Nos Églises * Notre Histoire

Louise V Labrecque

11 janvier, 2017

Église Saint-Viateur d’Outremont, Montréal

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 16:52

4-c3a9glise-saint-viateur-dans-outremont (1)

Église Notre-Dame-des-Victoires, Québec

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 16:48

Notre-Dame-des-Victoires.Church.original.25174

Salutations à tous les patriotes !

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 16:45

13240511_10154416103983974_2797952701048737406_n

RÉSISTANCE. J’ai signé l’appel pour sauver nos églises, nos oeuvres d’art, nos témoins du temps historique, comme la preuve que nous sommes bien passés, que nous sommes bien là. S.V.P.: signez, vous aussi.

9 janvier, 2017

Église Sainte-Famille-de-l’Île-d’Orléans

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 0:56

1b._eglise_ste-famille_ile_dorleans

29 juillet, 2014

Henriette Dessaulles (1860-1946): ces petites perles de notre Histoire.

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 13:13

Henriette Dessaulles (1860-1946): ces petites perles de notre Histoire. dans Non classé henriette_jeune_femme-2

Comment définir, comment décrire, la poésie d’Henriette Dessaulles sans évoquer l’aspect fragmentaire maintes fois remâché, le ton humoristique, la délicatesse, la « parlure » et la touchante discrétion ? En effet, dans le premier cahier d’Henriette, qui va de 1874 à 1876, Henriette a quatorze ans, et fait son entrée au collège. Tout résonne comme un monde en soi, des brides de son univers adolescent, terriblement transparent, un genre de souffle hyperpuissant, par les mots. De la prose possédant ce mouvement continu, capable à la fois d’instruire, de toucher et d’émouvoir; et avec ce docere delectare,  il est facile d’imaginer l’humaniste en devenir, ainsi que l’essayiste libérale, à sa manière. Elle quittera définitivement son journal, la veille de son mariage, en 1881.

De ce fait, l’écriture « toute personnelle » d’Henriette Dessaulles ne cessera de séduire les esprits avec cette primauté du « Je », questionnant le monde, en s’opposant aux « simagrées » de son temps.  En effet, la diariste possède une poésie originale, un langage propre, souvent subjectif, il va de soi ; tandis que le journal commande cet appel, dans sa vision de chaque instant. Une poésie de la Raison, certes, mais équilibrée, alliant sensiblement une liberté de penser fort avant-gardiste pour l’époque. Et de cette poétique, Henriette Dessaulles n’y sera jamais indifférente, associant volontairement son acte d’écriture à la délivrance ; à la confidence dans l’écriture intime. En effet, outre ses premières chroniques féminines dans « Le journal de Françoise » (fondé par Robertine Baril) avec ses célèbres Lettres de Fadette publiées des années durant dans le journal Le Devoir, il faut avoir lu son journal pour réellement comprendre et saisir cette plume exacerbée, éclairée, poétique, avec cette petite pointe d’ironie, ce clin d’œil à la condition des femmes de son époque, à Saint-Hyacinthe. En effet, Henriette Dessaulles fut une féministe avant l’heure, notamment avec cette plume « impertinente », impitoyable, au regard néanmoins toujours attentif (voire aigu), et bienveillant. Véritable électron libre, Henriette Dessaulles était inclassable dans ce milieu influencé à la fois par les intellectuels et le clergé; milieu attirant, on le devine, avec son lot de parasites plus ou moins pédants. Par chance, Henriette fut animée très tôt d’une grande autonomie, et avait le désespoir joyeux, ce qui marqua son écriture en favorisant un style de vie littéraire fort plaisant. De plus, sa grande curiosité intellectuelle et son humanisme (un genre d’empathie singulière) ne cesseront de teinter sa plume, avec lucidité certes, mais également avec cette poésie si caractéristique. Toutes ses histoires, en plus de leur authenticité, sont d’une modestie et d’une qualité littéraire rare; œuvre d’art dont il nous manque, rappelons-le, des cahiers et autres écrits, toujours introuvables à ce jour. Écrire simplement, c’est une des qualités dominantes de sa plume : une voix, un visage, une allure familière. Même aujourd’hui, dans notre monde fait d’écrans et d’autres murs, Henriette Dessaulles n’a pas beaucoup changé, sinon qu’elle a gagné en « drôleries », en dignité, et en charme. Ainsi, il n’est pas nécessaire d’être poète pour apprécier sa poésie et sa plume; il ne faut pas non plus être plus sentimental qu’il ne le faut ni atteint d’un chagrin inconsolable pour plonger dans cette jeunesse en fleurs, cette œuvre véritable et savoureuse. Elle aura, aujourd’hui, il me semble, sa revanche. Comme nouvelle forme poétique ou trouvaille littéraire, par des exemples évoquant à la fois sa solitude intérieure et sa propre philosophie, est faite de mystères et de bonté ; et également, par un vocabulaire et des descriptions ornés de cette discrète touche poétique dans les exigences presque surhumaines qu’auront été sa vie et ses combats personnels. En somme, un éclairage savamment dosé faisant ressortir des trésors, des merveilles et des vérités, tellement qu’après la lecture de ses cahiers, vous ne pourrez faire autrement que répéter obstinément son nom. Son œuvre montre à la fois les qualités et les défauts d’une époque, avec en prime toute la personnalité pétillante d’Henriette Dessaulles, enfermée dans ses lignes, dans ses phrases, dans ses mots jusqu’à en former une dialectique, une poésie qui inspire fort, abondamment, et pour longtemps.

On ne (re)dira jamais assez combien la nuit d’Henriette Dessaulles fut noire, de par les souffrances et les deuils ayant traversé sa vie. Le rythme, qui est nécessairement de l’essence, parfume ainsi son écriture. Avec elle, tout cela prend de l’ampleur, sans jamais devenir lourd, dans une trop vaste peinture de la pensée ou dans des cacophonies de mots parfois regrettables. C’est autre chose : avec Henriette Dessaulles, nous sommes touchés par la Grâce, c’est l’image même qui me vient à l’idée. On n’épuise pas les grands poètes. L’art n’est rien s’il n’est fixé au réel, dans un baiser ardent, certes, mais clairvoyant. Avis aux cœurs endurcis : les réflexions sages d’Henriette Dessaulles résonneront, sans malice, sans maladroite insistance, et surtout, sans condescendance et moralisme. Dans l’instant d’après, tandis que vous chercherez, dans votre mémoire heureuse, quelques souvenirs de même mesure… oui, car, des images, il y en a !  Henriette Dessaulles ne peint que cela, à vrai dire, et parfois, même, c’est trop pour un seul cœur. En effet, que de choses elle aura su dire ! Et de ces images données à des idées, ce qu’il y aurait également à en dire ! Tout cela est d’une telle résonnance, d’une telle richesse, notamment de nos jours, à notre temps et à notre époque; tout cela  est si éloquent, qu’il faudrait s’arrêter collectivement pour en savourer le talent et en prendre la mesure. Enfin, tout cela est comme infini, mais non pas insondable. Vous devinez bien que je vous en reparlerai dans un prochain article. Pour l’heure, avec cette grande dame sortant tout doucement des oubliettes, notre littérature québécoise et canadienne se porte bien !

Lady George

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 13:00

 

 

Il y a d’abord cette jeune personne, cette enfant, Aurore Sax, née à la fois de la noblesse et du peuple; et puis, il y a cette femme, en qui se retrouvent toutes les contradictions. C’est avant tout une sentimentale.  Elle n’aurait jamais dû se marier : ce fut un désastre.  Son mari, Casimir Dudevant, était complètement nul, grossier, despote. Qu’importe ! Plus tard, elle sera une intellectuelle, vivra à Paris, puis à sa merveilleuse maison de campagne, située à Nohant, tous les étés.  À partir de là, s’élabore  une étape importante, le début du tableau lyrique, l’histoire d’amour de sa vie, oui, car il y a Georges Sand, dont l’œuvre colossale, immense, célèbre, se passe de présentation, et … il y a autre chose; il y a plus. Lady George ne fait pas que cerner un cœur (et un sexe), somme toute évanescent, elle le situe  au milieu de toutes ses activités littéraires. C’est à la fois son drame et sa fantaisie; elle n’en sera point tiraillée car elle est devenue, assez rapidement, à la fois ce qu’elle est et ce qu’elle voulait devenir : une intellectuelle passionnée de lettres, de correspondances, de politique, et aussi, surtout, une amoureuse ardente, et une mère de famille bourgeoise, sans mari.

Et ce qui fait qu’elle ne se perdra pas, c’est justement cet esprit passionné, doublé d’une dualité toute personnelle, originale, jusque que dans son rapport à la sexualité, au sexe, comme en fait foi son prénom d’emprunt masculin. Ainsi, et ce fait n’est pas banal, ce ne fut pas seulement une femme simplement en avance sur son temps dans la vie, dans la littérature et les arts, mais aussi, et surtout, au lit.  De ce fait, son rapport à l’intime est  bouleversant, foudroyant, surtout considérant que l’on parle d’une femme vivant ses amours charnels autour des années 1837.

 

De tous ses amants, plusieurs ont été célèbres,  avant la lettre, et d’autres sont encore à découvrir, tellement le nombre est important; parmi ceux-ci, Michel de Bourges, à qui elle écrira : « tu n’es pas capable de comprendre pourquoi, comment, et combien, je t’aime » ! Est-ce là  la clé afin de résoudre sa psyché masculine/féminine ? De toutes ses qualités psychiques, en effet, il y a ce regard particulier de la femme, porter par une femme,  sur un monde ayant à la fois des modalités féminines et masculines.  Sont-ils à ce point différents, et/ou complémentaires, considérant que la psyché, justement, au-delà du sexe biologique, se situe dans le jeu irrésistible des perceptions, tel un couple analytique ? Ainsi, en avance sur son temps, Lady George divorça,  somme toute assez rapidement, de son mari odieux, et pris pour amant l’avocat l’ayant défendue dans cette cause, Michel de Bourges, dont elle tomba amoureuse ardemment,  inéluctablement. Avec lui, elle partira  à la découverte de sensations puissantes qui laisseront un écho persistant, dans le plein plaisir sexuel lui-même, certes, mais également dans le genre d’attente sauvage et exalté  qu’il suscitera, comme si toutes ses pensées et impressions se liaient, d’un coup, à sa nature délicate, raffinée, exquise, féminine, pour enfin triompher de ce moi masculin, tout d’un bloc. Elle fera violence à sa fierté, avec lui, en même temps qu’elle couvera d’autres amours, afin de ne pas se briser complètement. Il y a chez cet amant-là quelque chose d’intéressant à observer, afin de comprendre les profondeurs de la quête sexuelle de Georges Sand. Il n’était pas comme les autres, et il arriva à un moment de sa vie où elle était particulièrement vulnérable. Avec lui, elle perdit ses repères, et bien malgré elle, s’abandonna, avec tout ce que ce mot veut dire.  Ainsi, lucide, elle avouera « ce n’est pas à cause de l’amour que tu as eu pour moi que je t’ai aimé. Combien d’autres en ont eu davantage qui ne m’ont pas fait seulement lever les yeux au-dessus de mes livres! »  Ainsi, elle fera plus que céder à ce beau parleur, lui disant finalement franchement, telle une évidence somme toute plutôt banale : « je t’ai aimé parce que tu me plais! »  Ainsi demeurera-t’elle toute sa vie : vierge par l’intelligence, la véritable intelligence; celle capable de candeur, celle capable de génie. Et, comme en fait foi cette confidence, à cet amant initiateur: « S’il suffisait de se savoir aimée pour rendre la pareille et si avec la conviction d’être aimée fort peu, on acquérait tout d’un coup la force de se vaincre et d’oublier, il est certain que j’aimerais d’autres que toi, il est certain que je ne t’aimerais plus. »  Et à partir de là, effectivement, Lady George passa à autre chose et alla voir ailleurs si elle y était; et pas qu’un peu.  Après tant de soumissions dans le plaisir, après cette déchéance dans les tréfonds des émotions, elle revisite ses pulsions sexuelles; elle se mesure, de ce fait, à l’homme en elle, et sait rapidement qu’il vaut la femme également.  Cet amant-là devient  ainsi la porte qui s’ouvre sur tous les autres, l’arbre qui cache la forêt, et vu comme ça, il demeure une conquête sur elle-même, une bagatelle d’abord, puis, guidé par ses fantaisies ardentes, « un analyste idéal », à la fois l’objet et le sujet; et à la fois, une façon d’être physiquement dans le monde.

 

Ainsi, rien ne la laisse indifférente; mais elle n’est pas un objet. Des hommes la désirent et elle  leur cède ; les évènements ne la bousculent pas, car elle sait maintenant les dominer. Par ailleurs, toute son œuvre est teinté de cet esprit rebelle : non seulement elle adopte et assume entièrement  le pseudonyme masculin de George Sand, (comme plusieurs femmes de plume le faisait à l’époque), mais elle, elle va plus loin : elle s’habille en homme, elle fréquente les milieux réservés aux hommes, et elle devient, de ce fait, l’auteure féminine dont les critiques parlent et écrivent au masculin.  Il n’est pas exagéré d’affirmer que Victor Hugo l’a sauvée, ainsi que des amis « hugolâtres », dont Jules Sandeau, de qui elle deviendra la maîtresse, et avec qui elle mènera la folle vie d’étudiant bohême, habillée en homme, et courant Paris, la nuit. Elle écrit même avec lui, signant « J.Sand », mais son génie personnel dépasse bien largement le talent de son collaborateur, lequel ne pourra souffrir plus longtemps cette situation « ambigüe », et ne tardera pas à la tromper avec une blanchisseuse. Elle deviendra, à partir de là, LA féministe, continuant non pas de se travestir en homme, mais de vivre pleinement sa vie, entièrement libre, insolente, brillante, joyeuse, et complètement libérée. Elle fera ainsi mouche, et suscitera la curiosité, l’enthousiasme, et plus tard le scandale, du tout Paris, et bientôt,  de toute l’Europe !  Voici un exemple (dont certains contestent la pérennité) de sa plume, lorsqu’elle s’érotise,   à l’égard de son amant le plus éperdu, le poète Alfred De Musset :

 

Je n’ai plus qu’une idée en tête,
n’en déplaise à tous ceux de
votre sexe, masculin et puissant,
qui m’intimident un peu quelquefois,
au point d’en rougir de honte et d’envie.
N’allez point par là douter de ma sincérité !
Quand je pense à tous ces jeux
de hasard à essayer avec vous et vos amis
interdits, usant de mon cul-
ot ou de ma grande agilité
qui en ravira plus d’un, sans parler de ma tenue,
Je sais que vous êtes prêt à partager et vous dirai la vérité
toute nue, car je sais que vous y tenez !

 

 

Son côté caché n’est pas dénué d’intérêt, ainsi nous découvrons que George Sand adore « les petits jeux » : relisez cette lettre en sautant une ligne, et vous comprendrez le double sens, sans équivoque. De ce côté amusant dans l’incroyable et importante correspondance entre ces deux-là, il y a de l’esprit, certes, mais également une énigme, dont je parlerai ultérieurement, dans un prochain article, plus touffu, tout consacré à cette question. En effet, tout cela a de quoi laisser nostalgique. Par exemple, voyez cet autre acrostiche, inspirée cette fois de la plume d’Alfred de Musset, répondant à la lettre de cette dernière :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

 

 

Aussi, il n’est pas peu dire d’affirmer qu’il était mal vu pour une femme d’avoir un amant plus jeune qu’elle, et pour éviter le qu’en dira-t’on, les amoureux utilisèrent cette technique, à quelques détails près.

De même, Frédéric Chopin, qui fut son également son amant, répondait lui-aussi, parfois, par énigme. Il faut savoir : dès la toute première rencontre, il y eut, un malaise, tandis que Franz Liszt donnait une fête chez lui. Un homme petit, chétif, génial, aux traits doux, un peu féminins, et cette gaillarde, habillée en homme, fumant la pipe, le verbe haut, prenant beaucoup de place en société.  Une passion orageuse suivit, non sans s’être demandé l’un l’autre, Chopin d’abord à son hôte : « mais est-ce bien une femme ? », puis cette dernière à une amie : « ce monsieur Chopin, est-ce une jeune fille ? » Ainsi, des années durant, cette relation sera vécue dans le plus prodigieux des secrets, prenant même des allures quelque peu « incestueuses », comme celle d’une mère avec son fils.  Complètement ébahis l’un par l’autre, admiratifs du talent incommensurable de chacun, ils ne tariront pas d’éloges, à cet effet, l’un sur l’autre. Georges Sand sera littéralement  subjugée par le talent exceptionnel du musicien, tout autant que par sa fragilité. Ce dernier parviendra à reconnaître la vigueur d’esprit de sa chérie, le génie rayonnant de sa plume, son intelligence sans commune mesure, ainsi que son élan hautement créatif, grandiose, unique en son genre ! Il lui en faudra, néanmoins, du temps…. Trop peu, trop tard ? Quoi qu’il en soit,  Lady George caresse déjà d’autres rêves,  non sans une certaine tristesse, ni un certain désarroi.  C’est qu’elle aima très profondément Chopin, oui, comme tous les autres, mais avec lui elle aura la relation la plus longue, et peut-être la plus fusionnelle. Il n’avait pas la santé très solide, il avait besoin d’elle !  Elle en prit un soin jaloux, le protégeant de tout, et surtout de lui-même, du moins le pensait-elle. Et je suppose que ce fut bel et bien le cas, car de là, elle aura certes des ami(e)s, plusieurs,  avec qui elle entretiendra une correspondance assidue ;  elle sera invitée à gauche et à droite, aura à marier sa fille, puis son fils ; ainsi la vie va…. Aura-t’elle d’autres amants, oh oui, évidemment ! Cela vous choque ? Imaginez dans les années 1840 ! 

On devine ainsi aisément, combien, plus que toutes autres, George Sand a subi les sévères jugements masculins, dont les plus infâmes furent retrouvés, dans un journal, en date du 8 décembre 1848 : « si on avait fait l’autopsie des femmes ayant un talent original, comme madame Sand, on trouverait chez elle des parties génitales se rapprochant de l’homme, des clitoris un peu parents de nos verges ».  Voilà  qui a le mérite d’être clair, n’est-ce pas ? Et cet énoncé donne également le ton, à savoir combien il était risqué, pour une femme, au XIXième, de vivre aussi librement. Qui plus est, son genre, tant de manière symbolique qu’anatomique, ne coïncidait pas avec l’époque; c’est comme s’il y avait un hiatus quelque part, comme si ces dispositions bisexuelles rendait son rapport avec les hommes intéressant, certes, mais complexe. Ainsi, développera t’elle « un complexe de masculinité » ,  peut-être pour pallier l’absence d’un père, mort trop tôt, dans la plus tendre enfance ? La question se pose; de la même manière, elle sera puissamment investie affectivement par deux femmes : sa mère et sa grand-mère, qui prendront soin d’elle, après ce départ subit de la très chère figure paternelle. Est-ce de là que vient son engagement féministe, ses contradictions les plus sensibles, sa rage d’écrire ? Il faut savoir que pour l’écriture, en effet, une femme, aux yeux des hommes « ne valait rien », et cela sans donner d’arguments plus convaincants, si ce n’est que le recours à l’insulte : « c’est un cliché! », et autres préjugés cruchons, stéréotypes éculés,  tout aussi bêtes, lâches, que stupides.  Ainsi, que Lady George se soit accordée une liberté « hors normes » est révélateur, très certainement d’une forme de cri du cœur salvateur, en même temps qu’une critique sociale des femmes de son époque, du moins à première vue. En effet, il est et sera, en même temps, toujours difficile de situer l’œuvre de Sand dans un rapport féministe; nous n’avons qu’à penser à ces figures de femmes soumises fleurissant son œuvre, à commencer par la petite fadette, dans le roman du même nom. Et n’est-ce pas là paradoxal, le fait de mettre ces femmes soumises en bonnes premières; n’est-ce pas regrettable, du moins questionnable, à  la lumière de la vie réelle de l’auteure ? En effet, ces femmes sont des modèles d’inaction, porteuses d’un message d’acceptation sociale de leur époque. Voilà ce qui manque, voilà le relief singulier de la vie littéraire,  dans l’œuvre de Sand : ambigüe jusque là.

25 juillet, 2014

Henriette Dessaulles : la suite

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 4:24

Pour compléter le tableau de mon dernier article au sujet d’Henriette Dessaulles, il faudrait dessiner quelques regards vers les années 1900, et ainsi donner la parole à plusieurs écrivains, et historiens ayant voulu, par le passé, ouvrir la porte à une réelle compréhension des œuvres, au-delà de la fiction. En effet, comment voir un travail d’écriture au sujet d’une grande dame de notre littérature, par ailleurs pratiquement méconnue ? Bien sûr, cette interrogation d’une question au sujet d’un passé est un prétexte, en somme, pour dessiner le futur guéri de son amnésie plus ou moins volontaire. De plus, il faudrait y consacrer non pas un simple article, mais un texte beaucoup plus exhaustif, ce dont je ne ferai pas ici. Pour l’heure, je me contenterai de rappeler des faits importants, notamment à savoir que Henriette Dessaulles, notre petite Fadette, a publié, sa vie durant, sous plusieurs pseudonymes, dont les plus connus sont : Claude Ceyla, Jean Deshayes, Marc Lefranc; il y en a peut-être d’autres… et cela, en soi, est vertigineux.

Ainsi, de son œuvre remarquable, soit la publication de ses journaux intimes, Henriette Dessaulles a aussi publié dans le journal Le Devoir, chaque semaine, des milliers de chroniques dites féminines: « Lettres de Fadette ». De ce fait, le rapport à l’intime de son œuvre, au sens du rêve, des révélations de l’esprit, via son journal, mais aussi sous l’œil impitoyable de son époque, constitue un véritable plaidoyer de la liberté de penser dans une société dominée par le patriarcat et le clergé. Ainsi, Henriette Dessaulles aura été un électron libre, non pas en errant à la marge du monde, mais en prenant prise sur le réel, nous conviant à la confidence, l’échange, la réflexion. Ainsi, le silence qui entoure aujourd’hui son œuvre est fascinant : comme si le refuge individuel qu’a exercé son rapport à l’écriture apparaissait aujourd’hui naturellement, mais sans prise de conscience collective, au sens large. Pourtant, et à vrai dire, toute la famille Dessaulles est fascinante: fortunée certes, mais aussi très libérale (la ville de Saint-Hyacinthe, non loin de Montréal, était assez avant-gardiste pour l’époque). Ainsi, son grand-père fut le seigneur de Saint-Hyacinthe; son père Georges-Casimir Dessaulles, fut le maire de la ville, lequel fut le frère de l’humaniste Louis-Antoine Dessaulles ( celui-ci nous lègue également quelques écrits dignes de mention, et dont je vous reparlerai dans un prochain article). Finalement, elle est la cousine d’Henri Bourassa, qui fonda le journal Le Devoir, en 1910, et dans lequel elle publia « Lettres de Fadette ». Finalement, pour couronner le tout, son parrain n’est nul autre que le patriote Louis-Joseph Papineau. De plus, plusieurs autres membres de cette famille sont intéressants, et il y aurait beaucoup à en dire et à en écrire; ce dont je ne priverai certainement pas, si le cœur m’en dit, dans de prochains papiers. En fait, vous direz-vous, quelle mouche m’a donc piquée avec Henriette Dessaulles ? Pourquoi me touche t’ elle autant ? Je serais bien embêtée de vous répondre, sinon qu’il s’agit d’une véritable femme d’esprit, et d’une plume hors normes, d’une très grande beauté, aux qualités littéraires à la fois simples et remarquables, érudite sans jamais être pédante, et surtout translucide, transparente : c’est comme si nous y étions ! Son journal intime (dont il nous manque encore des cahiers, hélas introuvables à ce jour), est admirable en ce sens qu’il est intemporel. Le même combat pour la liberté, non seulement à l’intérieur de la vision d’une ville, d’une société, et d’une époque, mais aussi dans sa contagion ardente, son humanisme, et son caractère original. Ainsi, on se laisse emporter par le plaisir de la lecture, sans souffrir un seul instant du fait d’entrer dans la vision d’Henriette, au cœur de son monde, ce lieu intérieur rempli d’aspérités qui bercent et dérangent à la fois, contrastes brillants préfigurant l’esprit de la grande dame en devenir : en effet, il est étonnant de lire ce journal et d’imaginer celui-ci écrit par la main d’une jeune femme d’à peine 15 ans ! Bref, d’une maturité étonnante, avec une sensibilité exacerbée et intelligente, de bonnes manières, un bon jugement, nous sommes face à une peinture vivante de la vie quotidienne d’une époque, marquant de ce fait les caractères uniques des gens, l’âme des lieux, à l’intérieur d’un rythme unissant une réalité complexe, répandant sa lumière rafraîchissante au grand jour ! Bref, si vous ne connaissez pas encore Henriette Dessaulles, il est temps, il est tard.

25 janvier, 2013

Un cynique chez les lyriques

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 0:52

D’abord, on se demande pourquoi un titre pareil. Puis, nous traversons le préambule pour découvrir les intentions de l’auteur, Carl Bergeron. Soudain, s’impose comme une envie d’en savoir davantage, de dévorer ce livre ou mieux, d’écrire, exactement de la même manière que l’on constate l’urgente nécessité, tous les printemps, de préparer le terreau afin que plantes, fleurs et fruits puissent planter ses racines. En fait, cela va encore plus loin que la parole ou l’écriture. Plus loin que la sensibilité. Nous parlons ici de cynisme, comme analyse symbolique et philosophique des films de Denis Arcand. En tant que rapport au monde également, dans un regard en surplomb -comme celui d’Arcand-, scrutant l’horizon au tant de l’intime que du collectif, notamment en ce qui a trait à la situation québécoise actuelle.

Le cynisme d’Arcand, paraît-il, ne date pas d’hier. Le saviez-vous ?

En effet, Denys Arcand possède une œuvre magistrale, allant des films de fiction « On est au coton » (1971) jusqu’à « L’âge des ténèbres » (2007), sans oublier son œuvre documentaire, forte et critique.  Le cinéaste, en effet, est profondément ancré dans la réalité; même lorsqu’il aborde la fiction, il est parfaitement en phase avec les aléas sociaux et culturels du Québec d’hier et d’aujourd’hui. Cela en fait un artiste profondément bouleversant. Justement, ce livre de Carl Bergeron « Un cynique chez les lyriques » est un cadre de réflexion essentiel sur l’œuvre magnifique de Denys Arcand, en plus de mettre en lumière, comme peu d’auteurs l’on fait, une véritable rencontre entre les deux hommes. Une surprise de taille vous attend donc puisque la réunion entre ces deux esprits n’épargne rien, dans la géographie humaine, culturelle et politique du Québec.  C’est que le cynisme philosophique d’Arcand ne date pas d’hier, en effet, et c’est bel et bien à un portrait sensible du célèbre cinéaste que Carl Bergeron nous convie, avec ce brillant essai. Ainsi, tel l’artiste créant une œuvre, Arcand affirme : « Le Québec est une histoire impossible » ; en lisant ces mots, on ne se sent pas très à l’aise.  C’est que l’œuvre de l’artiste, Arcand à l’occurrence, tranche nettement avec celle des autres, de par la somme des regards graves qu’elle suscite, ainsi que par la réflexion des personnages, lesquels ne sont pas tous également intéressants, même parmi ceux que Denys Arcand semble privilégier.  Justement, comment faire une œuvre, notamment de fiction, au Québec, si on est, comme Arcand, profondément lié à son pays d’origine, amoureux de sa culture historique, et dans sa complexité schizophrène (oui, mais non) même?  C’est que le Québec profond, c’était hier : on revient de loin, assurément, et de cette vision du monde, Arcand l’embrasse ardemment,  marqué par le poids des rapports de forces, de son œuvre, et de l’Histoire.  En effet, la plupart des Québécois ont parmi leurs ancêtres, un fermier ou un coureur des bois, de qui ils ont hérités le respect et l’amour de la nature.  Des souvenirs pas toujours très glorieux…Dans les faits : la condition humaine et québécoise dans ce qu’elle porte de plus difficile, de plus désenchantée, et parfois de plus tragique, mise en lumière, notamment dans l’œuvre documentaire de Denys Arcand , mais également dans « Gina »,  une femme déclassée, laquelle voile également une grande espérance, tel un secret bien gardé : le mariage ! Or, à la sortie du film, en 1975, Arcand revisite lucidement la blessure, persiste, et signe : « le mariage est le tombeau de la classe ouvrière ».

Savoir choisir ses batailles

Ainsi, Denys Arcand possède une poétique originale : c’est un inclassable ! Il n’est pas nécessaire, en effet, de chercher vitam aeternam une raison à son anti-lyrisme notoire, ni de cette tendance naturelle à se méfier de toutes entreprises et tentations passionnelles, « que cela soit dans le registre de l’amour ou de la détestation »: nous avons affaire à un être de raison, lequel pose « son regard de plomb » sur l’environnement, lequel façonne tous les êtres.  Dans son film « Jésus de Montréal  (1989)», nous avons là, peut-être, son sujet le plus personnel, le plus intime, le plus sincère.  Ainsi, un artiste ne peut évoluer seul; alors que fondamentalement, il appelle cette solitude de tous ses vœux. Dans les faits, il a besoin des autres, il a besoin de la société. Son désenchantement viendrait-il de là ? Savoir, par avance, que nous serons incompris, voire blâmés, avant ou après avoir été loués, pour paraphraser la célèbre citation ? C’est qu’il faut éviter les impasses. Les écrivains, les poètes, les artistes, ne font pas du porte- à -porte; ils sont intimidés ou silencieux, et rarement l’œuvre coïncide avec les définitions qu’on en donne de l’extérieur. Il y a un hiatus quelque part, que l’artiste doit prendre sur lui, afin de conserver sa liberté de créateur. La fiction, c’est la place qu’occupe un film, ou un livre, dans cette machine; exactement comme on dirait systématiquement de ce moi comme cinéaste, ou mieux du rôle que l’œuvre a joué dans la vie d’une autre personne.  Les artistes sont enfermés dans une sorte de cercle vicieux : produire une œuvre implique que tu fasses partie de ce monde-là. C’est cette présence qui devient gênante; il y a une différence entre aimer aller vers les autres, et d’obliger le corpus artistique à intégrer l’œuvre. Par contre, avec une ouverture directe sur le public, il arrive qu’un artiste puisse se porter tout seul. Cela est impossible en littérature, toutefois dans d’autres disciplines, il arrive que ce soit possible; sinon, ce sont les œuvres qui vous portent, jusqu’à dénaturer l’image et l’œuvre, laquelle s’abandonne trop souvent, hélas, à sa myopie et son goût du pouvoir.

Ainsi, après cette réflexion, située au cœur de l’œuvre, par nostalgie peut-être, nous devons plonger en somme dans un climat plus infernal que bucolique, lequel parfois est franchement fantastique, en dépit de la misère, de l’injustice, et du mépris, triples facettes d’une même face. Or, tout le pessimisme d’Arcand vient de là, lequel puise sa source à la fois dans une lucidité têtue, un réalisme machiavélien, et un cynisme inattaquable.  Ce tableau est criant tant qu’à l’avenir du Québec, notamment culturellement et politiquement, à plus long terme : comment fera t’il pour se définir, se redéfinir, se réinventer ? Le spectacle de cette misère est en effet palpable chez Arcand.  Simplement exister, en tant que nation, que pays, est difficile à supporter à certains moments; dans le contexte de l’œuvre de Denys Arcand, le propos n’est pas neuf, certes, mais il acquiert une éloquence incontestable. Tellement que nous en somme, nous-mêmes, étonnés.  Bref, allez lire ce livre en courant : « Un cynique chez les lyriques », de Carl Bergeron, publié aux Éditions Boréal. Vous m’en donnerez des nouvelles !

Bergeron, Carl, Un cynique chez les lyriques, Édition Boréal, Montréal, 2012

Henriette Dessaulles (1860 – 1946) : ces petites choses de notre Histoire.

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 0:03

Originaire de Saint-Hyacinthe,  Henriettte Dessaulles épousa en  1881 Maurice Saint-Jacques, lequel mourut quelques années plus tard des suites d’une pneumonie.  Veuve avec sept enfants, elle se retrouve alors dans l’obligation de devoir gagner sa vie.  Sous divers pseudonymes, tant il était inconvenant pour les femmes de publier à l’époque, elle signa plusieurs papiers, dans divers journaux, notamment Le Journal de Françoise, Le Canada, La Patrie, Le Nationaliste.  En 1911, son cousin Henri Bourassa fonda le journal Le Devoir où elle inaugura une chronique hebdomadaire : « lettre de Fadette », laquelle
nous lègue pas moins de 1700 textes !

Ainsi, comment se fait-il que si peu de contemporains ne connaissent aujourd’hui cette grande dame de notre littérature québécoise et canadienne ?  En effet, en plus d’un talent littéraire remarquable, elle nous a laissé une œuvre ayant connue un grand succès à l’époque. De ce fait, certains vieux de la vieille  se souviendront peut-être de cette Fadette, laquelle entrait littéralement à l’intérieur des chaumières, en publiant  ses chroniques,  entre 1911 et 1946. Mais finalement, plusieurs en auront conservé un vague souvenir, un sourire amusé, ou une simple référence en bas de page.  Pourtant, elle
en fit cinq recueils, regroupant ses meilleurs papiers, rappelant combien la condition des femmes était difficile à l’époque. Mais, c’est en lisant son
journal intime, que je fus, pour ma part, happée par la beauté de cette plume, et le destin de cette femme.  En effet, l’art de madame Dessaulles possède la simplicité directe de la société qui l’inspire, s’adressant à l’intime, d’abord et avant tout.  Il faut dire que ses mots sont empreints d’une telle vérité psychologique, qu’ils rejoignent, dans la galerie de notre mémoire, des anecdotes historiques et des souvenirs de famille; tant et si bien qu’on se demande si ces personnages sont réels ou fictifs, si tout cela a bel et bien existé, tant l’écriture est ornée d’une touche discrète de poésie, ou agrémentée d’humour. En somme, Henriette Dessaulles manifeste, dans l’écriture de son journal, un talent exceptionnel pour utiliser une langue vivante, et mettre en lumière de savoureux canadianismes, sans verser dans le commun ou le vulgaire. C’est un art difficile où plusieurs auteurs de talent se sont fourvoyés. De plus, le sens d’observation de cette grande dame n’a de cesse de ravir les esprits, tant l’éclairage est savamment dosé, sachant faire la part des choses, montrant les défauts, mais aussi les qualités des gens, par exemple l’ardeur au travail des religieuses, l’hospitalité cordiale et sans calcul des domestiques, le tout avec un fort esprit libéral, pour l’époque.  Ainsi, il semble bien qu’il exista une autre femme derrière l’image de la sage Fadette, une femme assumant sa liberté d’être et de penser. Mais comment savoir ? Rien n’a été écrit sur elle, ou si peu.  Nous voilà donc réduit à nous contenter de lire entre les lignes, avec le peu d’informations disponibles sur sa vie, sinon que le nom Fadette fut choisi par Henriette elle-même, en référence à Georges Sand et son célèbre roman « Fadette ». Et tout le reste n’est que littérature ! Nous n’en savons rien, et je tenterai de poursuivre mes recherches à ce sujet, afin de vous en livrer les fruits, dans un prochain article. Quoi qu’il en soit, s’il y a une chose à savoir, c’est qu’il ne faut pas se fier aux apparences. En effet, sous ses allures délicates et fragiles, Henriette Dessaulles, était une femme  forte, un gant de fer, et il a fallu, de toute évidence, du courage à cette femme, pour écrire ainsi, dans l’aventure d’une vie traversée par le drame:   la perte de l’être tant aimé.

Bref, plus d’une fois j’ai songé à mes ancêtres, en lisant ce livre. Eux aussi ayant tant lutté, tant aimé la terre, les livres, la musique, et la vie; et selon leurs tempéraments respectifs, l’ayant vécue dans ce qu’elle nous offre de plus vrai, de plus beau, et cela dans nos traditions, à la fois québécoises et canadiennes.

 

Dessaulles, Henriette ,  Journal, Bibliothèque du Nouveau Monde, Les Presses de l’Université de Montréal, 1989, Montréal, Québec.

 

 

17 septembre, 2012

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 15:53

Jamais, nous oublions notre « premier » livre, le premier contact avec « LE » livre, oui oui celui-là qui marque l’imaginaire à tout jamais!

Parfois, il s’agit d’un livre d’enfant, un livre d’images, parfois un magazine et parfois un livre d’adulte. Néanmoins, la découverte du premier livre est, pour l’enfant, une expérience qui pave la voie aux autres lectures à venir. En effet, ce premier contact constitue un repère, c’est une sorte de référence rassurante. Il y a plusieurs « premières fois » dans une vie : premiers mots, premier amour, premier baiser, premier film, premier concert, premier chagrin, première mort. Depuis quelques années, on s’intéresse beaucoup à l’effet marquant du premier livre dans la construction de l’imaginaire chez l’enfant. Pour certains enfants, l’impact du premier livre est très important, à tel point qu’il pose la pierre au socle d’une fantasmagorie qui s’imprime pour la vie, et suscitera de ce fait, des émotions indélébiles. En effet, rendu à l’âge adulte, des sentiments d’enfance font progressivement ressurgir de vieux souvenirs, notamment influencés par la lecture et l’atmosphère où se faisait ces lectures. En effet, qui peut dire l’impact réel du tout premier livre ?  Poser la question, c’est y répondre. Dans son essai philosophique sur l’entendement humain, John Locke explique le caractère de certaines idées, lesquelles découlent en réalité de ponts, d’intermédiaires, dans les fondements de l’imaginaire.  Rayan, peut, par exemple, dès l’âge de 2 ans, imaginer une histoire en regardant les images de son livre préféré. Bien qu’il ne sache pas lire, il s’invente « un rapport au monde », il devine les mots, il observe les lettres, les illustrations et les couleurs. Tout parle un langage à venir : il commence à reconnaître certaines lettres, certains mots, la ponctuation, l’organisation d’une phrase et d’un texte. En somme, au cœur des apprentissages, le livre revêt une importance capitale qui alimente actuellement bien des réflexions sur les compétences transversales en éducation, c’est-à-dire des compétences et habiletés qui peuvent être appliqués à plus d’une discipline. En effet, la lecture est souvent « un pont » vers d’autres habiletés; il faut donc impérativement mettre les enfants en contact avec les livres dès le plus jeune âge. L’acquisition des compétences, peut importe l’âge, a besoin de complémentarité. En ce sens, lire des histoires à l’enfant comble un besoin affectif; alterner la lecture avec maman et papa est l’idéal, mais la façon dont l’enfant construit son affect est avant tout périphérique, l’atmosphère au moment de la lecture est donc importante, ainsi que le sentiment de sécurité, le calme, le ton de la voix. Les grands-parents peuvent aussi être de bons guides dans la découverte du livre et se révéler de formidables conteurs. L’importance des mutations sociales et familiales ne doivent pas nous faire oublier de créer des formes de stabilité – « faire du sens »-,  avec l’enfant. Les livres sont d’extraordinaires vecteurs de création, ayant des répercussions dans le quotidien et la construction des savoirs. Les livres et recueils de poésie, style haïku, peuvent constituer en ce sens des petits clin d’œil amusants sur les moments du quotidien; ne pas hésiter donc à lire de la poésie aux enfants. En effet, ce genre littéraire est tout à fait ludique et plusieurs enfants en raffole! En plus de permettre de faire des jeux de mots, rimes et comptines, la poésie permets de réfléchir à des expressions métaphoriques et créer des moments très amusants avec l’enfant.

Pour les besoins de cet article, j’ai recueillis des commentaires, tant du milieu journalistique, politique que culturel et il ressort que l’impact du tout premier livre est assez variable d’un individu à l’autre. Toutefois, le contact avec le premier livre qui « marque » est souvent un révélateur étonnant de ce que deviendra plus tard l’enfant. En effet, j’ai noté que certaines personnes publiques, notamment en politique, n’avaient pas été nécessairement marqué par un livre, mais plutôt par une publication scientifique ou d’intérêt général. Idem pour certaines personnes dans le domaine artistique, qui m’ont révélé n’avoir jamais été marqué par un livre, mais plutôt par le livre que lisait par exemple une personne significative pour eux, ou alors par la visite à la bibliothèque : « j’aurais pu y passer ma vie! ». Aussi, certaines personnes m’ont confiés avoir des images très précises d’odeurs maternelles lorsqu’ils étaient petits, tandis qu’une grande sœur, maman ou grand-maman lisait une histoire avant le dodo. D’autres ont en tête des détails un peu flous, tels des personnages ou des histoires, sans livre réel en tête. Bref, le spectre de l’impact du premier livre est large et  prends différentes formes, mais quoi qu’il en soit, il demeure spectaculaire chez certaines personnes. En effet, les joies de la lecture sont parfois tellement marquantes que  l’enfant en conserve pour toujours des souvenirs indélébiles, d’autant plus précieux qu’ils s’accordent à la conception d’une vision du monde et augure un bel avenir de découvertes littéraires.

Le choix des lectures est important et selon l’âge de l’enfant, il faudra privilégier tels types de lectures à d’autres. Ainsi, les lectures fantastiques pour enfants doivent être introduites à un âge où l’enfant peut faire la différence entre la réalité et la fiction. Les simples illustrations de ce genre littéraire sont assez explicites tant qu’à l’impact extraordinaire dont il est question ici. Idem pour le genre noir ou « histoire de peur », tout est une question de bon sens, et bien que les enfants réclament souvent ce type d’histoires, après le cauchemar inévitable qu’il suscitera au dodo, il n’est plus du tout de cet avis. Bref, c’est à l’adulte de décider du genre de littérature à mettre entre les mains de l’enfant. Aussi, prendre l’habitude de visiter des librairies avec l’enfant est une bonne idée. Sébastien, 7 ans, et sa maman vont tous les samedis se promener en ville et sur la rue St-Denis; ils visitent ensemble des librairies, et s’attardent ensuite dans le parc du Square Saint-Louis, pour lire un peu devant la fontaine. La joie de ces moments de complicités, de rires, et de confidences se prolonge durant toute la journée, et exercent une impression forte sur l’enfant. Il existe à Montréal une panoplie de charmantes petites librairies indépendantes où le service est rempli d’égards, conseils, discrétion et de courtoisie. À l’âge adulte, l’enfant se souviendra de ces formidables explorations urbaines et en chérira chaque parcelle dans un bonheur continu. Plus tard, une fois adulte à son tour, s’il a des enfants, il en préservera la tradition, tant ces moments seront gravés en lui comme référents positifs. En effet, l’éducation est à la fois la capacité d’apprendre dans les livres et dans la vie en elle-même. Les souvenirs du premier livre sont souvent un vecteur formidable pour aider l’enfant à allier les deux ensemble, et assurément construire le socle d’expériences significatives.

12345...28
 

Ma cabane au Canada |
LE SITE DES 25-35 A PARIS... |
styleglamourecinéma |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | audiologie
| tout sur detective conan
| Fullmanga