Église Saint-Léon-le-Grand, Maskinongé, Mauricie, Québec

25 mars 2017

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L’Église Sainte-Anne d’Yamachiche, Québec

23 février 2017

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C’est un drôle de nom «  Yamachiche » , un petit village situé au cœur du Québec, tel un écrin champêtre, là où se niche la grande église Saint-Anne, « une belle d’autrefois » (hélas, passée au feu, en 1957, puis reconstruite, avec une allure plus contemporaine); fort heureusement, nous pouvons admirer encore le modèle original, grâce aux photos d’archives, assez nombreuses; quelle splendeur avec son immense dôme métallique ; une merveille d’architecture des Frères Héroux, lesquels ont établis leur boutique en 1865, et participèrent à pas moins de 117 chantiers d’églises au Québec, au Canada, et aux États-Unis. Ils nous ont légués également de magnifiques maisons, comme on en retrouve non loin de l’église, au centre du village, symbole de la prospérité de l’époque, avec ce style typique, « comme de la dentelle », témoignant d’une recherche d’harmonie,  et dont l’alignement «  en rangée «  est la signature d’un patrimoine somptueux, et bien de chez nous; en effet, quelle beauté, quelle fierté, chez nos gens, dont le village, s’étire sur le parcours du chemin de fer du « Pacifique Canadien » ce qui ajoute à son charme particulier. L’abbé Napoléon Caron, à la fin des années 1700 (le registre officiel de la paroisse s’ouvre en 1758; son érection canonique le 11 octobre 1832) le considéra longuement, pour enfin exprimer que «  Yamachiche » (comprenant le fief Grosbois) était «  un mot sauvage «  signifiant « rivière vaseuse ». Le fief  Gros-bois ou Maniche, fut concédé, le 5 août 1656, au Sieur Pierre Boucher, alors gouverneur des Trois-Rivières. L’église a toujours été fort belle, et le patronage de la paroisse fut donnée à Sainte Anne, afin d’honorer la grande Thaumaturge du Canada. Ainsi, pendant de longues années, Yamachiche sera un lieu de pèlerinage très fréquenté. La municipalité de village, comme tel, fut érigée le 5 avril 1887.

 

Si vous passez par Yamachiche, vous ne pourrez manquer cette enfilade de «  maisons-en-briques-rouges », face à l’église, là où vécu, au 711 rue Sainte-Anne, le poète (et médecin du village), Nérée Beauchemin.  C’est dans cette belle et imposante maison, construite en 1867 -et qui a eu comme propriétaire, avant lui, le député Paul-Gérin Lajoie-, qu’il habita, de 1878 jusqu’à sa mort, en 1931.

 

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Également, son père, Hyacinthe Beauchemin, fut lui aussi médecin du village, avant lui; il acheta la maison, située au coin des rues Sainte-Anne et Saint-Pierre (qui deviendra bien plus tard, pour nous, contemporains,  la rue Nérée Beauchemin) aux Frères Héroux; hélas, il ne put jouir de son bien très longtemps, car il mourut l’année suivante; Nérée hérita donc de la maison et de la pratique du paternel. Ainsi, on devine qu’il devait connaître tout le monde dans ce petit village tricoté serré; on rêve aisément en imaginant le tissu social de l’époque, la vie quotidienne des gens, en regardant par les fenêtres illuminées, le soir, apercevant des éclats de vie champêtre, à l’intérieur,  dans ces belles demeures rurales ornant les rues, autour de l’église Sainte-Anne. On imagine aussi l’organisation de la vie du village, dans ce temps-là; par exemple, comment Nérée traversait la rue, pour se rendre à l’église, alors véritable pôle d’activités, située au cœur de tout. On devine qu’il fut connu de toute la population, en tant que médecin de campagne. Hélas, nous avons peu de photos, ouvrages, et autres documents d’archive le concernant; lui-même ne publia que deux recueils de poésie. Ce fut peut-être un franc-tireur, à sa manière, mais pas un maquisard; si l’on tient compte de l’ensemble de sa vie, sa pratique médicale, tout cela comme une œuvre multiple et sans aucun doute toujours transparente et confortable. Ainsi, je ne doute pas un seul instant combien l’église Sainte-Anne a dû l’inspirer,  par exemple en rentrant le soir à la maison, après une visite au cimetière, là où fut enterré son père, et plusieurs anciens patients, des parents, des amis. On devine le poids du jour, pour lui, poète et médecin, dont la nature de l’exercice du quotidien se mesurait avec tout ce que la vie porte de tragique, par essence : la vie, en somme, comme de la poésie. Aussi, de ces floraisons matutinales et de cette patrie intime, il nous laisse quelque chose d’immensément touchant.

Je veux vivre seul avec toi 
Les jours de la vie âpre et douce,
Dans l’assurance de la Foi,
Jusqu’à la suprême secousse.

Je me suis fait une raison
De me plier à la mesure
Du petit cercle d’horizon
Qu’un coin de ciel natal azure.

Mon rêve n’ai jamais quitté
Le cloître obscur de la demeure
Où, dans le devoir, j’ai goûté
Toute la paix intérieure.

Et mon amour le plus pieux,
Et ma fête la plus fleurie,
Est d’avoir toujours sous les yeux
Le visage de ma patrie.

Patrie intime de ma foi,
Dans une immuable assurance,
Je veux vivre encore avec toi,
Jusqu’au soir de mon espérance[i]

 

 

 

 

 

 


[i] Nérée Beauchemin (1850-1931), Patrie Intime (1928)

 

L’Église de Saint-Denis-Sur-Richelieu, Québec

17 février 2017

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Lorsque j’ai vu l’église Saint-Denis-sur-Richelieu, je fus tout de suite désarçonnée, car je n’avais pas terminé mes recherches sur les Patriotes, et je m’attendais à une histoire structurée. Comme l’église traditionnelle, parfaitement structurée, moi, la noblesse d’esprit des Patriotes, j’y crois toujours, et je me fous carrément de toutes les théories filandreuses qui ont cours depuis quelques années ! Et je tombe dans mes lectures et mes recherches, dans une correspondance torrentielle, délirante, et par surcroît à sens unique, et tout ce qui se dit, alors, à cette église, à ce coin de pays, comme à son peuple, c’est : «sois un de ceux qui agissent vers la beauté «

C’est cette phrase d’Hector de Saint-Denys-Garneau (1912-1943), qui m’est venue spontanément  à l’esprit, laquelle met en lumière un riche héritage artistique et historique, laissé par un poète de chez nous mal connu, mal aimé et qui, de ce fait, n’aura pas assez écrit et publié, ce que nous pouvons regretter avec énormément d’inclinaison à l’imagination, à l’intérieur d’une œuvre entière, une fresque, même, dans ce bel esprit qu’il avait, éclairé, et très sensible. De nos jours, devenu célèbre,  je n’arrive pas à parler de cette église – je ne sais pas pourquoi –  sans parler de lui ; parti bien trop tôt, hélas, à l’âge de 31 ans, il nous laisse en même temps comme un monument d’inspiration. Avec ses poèmes, son journal, une correspondance, et quelques articles et textes épars, il est reconnu comme l’un de nos principaux écrivains de la littérature québécoise.  Une œuvre qui n’a connu aucune concession, critiquée de manière autant élogieuse ou méprisante, et ce, avec une multitude d’interprétations et de facilité, comme un aveu d’impuissance. Moi, j’aimerais bien savoir «  comprendre Saint-Denys Garneau « son caractère particulier et les circonstances de sa passion d’écrire,  ses tentations vers la poésie. En effet, les critiques  furent plusieurs à s’attacher au personnage mythique que Garneau est rapidement devenu, nous laissant, toutefois, toujours sur notre faim, comme s’ils s’étaient tous montés en épingle les uns avec les autres, l’air de dire «  ça me ferait plaisir de le tuer cet homme-là ! «  Oui, certaines critiques sont profondément niaiseuses dans l’expression de cette petite violence ordinaire, au point que le surhomme dépasse aisément les contours desquels ils aiment à le réduire ; ainsi, le poète et l’homme en deviennent inchangés, dans le génie de l’écriture. Pauvres critiques de salon : je n’aurai de cesse de m’indigner devant cette énormité de l’esprit vulgaire qui ne saurait reconnaître un chef-d’œuvre ou un grand cru, s’ils en voyaient un. Laissez-moi donc tenter de faire contrepoids ici, en me penchant un peu, et très modestement, sur sa poésie, ses toiles, et ses textes. Santé !

 

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[Paysage d’hiver (église)] Hector de Saint-Denys-Garneau

Justement, la poésie, les toiles et les textes, parlons-en : furent-ils bel et bien un reflet de la bourgeoisie de l’époque, comme ce plaisaient à pourfendre «  les critiqueux » et «  les journaleux «  de son temps ? En lisant son œuvre, les personnages sont vus de l’extérieur, comme l’auteur lui-même. Il faut quand-même un certain génie pour prétendre faire dans la critique d’une œuvre aussi grandiose que celle de Saint-Denys-Garneau. Je ne ferai pas d’études  comparatives pour les besoins de cet article, mais j’y reviendrai sûrement plus tard, dans le cadre d’un projet plus important. Le rôle de critique est déplaisant, je ne songe pas un seul instant à m’y étendre, mais partager, simplement, avec vous, les fruits de mes recherches. Comme ces personnages, décrits du point du vue d’un salon d’Outremont, avec un langage correct, uniforme, ne saurait se réduire à ce qualificatif «  bourgeois » utilisé par les critiques de service, alors qu’ils ne sont que des militants qui parlent, tel un acte gratuit, souvent, indigne de respect et, surtout, de confiance. Aussi, l’on peut se demander ce qu’il aurait eu le temps de nous laisser, à nous, contemporains, s’il avait eu la santé, au lieu d’apprendre, dès l’âge de 16 ans, ces complications cardiaques, causées par une fièvre rhumatismale, contractée quelques années plus tôt. Son drame, tout son drame véritable, il est là, lequel teinta fortement son œuvre et forgea son caractère. Sans doute est-ce la dimension personnelle de ce drame qui touche le plus, sachant l’immense talent de l’auteur, ainsi que sa grande sensibilité. Ainsi, je ne sais pas pourquoi l’œuvre de Saint Denys Garneau me fait penser à une église, et pourquoi j’y pense en évoquant celle-là, avec les Patriotes. De plus,  Hector de Saint-Denys-Garneau ne fut pas un Patriote, du moins, pas au sens classique du terme.  Est-ce donc la beauté fatale de ce lieu de culte, qui imprime ce sentiment remarquable, et qui donne cet air détaché,  comme avec du lointain dans le regard ? Véritable église-musée, en effet, elle inspire fort, de par les trésors historiques qui s’y trouvent, à l’intérieur.

 

L’œuvre de Saint-Denys-Garneau également est faite de portrait intérieurs, de fragments conservés. J’aimerais comprendre les liens ici ; ce sont des éléments d’un pacte autobiographique, peut-être, ou une certitude puisant sa source  en une indéfectible rencontre (je ne parle pas seulement de littérature). L’église, en soit, possède les allures d’un théâtre de la Renaissance, avec ses galeries latérales, ses pans à double étagement de fenestration ; avec une signature, comme une décoration digne des plus grands châteaux. Un chef-d’œuvre architectural ! Construite en 1792, il s’y trouve des tableaux magnifiques, et des objets d’art anciens, en marbre blanc, ciselés en Italie. La région, même, impressionne : c’est là qu’a eu lieu la Bataille de Saint-Denis, en somme le début de la Rébellions des Patriotes, le 23 novembre 1837.  Tristement célèbre, Saint-Denis-Sur-Richelieu fut le lieu du meurtre du lieutenant Georges Weir par les Patriotes, lesquels s’appelaient eux-mêmes, «  Fils de la Liberté « ; c’est à partir de là que commença officiellement la Rébellion des Patriotes, après avoir gagné une bataille contre l’armée britannique.

 

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Enfin, quand-même, et pour finir, l’action se passe dans un Québec qui n’a pas l’excuse facile : nous sommes encore, hélas, un peuple parfois approximatif, s’exprimant par la litote («  c’est pas mauvais, c’est pas pire « ). Les raisons de cela sont connues, et je ne vais pas m’étendre sur la question ici, d’autant plus que je suis à écrire la conclusion de ce papier. Je préfère terminer cette rédaction sur la nécessité de redresser les choses ; or, nous érigeons trop souvent la facilité et la médiocrité en vertus.

Ainsi, vous m’excuserez de ne pas finaliser cet article. Je laisse plutôt le mot de la fin à Hector de Saint-Denys-Garneau, qui sait écouter sa voix intérieure beaucoup mieux que moi. Ce n’est pas un simple soliloque, mais un véritable dialogue avec lui-même, lequel enchantait tant, qu’il en chante encore.

 

Le Jeu

 

Ne me dérangez pas je suis profondément occupé

Un enfant est en train de bâtir un village
C’est une ville, un comté
Et qui sait
Tantôt l’univers.

Il joue

Ces cubes de bois sont des maisons qu’il déplace
et des châteaux
Cette planche fait signe d’un toit qui penche
ça n’est pas mal à voir
Ce n’est pas peu de savoir où va tourner la route
de cartes
Ce pourrait changer complètement
le cours de la rivière
À cause du pont qui fait un si beau mirage
dans l’eau du tapis
C’est facile d’avoir un grand arbre
Et de mettre au-dessous une montagne pour
qu’il soit en haut.

Joie de jouer! paradis des libertés!
Et surtout n’allez pas mettre un pied
dans la chambre
On ne sait jamais ce qui peut être dans ce coin
Et si vous n’allez pas écraser la plus chère
des fleurs invisibles

Voilà ma boîte à jouets
Pleine de mots pour faire de merveilleux
enlacements
Les allier séparer marier
Déroulements tantôt de danse
Et tout à l’heure le clair éclat du rire
Qu’on croyait perdu

Une tendre chiquenaude
Et l’étoile
Qui se balançait sans prendre garde
Au bout d’un fil trop ténu de lumière
Tombe dans l’eau et fait des ronds.

De l’amour de la tendresse qui donc oserait en douter
Mais pas deux sous de respect pour l’ordre établi
Et la politesse et cette chère discipline
Une légèreté et des manières à scandaliser les
grandes personnes

Il vous arrange les mots comme si c’étaient de
simples chansons
Et dans ses yeux on peut lire son espiègle plaisir
À voir que sous les mots il déplace toutes choses
Et qu’il en agit avec les montagnes
Comme s’il les possédait en propre.
Il met la chambre à l’envers et vraiment l’on
ne s’y reconnaît plus
Comme si c’était un plaisir de berner les gens.

Et pourtant dans son oeil gauche quand le droit rit
Une gravité de l’autre monde s’attache à la feuille
d’un arbre
Comme si cela pouvait avoir une grande importance
Avait autant de poids dans sa balance
Que la guerre d’éthiopie
Dans celle de l’Angleterre.[i]


[i] GARNEAU, Hector de Saint-Denys, Poésies. Regards et jeux dans l’espace. Les Solitudes, Montréal, Fides, 1972, p. 33-34.

Les Manuscrits d’Or

18 janvier 2017

 

Les manuscrits d'or

 

 

Les Manuscrits d’or ou l’or des Manuscrits, oui, car certains manuscrits furent bel et bien écrit en lettres d’or, ce sont d’exceptionnelles enluminures, tels les Évangiles de Lorsch . Il paraît incroyable, même, que tout cela puisse avoir existé; tant de splendeurs dont nous sommes les héritiers directs. C’est pourquoi, cela inspire fort les esprits épris de beauté, c’est pourquoi l’envie de cet article, et très certainement, plus tard, le goût pour l’étude, dans le continuum de ce vaste sujet qui puise sa source de l’Essence de l’Art, comme une nouvelle forme d’engagement; non pas seulement une pensée sauvage.

En effet, il est  évident que la Pensée de l’Art nous touche, et, souvent, nous dépasse; je crois pouvoir dire, par exemple,  que le Musée des Manuscrits, situé à Paris, semble grandiose et inspirant; ainsi, j’ai une preuve. Ainsi,  je ne triche plus; je me compromets. Mais, il ne faut pas confondre : l’écriture, ici, c’est surtout une ascèse personnelle, une base réelle pour se hausser à la poésie, mot qui sous-tend une recherche spirituelle, par la transmutation du quotidien, comme l’art le fait avec sa propre pensée. De même, avec Gérald Lhéritier, nous en saurions davantage, si nous avions la chance de le rencontrer,  afin de le recevoir chez nous, par exemple pour une entrevue à la radio, ou dans le cadre d’un article, pour un journal. Hélas, ce musée est désormais fermé; il sera facile alors de confondre les genres, mais nous ferons attention. Par chance, il existe de nombreux volumes traitant de l’Or des Manuscrits, je ne peux pas inventer un monde imaginaire; je ne peux pas m’attacher à un rêve abstrait : les sources existent bel et bien. Et, pourtant, je le fais ! C’est plus fort que moi, ce thème est terriblement fantasmatique, et il est facile d’imaginer les éléments de nature. En même temps que ces volumes fournissent une somme documentaire importante,  nous allons choisir un objectif, soit celui de nous pencher surtout sur les manuscrits très anciens, et essentiels,  pour notre Histoire et l’origine de notre culture. Les artistes n’aiment pas parler de ce qu’ils préparent,  le livre non plus n’aime pas révéler ce qu’il sous-tend pour son prochain projet; il dira quand même que son prochain livre pourrait être une sorte de journal-essai-mémoire. Il y aura peut-être une suite au Livre sur l’Art et la Pensée de l’art. Mais, pour l’heure, nous n’en sommes pas là. Nous sommes plutôt au cœur de l’action, pas seulement l’action nostalgique, mais celle qui souhaite sortir des sables mouvants de l’Histoire; pour ce faire, de nouveaux personnages  sortent des conflits, mais ils ont  besoin de se replonger dans la nature, où il leur est donné de voir, en pleine lumière, le passé/présent/futur,  qu’ils assimilent à de fabuleux joyaux, des fleurs, des vents, non pas maléfiques, mais un peu mélancoliques; j’ai écrit tout ça dans mon carnet  bleu, de la même manière que les retours en arrière comptent dans l’Histoire du monde. Le mot « rupture » revient assez souvent, d’ailleurs, car son origine, dans cette collection, prends racine, profondément, dans la Mer Morte. Ce sont les Manuscrits de la Mer Morte, ce sont aussi des histoires de naissances, et, surtout, de renaissance. Cela m’intéresse vivement ! Je me suis sentie libre, tout à coup, lorsque j’ai eu vent de l’apogée biblique, découverte en 1947, et étant du plus intérêt pour la société judaïque, et  pour l’histoire de la naissance du christianisme, en général. Ainsi, ces manuscrits représentent définitivement une part importante de la Mémoire du Monde.

 

La Mémoire du Monde

 
Et tout ce qu’il dit de tel contribue à la force de cette œuvre. J’aimerais pouvoir résumer, vous dire que l’Histoire écrit pour quelqu’un, que je le fais aussi (mais cela ne compte pas); la vérité s’installe en nos âmes, et le mensonge aussi, et les luttes des peuples (ces nouveaux personnages), les terres nouvelles et la vie nouvelle, qui croit, en même temps, mais de loin, comme trahie, en tous cas pas encore tout à fait au monde. C’est pourquoi les Manuscrits d’Or témoignent de cela, et sont, de ce fait, des documents fondamentaux de divers pays, et dans des périodes historiques très variables. Que s’est-il passé pour que, de cet oubli, le constat intellectuel amène à un renouvellement de la conscience, loin des  futilités, et que nous revisitions aujourd’hui ces Splendeurs ? Quelle révolte s’est donc noyée dans le temps pour se nourrir aujourd’hui de ce malaise historique, à ne pas savoir qu’en faire, tant le nombre nous dépasse ainsi que le Mystère, lequel demeure, encore à ce jour, entier et puissamment fascinant ?  Ainsi, ne serait-il pas extraordinaire, simple et audacieux,  d’aller au-devant des choses, de se mesurer à elles, de « se mesurer »,  quitte à en revenir exténués, mais davantage conscient  de ce qui fonde si dignement notre héritage historique collectif ? Je pose la question avec la réponse dedans. L’Art et la Pensée de l’art sont aussi liés que l’acte d’écrire pour exister. Ainsi, pour faire contrepoids à cet oubli, amusons-nous maintenant à présenter les Manuscrits dans un ordre plus ou moins chronologique; ce sont des Manuscrits variés, précieusement choisis et significatifs de l’Histoire de l’Humanité : tout d’abord, nous avons eu, comme je l’ai écrit dans le paragraphe précédent, les Manuscrits de la Mer Morte. Puis, les codex Latins, arabes, les documents historiques, la Déclaration des Droits de l’Homme, l’Édit de Nantes, une lettre de Napoléon ou de Gandhi à Hitler. Également, nous avons le merveilleux Livre des Heures,- avec leurs magnifiques enluminures-,  les livres de médecine (serment d’Hippocrate) d’herboristerie, de pharmacologie, des grimoires, des écrits d’alchimie, des lettres de Michel-Ange ou de Van Gogh; on découvre également  tant d’autres « perles » , des templiers, des papyrus, des conversations savantes, correspondances de Léonard, Victor Hugo, Jules Verne, et puis sans doute des écrits scientifiques, des preuves irréfutables, des algorithmes, des théories, allant de Galilée à Curie, et, finalement, bien sûr, des partitions musicales, Mozart, Beethoven, et les autres…  ! C’est cela, les Manuscrits d’Or, avec les récits de voyage de Christophe Colomb, avec les procès des Templiers, les contes de Grimms ou d’Anderson; tout est là, aux Archives Nationales, dans les Musées, à la Banque nationale de France, à la bibliothèque Vaticane de Londres, ou à New-York. C’est notre collection mondiale édifiante, le thème principal de nos vies, cette recherche de la Mémoire du Monde, de la Beauté du Monde, du passage du temps, notre témoin culturel fascinant, cette inspiration  – ce souffle divin –  de toutes les époques, voilà ce qu’il nous faut connaître, ne pas oublier, protéger, pour nous-mêmes, et les générations futures. Bien sûr, tout le monde connaît « La Chanson de Roland », par exemple, chef-d’œuvre littéraire dans le genre de l’épopée, qui a influencé à lui seul toutes les Belles Lettres, texte de 4000 vers, écrits entre 1140 et 1170. Nous pourrions parler longtemps également des manuscrits de Tombouctou, écrits  en arabe, – 900 000 manuscrits au total – en somme, la Mémoire de l’Afrique au grand complet. De même valeur, nous retrouvons l’énorme codex Gigas, merveille du monde, pesant 75 kilos, sans aucun doute le document le plus lourd de l’Histoire médiévale, sorte de bible diabolique géante, comprenant des textes classiques de la bible, mais également la description du diable et ses échanges avec la Cité Céleste, ce qui permet au lecteur de choisir entre le bien et le mal. Il y aurait beaucoup à en dire, et encore beaucoup de Manuscrit s d’Or, mais pour les besoins de cet article,  je m’arrête ici; vous trouverez aisément la nomenclature complète de tous les documents précieux sur le net, et plusieurs documents descriptifs de grande qualité, en librairie, ainsi que de nombreux volumes sur la question, richement illustrés et accessibles partout. Bref,  nous souhaitons que cet humble article donne l’envie à certains d’entre vous de fouiller plus loin l’Histoire, afin de comprendre plusieurs de nos pratiques culturelles actuelles, nos coutumes, et ce qui jouit, aujourd’hui, de la faveur populaire. En nos heures incertaines et graves, partout sur la planète, voilà un beau sujet d’étude, un beau projet, pour allier la liberté individuelle au collectif, pour donner à la parole autre chose que le discours habituel et répétitif; nous sommes, hélas, à l’époque souvent trop bavarde, suffisante, et sans mémoire; ainsi, écoutons un peu cette manière nouvelle d’écrire et de raconter. L’Histoire, qui en découle, n’a rien à voir avec le profil squelettique des discours ambiants, et usés jusqu’à la corde. C’est une histoire pourtant enracinée dans son quotidien, mais trop prise dans sa gangue, et mal interprétée; la redécouverte des Manuscrits d’Or, en ce sens, remonte aux sources, et est rafraîchissante. À l’écart des modes, certes, mais n’est-ce pas là notre affaire, à nous tous, intellectuels, artistes, journalistes, poètes, historiens, philosophes et libres- penseurs ? De tous les ouvrages consultés pour les besoins de cet article, j’ai saisi comme une sorte de fureur, en même temps qu’un murmure que l’on résout trop peu à taire, de nos jours : passion au cœur irréductible, ce qui suppose un devoir de mémoire, généreux malgré sa passion encline à la lenteur, à l’effacement, mais tout cela dans un esprit de rigueur, avec application. Soyons donc attendris devant ce qui dort à nos pieds, nous sommes héritiers d’un foisonnement intellectuel magnifique. Cette satisfaction, ce savoir, est le nôtre; soyons-en de dignes artisans, et que nos chemins, dans l’écriture, puissent rejoindre ce même sentiment : l’or,  comme programme de protection culturel pour ces témoins extraordinaires de notre histoire. Ainsi, vite, nous allons découvrir la nature, celle d’un sentiment de vie partagé, non pas marginal, mais une découverte de toute cette richesse qui s’éveille  afin, -osons le formuler, malgré cet audacieux plaidoyer- : de réenchantement du monde.

En effet, que reste t il dans la vie,  si on enlève les choses primordiales comme l’amour ? Il reste les arts, la musique, la littérature, la peinture…; par contre, jamais la littérature ne parviendra à clamer nos angoisses existentielles; pour ce faire, nous devons nous libérer de nos démons, et comprendre, une bonne fois pour toute, qu’il n’y a pas de réponse; que ce sont les questions qui comptent.

 

Église Saint-Viateur d’Outremont, Montréal

11 janvier 2017

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Église Notre-Dame-des-Victoires, Québec

11 janvier 2017

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Salutations à tous les patriotes !

11 janvier 2017

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RÉSISTANCE. J’ai signé l’appel pour sauver nos églises, nos oeuvres d’art, nos témoins du temps historique, comme la preuve que nous sommes bien passés, que nous sommes bien là. S.V.P.: signez, vous aussi.

Église Sainte-Famille-de-l’Île-d’Orléans

9 janvier 2017

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Henriette Dessaulles (1860-1946): ces petites perles de notre Histoire.

29 juillet 2014

Henriette Dessaulles (1860-1946): ces petites perles de notre Histoire. dans Non classé henriette_jeune_femme-2

Comment définir, comment décrire, la poésie d’Henriette Dessaulles sans évoquer l’aspect fragmentaire maintes fois remâché, le ton humoristique, la délicatesse, la « parlure » et la touchante discrétion ? En effet, dans le premier cahier d’Henriette, qui va de 1874 à 1876, Henriette a quatorze ans, et fait son entrée au collège. Tout résonne comme un monde en soi, des brides de son univers adolescent, terriblement transparent, un genre de souffle hyperpuissant, par les mots. De la prose possédant ce mouvement continu, capable à la fois d’instruire, de toucher et d’émouvoir; et avec ce docere delectare,  il est facile d’imaginer l’humaniste en devenir, ainsi que l’essayiste libérale, à sa manière. Elle quittera définitivement son journal, la veille de son mariage, en 1881.

De ce fait, l’écriture « toute personnelle » d’Henriette Dessaulles ne cessera de séduire les esprits avec cette primauté du « Je », questionnant le monde, en s’opposant aux « simagrées » de son temps.  En effet, la diariste possède une poésie originale, un langage propre, souvent subjectif, il va de soi ; tandis que le journal commande cet appel, dans sa vision de chaque instant. Une poésie de la Raison, certes, mais équilibrée, alliant sensiblement une liberté de penser fort avant-gardiste pour l’époque. Et de cette poétique, Henriette Dessaulles n’y sera jamais indifférente, associant volontairement son acte d’écriture à la délivrance ; à la confidence dans l’écriture intime. En effet, outre ses premières chroniques féminines dans « Le journal de Françoise » (fondé par Robertine Baril) avec ses célèbres Lettres de Fadette publiées des années durant dans le journal Le Devoir, il faut avoir lu son journal pour réellement comprendre et saisir cette plume exacerbée, éclairée, poétique, avec cette petite pointe d’ironie, ce clin d’œil à la condition des femmes de son époque, à Saint-Hyacinthe. En effet, Henriette Dessaulles fut une féministe avant l’heure, notamment avec cette plume « impertinente », impitoyable, au regard néanmoins toujours attentif (voire aigu), et bienveillant. Véritable électron libre, Henriette Dessaulles était inclassable dans ce milieu influencé à la fois par les intellectuels et le clergé; milieu attirant, on le devine, avec son lot de parasites plus ou moins pédants. Par chance, Henriette fut animée très tôt d’une grande autonomie, et avait le désespoir joyeux, ce qui marqua son écriture en favorisant un style de vie littéraire fort plaisant. De plus, sa grande curiosité intellectuelle et son humanisme (un genre d’empathie singulière) ne cesseront de teinter sa plume, avec lucidité certes, mais également avec cette poésie si caractéristique. Toutes ses histoires, en plus de leur authenticité, sont d’une modestie et d’une qualité littéraire rare; œuvre d’art dont il nous manque, rappelons-le, des cahiers et autres écrits, toujours introuvables à ce jour. Écrire simplement, c’est une des qualités dominantes de sa plume : une voix, un visage, une allure familière. Même aujourd’hui, dans notre monde fait d’écrans et d’autres murs, Henriette Dessaulles n’a pas beaucoup changé, sinon qu’elle a gagné en « drôleries », en dignité, et en charme. Ainsi, il n’est pas nécessaire d’être poète pour apprécier sa poésie et sa plume; il ne faut pas non plus être plus sentimental qu’il ne le faut ni atteint d’un chagrin inconsolable pour plonger dans cette jeunesse en fleurs, cette œuvre véritable et savoureuse. Elle aura, aujourd’hui, il me semble, sa revanche. Comme nouvelle forme poétique ou trouvaille littéraire, par des exemples évoquant à la fois sa solitude intérieure et sa propre philosophie, est faite de mystères et de bonté ; et également, par un vocabulaire et des descriptions ornés de cette discrète touche poétique dans les exigences presque surhumaines qu’auront été sa vie et ses combats personnels. En somme, un éclairage savamment dosé faisant ressortir des trésors, des merveilles et des vérités, tellement qu’après la lecture de ses cahiers, vous ne pourrez faire autrement que répéter obstinément son nom. Son œuvre montre à la fois les qualités et les défauts d’une époque, avec en prime toute la personnalité pétillante d’Henriette Dessaulles, enfermée dans ses lignes, dans ses phrases, dans ses mots jusqu’à en former une dialectique, une poésie qui inspire fort, abondamment, et pour longtemps.

On ne (re)dira jamais assez combien la nuit d’Henriette Dessaulles fut noire, de par les souffrances et les deuils ayant traversé sa vie. Le rythme, qui est nécessairement de l’essence, parfume ainsi son écriture. Avec elle, tout cela prend de l’ampleur, sans jamais devenir lourd, dans une trop vaste peinture de la pensée ou dans des cacophonies de mots parfois regrettables. C’est autre chose : avec Henriette Dessaulles, nous sommes touchés par la Grâce, c’est l’image même qui me vient à l’idée. On n’épuise pas les grands poètes. L’art n’est rien s’il n’est fixé au réel, dans un baiser ardent, certes, mais clairvoyant. Avis aux cœurs endurcis : les réflexions sages d’Henriette Dessaulles résonneront, sans malice, sans maladroite insistance, et surtout, sans condescendance et moralisme. Dans l’instant d’après, tandis que vous chercherez, dans votre mémoire heureuse, quelques souvenirs de même mesure… oui, car, des images, il y en a !  Henriette Dessaulles ne peint que cela, à vrai dire, et parfois, même, c’est trop pour un seul cœur. En effet, que de choses elle aura su dire ! Et de ces images données à des idées, ce qu’il y aurait également à en dire ! Tout cela est d’une telle résonnance, d’une telle richesse, notamment de nos jours, à notre temps et à notre époque; tout cela  est si éloquent, qu’il faudrait s’arrêter collectivement pour en savourer le talent et en prendre la mesure. Enfin, tout cela est comme infini, mais non pas insondable. Vous devinez bien que je vous en reparlerai dans un prochain article. Pour l’heure, avec cette grande dame sortant tout doucement des oubliettes, notre littérature québécoise et canadienne se porte bien !

Lady George

29 juillet 2014

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Il y a d’abord cette jeune personne, cette enfant, Aurore Sax, née à la fois de la noblesse et du peuple; et puis, il y a cette femme, en qui se retrouvent toutes les contradictions. C’est avant tout une sentimentale.  Elle n’aurait jamais dû se marier : ce fut un désastre.  Son mari, Casimir Dudevant, était complètement nul, grossier, despote. Qu’importe ! Plus tard, elle sera une intellectuelle, vivra à Paris, puis à sa merveilleuse maison de campagne, située à Nohant, tous les étés.  À partir de là, s’élabore  une étape importante, le début du tableau lyrique, l’histoire d’amour de sa vie, oui, car il y a Georges Sand, dont l’œuvre colossale, immense, célèbre, se passe de présentation, et … il y a autre chose; il y a plus. Lady George ne fait pas que cerner un cœur (et un sexe), somme toute évanescent, elle le situe  au milieu de toutes ses activités littéraires. C’est à la fois son drame et sa fantaisie; elle n’en sera point tiraillée car elle est devenue, assez rapidement, à la fois ce qu’elle est et ce qu’elle voulait devenir : une intellectuelle passionnée de lettres, de correspondances, de politique, et aussi, surtout, une amoureuse ardente, et une mère de famille bourgeoise, sans mari.

Et ce qui fait qu’elle ne se perdra pas, c’est justement cet esprit passionné, doublé d’une dualité toute personnelle, originale, jusque que dans son rapport à la sexualité, au sexe, comme en fait foi son prénom d’emprunt masculin. Ainsi, et ce fait n’est pas banal, ce ne fut pas seulement une femme simplement en avance sur son temps dans la vie, dans la littérature et les arts, mais aussi, et surtout, au lit.  De ce fait, son rapport à l’intime est  bouleversant, foudroyant, surtout considérant que l’on parle d’une femme vivant ses amours charnels autour des années 1837.

 

De tous ses amants, plusieurs ont été célèbres,  avant la lettre, et d’autres sont encore à découvrir, tellement le nombre est important; parmi ceux-ci, Michel de Bourges, à qui elle écrira : « tu n’es pas capable de comprendre pourquoi, comment, et combien, je t’aime » ! Est-ce là  la clé afin de résoudre sa psyché masculine/féminine ? De toutes ses qualités psychiques, en effet, il y a ce regard particulier de la femme, porter par une femme,  sur un monde ayant à la fois des modalités féminines et masculines.  Sont-ils à ce point différents, et/ou complémentaires, considérant que la psyché, justement, au-delà du sexe biologique, se situe dans le jeu irrésistible des perceptions, tel un couple analytique ? Ainsi, en avance sur son temps, Lady George divorça,  somme toute assez rapidement, de son mari odieux, et pris pour amant l’avocat l’ayant défendue dans cette cause, Michel de Bourges, dont elle tomba amoureuse ardemment,  inéluctablement. Avec lui, elle partira  à la découverte de sensations puissantes qui laisseront un écho persistant, dans le plein plaisir sexuel lui-même, certes, mais également dans le genre d’attente sauvage et exalté  qu’il suscitera, comme si toutes ses pensées et impressions se liaient, d’un coup, à sa nature délicate, raffinée, exquise, féminine, pour enfin triompher de ce moi masculin, tout d’un bloc. Elle fera violence à sa fierté, avec lui, en même temps qu’elle couvera d’autres amours, afin de ne pas se briser complètement. Il y a chez cet amant-là quelque chose d’intéressant à observer, afin de comprendre les profondeurs de la quête sexuelle de Georges Sand. Il n’était pas comme les autres, et il arriva à un moment de sa vie où elle était particulièrement vulnérable. Avec lui, elle perdit ses repères, et bien malgré elle, s’abandonna, avec tout ce que ce mot veut dire.  Ainsi, lucide, elle avouera « ce n’est pas à cause de l’amour que tu as eu pour moi que je t’ai aimé. Combien d’autres en ont eu davantage qui ne m’ont pas fait seulement lever les yeux au-dessus de mes livres! »  Ainsi, elle fera plus que céder à ce beau parleur, lui disant finalement franchement, telle une évidence somme toute plutôt banale : « je t’ai aimé parce que tu me plais! »  Ainsi demeurera-t’elle toute sa vie : vierge par l’intelligence, la véritable intelligence; celle capable de candeur, celle capable de génie. Et, comme en fait foi cette confidence, à cet amant initiateur: « S’il suffisait de se savoir aimée pour rendre la pareille et si avec la conviction d’être aimée fort peu, on acquérait tout d’un coup la force de se vaincre et d’oublier, il est certain que j’aimerais d’autres que toi, il est certain que je ne t’aimerais plus. »  Et à partir de là, effectivement, Lady George passa à autre chose et alla voir ailleurs si elle y était; et pas qu’un peu.  Après tant de soumissions dans le plaisir, après cette déchéance dans les tréfonds des émotions, elle revisite ses pulsions sexuelles; elle se mesure, de ce fait, à l’homme en elle, et sait rapidement qu’il vaut la femme également.  Cet amant-là devient  ainsi la porte qui s’ouvre sur tous les autres, l’arbre qui cache la forêt, et vu comme ça, il demeure une conquête sur elle-même, une bagatelle d’abord, puis, guidé par ses fantaisies ardentes, « un analyste idéal », à la fois l’objet et le sujet; et à la fois, une façon d’être physiquement dans le monde.

 

Ainsi, rien ne la laisse indifférente; mais elle n’est pas un objet. Des hommes la désirent et elle  leur cède ; les évènements ne la bousculent pas, car elle sait maintenant les dominer. Par ailleurs, toute son œuvre est teinté de cet esprit rebelle : non seulement elle adopte et assume entièrement  le pseudonyme masculin de George Sand, (comme plusieurs femmes de plume le faisait à l’époque), mais elle, elle va plus loin : elle s’habille en homme, elle fréquente les milieux réservés aux hommes, et elle devient, de ce fait, l’auteure féminine dont les critiques parlent et écrivent au masculin.  Il n’est pas exagéré d’affirmer que Victor Hugo l’a sauvée, ainsi que des amis « hugolâtres », dont Jules Sandeau, de qui elle deviendra la maîtresse, et avec qui elle mènera la folle vie d’étudiant bohême, habillée en homme, et courant Paris, la nuit. Elle écrit même avec lui, signant « J.Sand », mais son génie personnel dépasse bien largement le talent de son collaborateur, lequel ne pourra souffrir plus longtemps cette situation « ambigüe », et ne tardera pas à la tromper avec une blanchisseuse. Elle deviendra, à partir de là, LA féministe, continuant non pas de se travestir en homme, mais de vivre pleinement sa vie, entièrement libre, insolente, brillante, joyeuse, et complètement libérée. Elle fera ainsi mouche, et suscitera la curiosité, l’enthousiasme, et plus tard le scandale, du tout Paris, et bientôt,  de toute l’Europe !  Voici un exemple (dont certains contestent la pérennité) de sa plume, lorsqu’elle s’érotise,   à l’égard de son amant le plus éperdu, le poète Alfred De Musset :

 

Je n’ai plus qu’une idée en tête,
n’en déplaise à tous ceux de
votre sexe, masculin et puissant,
qui m’intimident un peu quelquefois,
au point d’en rougir de honte et d’envie.
N’allez point par là douter de ma sincérité !
Quand je pense à tous ces jeux
de hasard à essayer avec vous et vos amis
interdits, usant de mon cul-
ot ou de ma grande agilité
qui en ravira plus d’un, sans parler de ma tenue,
Je sais que vous êtes prêt à partager et vous dirai la vérité
toute nue, car je sais que vous y tenez !

 

 

Son côté caché n’est pas dénué d’intérêt, ainsi nous découvrons que George Sand adore « les petits jeux » : relisez cette lettre en sautant une ligne, et vous comprendrez le double sens, sans équivoque. De ce côté amusant dans l’incroyable et importante correspondance entre ces deux-là, il y a de l’esprit, certes, mais également une énigme, dont je parlerai ultérieurement, dans un prochain article, plus touffu, tout consacré à cette question. En effet, tout cela a de quoi laisser nostalgique. Par exemple, voyez cet autre acrostiche, inspirée cette fois de la plume d’Alfred de Musset, répondant à la lettre de cette dernière :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

 

 

Aussi, il n’est pas peu dire d’affirmer qu’il était mal vu pour une femme d’avoir un amant plus jeune qu’elle, et pour éviter le qu’en dira-t’on, les amoureux utilisèrent cette technique, à quelques détails près.

De même, Frédéric Chopin, qui fut son également son amant, répondait lui-aussi, parfois, par énigme. Il faut savoir : dès la toute première rencontre, il y eut, un malaise, tandis que Franz Liszt donnait une fête chez lui. Un homme petit, chétif, génial, aux traits doux, un peu féminins, et cette gaillarde, habillée en homme, fumant la pipe, le verbe haut, prenant beaucoup de place en société.  Une passion orageuse suivit, non sans s’être demandé l’un l’autre, Chopin d’abord à son hôte : « mais est-ce bien une femme ? », puis cette dernière à une amie : « ce monsieur Chopin, est-ce une jeune fille ? » Ainsi, des années durant, cette relation sera vécue dans le plus prodigieux des secrets, prenant même des allures quelque peu « incestueuses », comme celle d’une mère avec son fils.  Complètement ébahis l’un par l’autre, admiratifs du talent incommensurable de chacun, ils ne tariront pas d’éloges, à cet effet, l’un sur l’autre. Georges Sand sera littéralement  subjugée par le talent exceptionnel du musicien, tout autant que par sa fragilité. Ce dernier parviendra à reconnaître la vigueur d’esprit de sa chérie, le génie rayonnant de sa plume, son intelligence sans commune mesure, ainsi que son élan hautement créatif, grandiose, unique en son genre ! Il lui en faudra, néanmoins, du temps…. Trop peu, trop tard ? Quoi qu’il en soit,  Lady George caresse déjà d’autres rêves,  non sans une certaine tristesse, ni un certain désarroi.  C’est qu’elle aima très profondément Chopin, oui, comme tous les autres, mais avec lui elle aura la relation la plus longue, et peut-être la plus fusionnelle. Il n’avait pas la santé très solide, il avait besoin d’elle !  Elle en prit un soin jaloux, le protégeant de tout, et surtout de lui-même, du moins le pensait-elle. Et je suppose que ce fut bel et bien le cas, car de là, elle aura certes des ami(e)s, plusieurs,  avec qui elle entretiendra une correspondance assidue ;  elle sera invitée à gauche et à droite, aura à marier sa fille, puis son fils ; ainsi la vie va…. Aura-t’elle d’autres amants, oh oui, évidemment ! Cela vous choque ? Imaginez dans les années 1840 ! 

On devine ainsi aisément, combien, plus que toutes autres, George Sand a subi les sévères jugements masculins, dont les plus infâmes furent retrouvés, dans un journal, en date du 8 décembre 1848 : « si on avait fait l’autopsie des femmes ayant un talent original, comme madame Sand, on trouverait chez elle des parties génitales se rapprochant de l’homme, des clitoris un peu parents de nos verges ».  Voilà  qui a le mérite d’être clair, n’est-ce pas ? Et cet énoncé donne également le ton, à savoir combien il était risqué, pour une femme, au XIXième, de vivre aussi librement. Qui plus est, son genre, tant de manière symbolique qu’anatomique, ne coïncidait pas avec l’époque; c’est comme s’il y avait un hiatus quelque part, comme si ces dispositions bisexuelles rendait son rapport avec les hommes intéressant, certes, mais complexe. Ainsi, développera t’elle « un complexe de masculinité » ,  peut-être pour pallier l’absence d’un père, mort trop tôt, dans la plus tendre enfance ? La question se pose; de la même manière, elle sera puissamment investie affectivement par deux femmes : sa mère et sa grand-mère, qui prendront soin d’elle, après ce départ subit de la très chère figure paternelle. Est-ce de là que vient son engagement féministe, ses contradictions les plus sensibles, sa rage d’écrire ? Il faut savoir que pour l’écriture, en effet, une femme, aux yeux des hommes « ne valait rien », et cela sans donner d’arguments plus convaincants, si ce n’est que le recours à l’insulte : « c’est un cliché! », et autres préjugés cruchons, stéréotypes éculés,  tout aussi bêtes, lâches, que stupides.  Ainsi, que Lady George se soit accordée une liberté « hors normes » est révélateur, très certainement d’une forme de cri du cœur salvateur, en même temps qu’une critique sociale des femmes de son époque, du moins à première vue. En effet, il est et sera, en même temps, toujours difficile de situer l’œuvre de Sand dans un rapport féministe; nous n’avons qu’à penser à ces figures de femmes soumises fleurissant son œuvre, à commencer par la petite fadette, dans le roman du même nom. Et n’est-ce pas là paradoxal, le fait de mettre ces femmes soumises en bonnes premières; n’est-ce pas regrettable, du moins questionnable, à  la lumière de la vie réelle de l’auteure ? En effet, ces femmes sont des modèles d’inaction, porteuses d’un message d’acceptation sociale de leur époque. Voilà ce qui manque, voilà le relief singulier de la vie littéraire,  dans l’œuvre de Sand : ambigüe jusque là.

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