, heureux, en amour, dans la paix de chaque jour. La barbarie n’est jamais bien loin, à tenter de défoncer les portes, ou sous des airs de bon samaritain. Nous devons demeurer vigilants, sans excès, dignes, nobles, calmes et beaux. Les plus grands défis, tant sociaux, économiques, culturels, politiques, sont devant nous. Nous sommes tous sur le même bateau ! VIVE LA VIE !

2 Réponses à “”

  1. letempspasse dit :

    Salut Louise,

    Bon anniversaire et bonne fête nationale québécoise en retard. :)

    Jacques

  2. click here dit :

    423.. Outstanding :)

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