Tout simplement je signe:

Louise V Labrecque

29 juillet, 2014

Henriette Dessaulles (1860-1946): ces petites perles de notre Histoire.

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 13:13

Henriette Dessaulles (1860-1946): ces petites perles de notre Histoire. dans Non classé henriette_jeune_femme-2

Comment définir, comment décrire, la poésie d’Henriette Dessaulles sans évoquer l’aspect fragmentaire maintes fois remâché, le ton humoristique, la délicatesse, la « parlure » et la touchante discrétion ? En effet, dans le premier cahier d’Henriette, qui va de 1874 à 1876, Henriette a quatorze ans, et fait son entrée au collège. Tout résonne comme un monde en soi, des brides de son univers adolescent, terriblement transparent, un genre de souffle hyperpuissant, par les mots. De la prose possédant ce mouvement continu, capable à la fois d’instruire, de toucher et d’émouvoir; et avec ce docere delectare,  il est facile d’imaginer l’humaniste en devenir, ainsi que l’essayiste libérale, à sa manière. Elle quittera définitivement son journal, la veille de son mariage, en 1881.

De ce fait, l’écriture « toute personnelle » d’Henriette Dessaulles ne cessera de séduire les esprits avec cette primauté du « Je », questionnant le monde, en s’opposant aux « simagrées » de son temps.  En effet, la diariste possède une poésie originale, un langage propre, souvent subjectif, il va de soi ; tandis que le journal commande cet appel, dans sa vision de chaque instant. Une poésie de la Raison, certes, mais équilibrée, alliant sensiblement une liberté de penser fort avant-gardiste pour l’époque. Et de cette poétique, Henriette Dessaulles n’y sera jamais indifférente, associant volontairement son acte d’écriture à la délivrance ; à la confidence dans l’écriture intime. En effet, outre ses premières chroniques féminines dans « Le journal de Françoise » (fondé par Robertine Baril) avec ses célèbres Lettres de Fadette publiées des années durant dans le journal Le Devoir, il faut avoir lu son journal pour réellement comprendre et saisir cette plume exacerbée, éclairée, poétique, avec cette petite pointe d’ironie, ce clin d’œil à la condition des femmes de son époque, à Saint-Hyacinthe. En effet, Henriette Dessaulles fut une féministe avant l’heure, notamment avec cette plume « impertinente », impitoyable, au regard néanmoins toujours attentif (voire aigu), et bienveillant. Véritable électron libre, Henriette Dessaulles était inclassable dans ce milieu influencé à la fois par les intellectuels et le clergé; milieu attirant, on le devine, avec son lot de parasites plus ou moins pédants. Par chance, Henriette fut animée très tôt d’une grande autonomie, et avait le désespoir joyeux, ce qui marqua son écriture en favorisant un style de vie littéraire fort plaisant. De plus, sa grande curiosité intellectuelle et son humanisme (un genre d’empathie singulière) ne cesseront de teinter sa plume, avec lucidité certes, mais également avec cette poésie si caractéristique. Toutes ses histoires, en plus de leur authenticité, sont d’une modestie et d’une qualité littéraire rare; œuvre d’art dont il nous manque, rappelons-le, des cahiers et autres écrits, toujours introuvables à ce jour. Écrire simplement, c’est une des qualités dominantes de sa plume : une voix, un visage, une allure familière. Même aujourd’hui, dans notre monde fait d’écrans et d’autres murs, Henriette Dessaulles n’a pas beaucoup changé, sinon qu’elle a gagné en « drôleries », en dignité, et en charme. Ainsi, il n’est pas nécessaire d’être poète pour apprécier sa poésie et sa plume; il ne faut pas non plus être plus sentimental qu’il ne le faut ni atteint d’un chagrin inconsolable pour plonger dans cette jeunesse en fleurs, cette œuvre véritable et savoureuse. Elle aura, aujourd’hui, il me semble, sa revanche. Comme nouvelle forme poétique ou trouvaille littéraire, par des exemples évoquant à la fois sa solitude intérieure et sa propre philosophie, est faite de mystères et de bonté ; et également, par un vocabulaire et des descriptions ornés de cette discrète touche poétique dans les exigences presque surhumaines qu’auront été sa vie et ses combats personnels. En somme, un éclairage savamment dosé faisant ressortir des trésors, des merveilles et des vérités, tellement qu’après la lecture de ses cahiers, vous ne pourrez faire autrement que répéter obstinément son nom. Son œuvre montre à la fois les qualités et les défauts d’une époque, avec en prime toute la personnalité pétillante d’Henriette Dessaulles, enfermée dans ses lignes, dans ses phrases, dans ses mots jusqu’à en former une dialectique, une poésie qui inspire fort, abondamment, et pour longtemps.

On ne (re)dira jamais assez combien la nuit d’Henriette Dessaulles fut noire, de par les souffrances et les deuils ayant traversé sa vie. Le rythme, qui est nécessairement de l’essence, parfume ainsi son écriture. Avec elle, tout cela prend de l’ampleur, sans jamais devenir lourd, dans une trop vaste peinture de la pensée ou dans des cacophonies de mots parfois regrettables. C’est autre chose : avec Henriette Dessaulles, nous sommes touchés par la Grâce, c’est l’image même qui me vient à l’idée. On n’épuise pas les grands poètes. L’art n’est rien s’il n’est fixé au réel, dans un baiser ardent, certes, mais clairvoyant. Avis aux cœurs endurcis : les réflexions sages d’Henriette Dessaulles résonneront, sans malice, sans maladroite insistance, et surtout, sans condescendance et moralisme. Dans l’instant d’après, tandis que vous chercherez, dans votre mémoire heureuse, quelques souvenirs de même mesure… oui, car, des images, il y en a !  Henriette Dessaulles ne peint que cela, à vrai dire, et parfois, même, c’est trop pour un seul cœur. En effet, que de choses elle aura su dire ! Et de ces images données à des idées, ce qu’il y aurait également à en dire ! Tout cela est d’une telle résonnance, d’une telle richesse, notamment de nos jours, à notre temps et à notre époque; tout cela  est si éloquent, qu’il faudrait s’arrêter collectivement pour en savourer le talent et en prendre la mesure. Enfin, tout cela est comme infini, mais non pas insondable. Vous devinez bien que je vous en reparlerai dans un prochain article. Pour l’heure, avec cette grande dame sortant tout doucement des oubliettes, notre littérature québécoise et canadienne se porte bien !

Lady George

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 13:00

 

 

Il y a d’abord cette jeune personne, cette enfant, Aurore Sax, née à la fois de la noblesse et du peuple; et puis, il y a cette femme, en qui se retrouvent toutes les contradictions. C’est avant tout une sentimentale.  Elle n’aurait jamais dû se marier : ce fut un désastre.  Son mari, Casimir Dudevant, était complètement nul, grossier, despote. Qu’importe ! Plus tard, elle sera une intellectuelle, vivra à Paris, puis à sa merveilleuse maison de campagne, située à Nohant, tous les étés.  À partir de là, s’élabore  une étape importante, le début du tableau lyrique, l’histoire d’amour de sa vie, oui, car il y a Georges Sand, dont l’œuvre colossale, immense, célèbre, se passe de présentation, et … il y a autre chose; il y a plus. Lady George ne fait pas que cerner un cœur (et un sexe), somme toute évanescent, elle le situe  au milieu de toutes ses activités littéraires. C’est à la fois son drame et sa fantaisie; elle n’en sera point tiraillée car elle est devenue, assez rapidement, à la fois ce qu’elle est et ce qu’elle voulait devenir : une intellectuelle passionnée de lettres, de correspondances, de politique, et aussi, surtout, une amoureuse ardente, et une mère de famille bourgeoise, sans mari.

Et ce qui fait qu’elle ne se perdra pas, c’est justement cet esprit passionné, doublé d’une dualité toute personnelle, originale, jusque que dans son rapport à la sexualité, au sexe, comme en fait foi son prénom d’emprunt masculin. Ainsi, et ce fait n’est pas banal, ce ne fut pas seulement une femme simplement en avance sur son temps dans la vie, dans la littérature et les arts, mais aussi, et surtout, au lit.  De ce fait, son rapport à l’intime est  bouleversant, foudroyant, surtout considérant que l’on parle d’une femme vivant ses amours charnels autour des années 1837.

 

De tous ses amants, plusieurs ont été célèbres,  avant la lettre, et d’autres sont encore à découvrir, tellement le nombre est important; parmi ceux-ci, Michel de Bourges, à qui elle écrira : « tu n’es pas capable de comprendre pourquoi, comment, et combien, je t’aime » ! Est-ce là  la clé afin de résoudre sa psyché masculine/féminine ? De toutes ses qualités psychiques, en effet, il y a ce regard particulier de la femme, porter par une femme,  sur un monde ayant à la fois des modalités féminines et masculines.  Sont-ils à ce point différents, et/ou complémentaires, considérant que la psyché, justement, au-delà du sexe biologique, se situe dans le jeu irrésistible des perceptions, tel un couple analytique ? Ainsi, en avance sur son temps, Lady George divorça,  somme toute assez rapidement, de son mari odieux, et pris pour amant l’avocat l’ayant défendue dans cette cause, Michel de Bourges, dont elle tomba amoureuse ardemment,  inéluctablement. Avec lui, elle partira  à la découverte de sensations puissantes qui laisseront un écho persistant, dans le plein plaisir sexuel lui-même, certes, mais également dans le genre d’attente sauvage et exalté  qu’il suscitera, comme si toutes ses pensées et impressions se liaient, d’un coup, à sa nature délicate, raffinée, exquise, féminine, pour enfin triompher de ce moi masculin, tout d’un bloc. Elle fera violence à sa fierté, avec lui, en même temps qu’elle couvera d’autres amours, afin de ne pas se briser complètement. Il y a chez cet amant-là quelque chose d’intéressant à observer, afin de comprendre les profondeurs de la quête sexuelle de Georges Sand. Il n’était pas comme les autres, et il arriva à un moment de sa vie où elle était particulièrement vulnérable. Avec lui, elle perdit ses repères, et bien malgré elle, s’abandonna, avec tout ce que ce mot veut dire.  Ainsi, lucide, elle avouera « ce n’est pas à cause de l’amour que tu as eu pour moi que je t’ai aimé. Combien d’autres en ont eu davantage qui ne m’ont pas fait seulement lever les yeux au-dessus de mes livres! »  Ainsi, elle fera plus que céder à ce beau parleur, lui disant finalement franchement, telle une évidence somme toute plutôt banale : « je t’ai aimé parce que tu me plais! »  Ainsi demeurera-t’elle toute sa vie : vierge par l’intelligence, la véritable intelligence; celle capable de candeur, celle capable de génie. Et, comme en fait foi cette confidence, à cet amant initiateur: « S’il suffisait de se savoir aimée pour rendre la pareille et si avec la conviction d’être aimée fort peu, on acquérait tout d’un coup la force de se vaincre et d’oublier, il est certain que j’aimerais d’autres que toi, il est certain que je ne t’aimerais plus. »  Et à partir de là, effectivement, Lady George passa à autre chose et alla voir ailleurs si elle y était; et pas qu’un peu.  Après tant de soumissions dans le plaisir, après cette déchéance dans les tréfonds des émotions, elle revisite ses pulsions sexuelles; elle se mesure, de ce fait, à l’homme en elle, et sait rapidement qu’il vaut la femme également.  Cet amant-là devient  ainsi la porte qui s’ouvre sur tous les autres, l’arbre qui cache la forêt, et vu comme ça, il demeure une conquête sur elle-même, une bagatelle d’abord, puis, guidé par ses fantaisies ardentes, « un analyste idéal », à la fois l’objet et le sujet; et à la fois, une façon d’être physiquement dans le monde.

 

Ainsi, rien ne la laisse indifférente; mais elle n’est pas un objet. Des hommes la désirent et elle  leur cède ; les évènements ne la bousculent pas, car elle sait maintenant les dominer. Par ailleurs, toute son œuvre est teinté de cet esprit rebelle : non seulement elle adopte et assume entièrement  le pseudonyme masculin de George Sand, (comme plusieurs femmes de plume le faisait à l’époque), mais elle, elle va plus loin : elle s’habille en homme, elle fréquente les milieux réservés aux hommes, et elle devient, de ce fait, l’auteure féminine dont les critiques parlent et écrivent au masculin.  Il n’est pas exagéré d’affirmer que Victor Hugo l’a sauvée, ainsi que des amis « hugolâtres », dont Jules Sandeau, de qui elle deviendra la maîtresse, et avec qui elle mènera la folle vie d’étudiant bohême, habillée en homme, et courant Paris, la nuit. Elle écrit même avec lui, signant « J.Sand », mais son génie personnel dépasse bien largement le talent de son collaborateur, lequel ne pourra souffrir plus longtemps cette situation « ambigüe », et ne tardera pas à la tromper avec une blanchisseuse. Elle deviendra, à partir de là, LA féministe, continuant non pas de se travestir en homme, mais de vivre pleinement sa vie, entièrement libre, insolente, brillante, joyeuse, et complètement libérée. Elle fera ainsi mouche, et suscitera la curiosité, l’enthousiasme, et plus tard le scandale, du tout Paris, et bientôt,  de toute l’Europe !  Voici un exemple (dont certains contestent la pérennité) de sa plume, lorsqu’elle s’érotise,   à l’égard de son amant le plus éperdu, le poète Alfred De Musset :

 

Je n’ai plus qu’une idée en tête,
n’en déplaise à tous ceux de
votre sexe, masculin et puissant,
qui m’intimident un peu quelquefois,
au point d’en rougir de honte et d’envie.
N’allez point par là douter de ma sincérité !
Quand je pense à tous ces jeux
de hasard à essayer avec vous et vos amis
interdits, usant de mon cul-
ot ou de ma grande agilité
qui en ravira plus d’un, sans parler de ma tenue,
Je sais que vous êtes prêt à partager et vous dirai la vérité
toute nue, car je sais que vous y tenez !

 

 

Son côté caché n’est pas dénué d’intérêt, ainsi nous découvrons que George Sand adore « les petits jeux » : relisez cette lettre en sautant une ligne, et vous comprendrez le double sens, sans équivoque. De ce côté amusant dans l’incroyable et importante correspondance entre ces deux-là, il y a de l’esprit, certes, mais également une énigme, dont je parlerai ultérieurement, dans un prochain article, plus touffu, tout consacré à cette question. En effet, tout cela a de quoi laisser nostalgique. Par exemple, voyez cet autre acrostiche, inspirée cette fois de la plume d’Alfred de Musset, répondant à la lettre de cette dernière :

Quand je mets à vos pieds un éternel hommage
Voulez-vous qu’un instant je change de visage ?
Vous avez capturé les sentiments d’un coeur
Que pour vous adorer forma le créateur.
Je vous chéris, amour, et ma plume en délire
Couche sur le papier ce que je n’ose dire.
Avec soin, de mes vers lisez les premiers mots
Vous saurez quel remède apporter à mes maux.

Cette insigne faveur que votre coeur réclame
Nuit à ma renommée et répugne à mon âme.

 

 

Aussi, il n’est pas peu dire d’affirmer qu’il était mal vu pour une femme d’avoir un amant plus jeune qu’elle, et pour éviter le qu’en dira-t’on, les amoureux utilisèrent cette technique, à quelques détails près.

De même, Frédéric Chopin, qui fut son également son amant, répondait lui-aussi, parfois, par énigme. Il faut savoir : dès la toute première rencontre, il y eut, un malaise, tandis que Franz Liszt donnait une fête chez lui. Un homme petit, chétif, génial, aux traits doux, un peu féminins, et cette gaillarde, habillée en homme, fumant la pipe, le verbe haut, prenant beaucoup de place en société.  Une passion orageuse suivit, non sans s’être demandé l’un l’autre, Chopin d’abord à son hôte : « mais est-ce bien une femme ? », puis cette dernière à une amie : « ce monsieur Chopin, est-ce une jeune fille ? » Ainsi, des années durant, cette relation sera vécue dans le plus prodigieux des secrets, prenant même des allures quelque peu « incestueuses », comme celle d’une mère avec son fils.  Complètement ébahis l’un par l’autre, admiratifs du talent incommensurable de chacun, ils ne tariront pas d’éloges, à cet effet, l’un sur l’autre. Georges Sand sera littéralement  subjugée par le talent exceptionnel du musicien, tout autant que par sa fragilité. Ce dernier parviendra à reconnaître la vigueur d’esprit de sa chérie, le génie rayonnant de sa plume, son intelligence sans commune mesure, ainsi que son élan hautement créatif, grandiose, unique en son genre ! Il lui en faudra, néanmoins, du temps…. Trop peu, trop tard ? Quoi qu’il en soit,  Lady George caresse déjà d’autres rêves,  non sans une certaine tristesse, ni un certain désarroi.  C’est qu’elle aima très profondément Chopin, oui, comme tous les autres, mais avec lui elle aura la relation la plus longue, et peut-être la plus fusionnelle. Il n’avait pas la santé très solide, il avait besoin d’elle !  Elle en prit un soin jaloux, le protégeant de tout, et surtout de lui-même, du moins le pensait-elle. Et je suppose que ce fut bel et bien le cas, car de là, elle aura certes des ami(e)s, plusieurs,  avec qui elle entretiendra une correspondance assidue ;  elle sera invitée à gauche et à droite, aura à marier sa fille, puis son fils ; ainsi la vie va…. Aura-t’elle d’autres amants, oh oui, évidemment ! Cela vous choque ? Imaginez dans les années 1840 ! 

On devine ainsi aisément, combien, plus que toutes autres, George Sand a subi les sévères jugements masculins, dont les plus infâmes furent retrouvés, dans un journal, en date du 8 décembre 1848 : « si on avait fait l’autopsie des femmes ayant un talent original, comme madame Sand, on trouverait chez elle des parties génitales se rapprochant de l’homme, des clitoris un peu parents de nos verges ».  Voilà  qui a le mérite d’être clair, n’est-ce pas ? Et cet énoncé donne également le ton, à savoir combien il était risqué, pour une femme, au XIXième, de vivre aussi librement. Qui plus est, son genre, tant de manière symbolique qu’anatomique, ne coïncidait pas avec l’époque; c’est comme s’il y avait un hiatus quelque part, comme si ces dispositions bisexuelles rendait son rapport avec les hommes intéressant, certes, mais complexe. Ainsi, développera t’elle « un complexe de masculinité » ,  peut-être pour pallier l’absence d’un père, mort trop tôt, dans la plus tendre enfance ? La question se pose; de la même manière, elle sera puissamment investie affectivement par deux femmes : sa mère et sa grand-mère, qui prendront soin d’elle, après ce départ subit de la très chère figure paternelle. Est-ce de là que vient son engagement féministe, ses contradictions les plus sensibles, sa rage d’écrire ? Il faut savoir que pour l’écriture, en effet, une femme, aux yeux des hommes « ne valait rien », et cela sans donner d’arguments plus convaincants, si ce n’est que le recours à l’insulte : « c’est un cliché! », et autres préjugés cruchons, stéréotypes éculés,  tout aussi bêtes, lâches, que stupides.  Ainsi, que Lady George se soit accordée une liberté « hors normes » est révélateur, très certainement d’une forme de cri du cœur salvateur, en même temps qu’une critique sociale des femmes de son époque, du moins à première vue. En effet, il est et sera, en même temps, toujours difficile de situer l’œuvre de Sand dans un rapport féministe; nous n’avons qu’à penser à ces figures de femmes soumises fleurissant son œuvre, à commencer par la petite fadette, dans le roman du même nom. Et n’est-ce pas là paradoxal, le fait de mettre ces femmes soumises en bonnes premières; n’est-ce pas regrettable, du moins questionnable, à  la lumière de la vie réelle de l’auteure ? En effet, ces femmes sont des modèles d’inaction, porteuses d’un message d’acceptation sociale de leur époque. Voilà ce qui manque, voilà le relief singulier de la vie littéraire,  dans l’œuvre de Sand : ambigüe jusque là.

25 juillet, 2014

Henriette Dessaulles : la suite

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 4:24

Pour compléter le tableau de mon dernier article au sujet d’Henriette Dessaulles, il faudrait dessiner quelques regards vers les années 1900, et ainsi donner la parole à plusieurs écrivains, et historiens ayant voulu, par le passé, ouvrir la porte à une réelle compréhension des œuvres, au-delà de la fiction. En effet, comment voir un travail d’écriture au sujet d’une grande dame de notre littérature, par ailleurs pratiquement méconnue ? Bien sûr, cette interrogation d’une question au sujet d’un passé est un prétexte, en somme, pour dessiner le futur guéri de son amnésie plus ou moins volontaire. De plus, il faudrait y consacrer non pas un simple article, mais un texte beaucoup plus exhaustif, ce dont je ne ferai pas ici. Pour l’heure, je me contenterai de rappeler des faits importants, notamment à savoir que Henriette Dessaulles, notre petite Fadette, a publié, sa vie durant, sous plusieurs pseudonymes, dont les plus connus sont : Claude Ceyla, Jean Deshayes, Marc Lefranc; il y en a peut-être d’autres… et cela, en soi, est vertigineux.

Ainsi, de son œuvre remarquable, soit la publication de ses journaux intimes, Henriette Dessaulles a aussi publié dans le journal Le Devoir, chaque semaine, des milliers de chroniques dites féminines: « Lettres de Fadette ». De ce fait, le rapport à l’intime de son œuvre, au sens du rêve, des révélations de l’esprit, via son journal, mais aussi sous l’œil impitoyable de son époque, constitue un véritable plaidoyer de la liberté de penser dans une société dominée par le patriarcat et le clergé. Ainsi, Henriette Dessaulles aura été un électron libre, non pas en errant à la marge du monde, mais en prenant prise sur le réel, nous conviant à la confidence, l’échange, la réflexion. Ainsi, le silence qui entoure aujourd’hui son œuvre est fascinant : comme si le refuge individuel qu’a exercé son rapport à l’écriture apparaissait aujourd’hui naturellement, mais sans prise de conscience collective, au sens large. Pourtant, et à vrai dire, toute la famille Dessaulles est fascinante: fortunée certes, mais aussi très libérale (la ville de Saint-Hyacinthe, non loin de Montréal, était assez avant-gardiste pour l’époque). Ainsi, son grand-père fut le seigneur de Saint-Hyacinthe; son père Georges-Casimir Dessaulles, fut le maire de la ville, lequel fut le frère de l’humaniste Louis-Antoine Dessaulles ( celui-ci nous lègue également quelques écrits dignes de mention, et dont je vous reparlerai dans un prochain article). Finalement, elle est la cousine d’Henri Bourassa, qui fonda le journal Le Devoir, en 1910, et dans lequel elle publia « Lettres de Fadette ». Finalement, pour couronner le tout, son parrain n’est nul autre que le patriote Louis-Joseph Papineau. De plus, plusieurs autres membres de cette famille sont intéressants, et il y aurait beaucoup à en dire et à en écrire; ce dont je ne priverai certainement pas, si le cœur m’en dit, dans de prochains papiers. En fait, vous direz-vous, quelle mouche m’a donc piquée avec Henriette Dessaulles ? Pourquoi me touche t’ elle autant ? Je serais bien embêtée de vous répondre, sinon qu’il s’agit d’une véritable femme d’esprit, et d’une plume hors normes, d’une très grande beauté, aux qualités littéraires à la fois simples et remarquables, érudite sans jamais être pédante, et surtout translucide, transparente : c’est comme si nous y étions ! Son journal intime (dont il nous manque encore des cahiers, hélas introuvables à ce jour), est admirable en ce sens qu’il est intemporel. Le même combat pour la liberté, non seulement à l’intérieur de la vision d’une ville, d’une société, et d’une époque, mais aussi dans sa contagion ardente, son humanisme, et son caractère original. Ainsi, on se laisse emporter par le plaisir de la lecture, sans souffrir un seul instant du fait d’entrer dans la vision d’Henriette, au cœur de son monde, ce lieu intérieur rempli d’aspérités qui bercent et dérangent à la fois, contrastes brillants préfigurant l’esprit de la grande dame en devenir : en effet, il est étonnant de lire ce journal et d’imaginer celui-ci écrit par la main d’une jeune femme d’à peine 15 ans ! Bref, d’une maturité étonnante, avec une sensibilité exacerbée et intelligente, de bonnes manières, un bon jugement, nous sommes face à une peinture vivante de la vie quotidienne d’une époque, marquant de ce fait les caractères uniques des gens, l’âme des lieux, à l’intérieur d’un rythme unissant une réalité complexe, répandant sa lumière rafraîchissante au grand jour ! Bref, si vous ne connaissez pas encore Henriette Dessaulles, il est temps, il est tard.

25 janvier, 2013

Un cynique chez les lyriques

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 0:52

D’abord, on se demande pourquoi un titre pareil. Puis, nous traversons le préambule pour découvrir les intentions de l’auteur, Carl Bergeron. Soudain, s’impose comme une envie d’en savoir davantage, de dévorer ce livre ou mieux, d’écrire, exactement de la même manière que l’on constate l’urgente nécessité, tous les printemps, de préparer le terreau afin que plantes, fleurs et fruits puissent planter ses racines. En fait, cela va encore plus loin que la parole ou l’écriture. Plus loin que la sensibilité. Nous parlons ici de cynisme, comme analyse symbolique et philosophique des films de Denis Arcand. En tant que rapport au monde également, dans un regard en surplomb -comme celui d’Arcand-, scrutant l’horizon au tant de l’intime que du collectif, notamment en ce qui a trait à la situation québécoise actuelle.

Le cynisme d’Arcand, paraît-il, ne date pas d’hier. Le saviez-vous ?

En effet, Denys Arcand possède une œuvre magistrale, allant des films de fiction « On est au coton » (1971) jusqu’à « L’âge des ténèbres » (2007), sans oublier son œuvre documentaire, forte et critique.  Le cinéaste, en effet, est profondément ancré dans la réalité; même lorsqu’il aborde la fiction, il est parfaitement en phase avec les aléas sociaux et culturels du Québec d’hier et d’aujourd’hui. Cela en fait un artiste profondément bouleversant. Justement, ce livre de Carl Bergeron « Un cynique chez les lyriques » est un cadre de réflexion essentiel sur l’œuvre magnifique de Denys Arcand, en plus de mettre en lumière, comme peu d’auteurs l’on fait, une véritable rencontre entre les deux hommes. Une surprise de taille vous attend donc puisque la réunion entre ces deux esprits n’épargne rien, dans la géographie humaine, culturelle et politique du Québec.  C’est que le cynisme philosophique d’Arcand ne date pas d’hier, en effet, et c’est bel et bien à un portrait sensible du célèbre cinéaste que Carl Bergeron nous convie, avec ce brillant essai. Ainsi, tel l’artiste créant une œuvre, Arcand affirme : « Le Québec est une histoire impossible » ; en lisant ces mots, on ne se sent pas très à l’aise.  C’est que l’œuvre de l’artiste, Arcand à l’occurrence, tranche nettement avec celle des autres, de par la somme des regards graves qu’elle suscite, ainsi que par la réflexion des personnages, lesquels ne sont pas tous également intéressants, même parmi ceux que Denys Arcand semble privilégier.  Justement, comment faire une œuvre, notamment de fiction, au Québec, si on est, comme Arcand, profondément lié à son pays d’origine, amoureux de sa culture historique, et dans sa complexité schizophrène (oui, mais non) même?  C’est que le Québec profond, c’était hier : on revient de loin, assurément, et de cette vision du monde, Arcand l’embrasse ardemment,  marqué par le poids des rapports de forces, de son œuvre, et de l’Histoire.  En effet, la plupart des Québécois ont parmi leurs ancêtres, un fermier ou un coureur des bois, de qui ils ont hérités le respect et l’amour de la nature.  Des souvenirs pas toujours très glorieux…Dans les faits : la condition humaine et québécoise dans ce qu’elle porte de plus difficile, de plus désenchantée, et parfois de plus tragique, mise en lumière, notamment dans l’œuvre documentaire de Denys Arcand , mais également dans « Gina »,  une femme déclassée, laquelle voile également une grande espérance, tel un secret bien gardé : le mariage ! Or, à la sortie du film, en 1975, Arcand revisite lucidement la blessure, persiste, et signe : « le mariage est le tombeau de la classe ouvrière ».

Savoir choisir ses batailles

Ainsi, Denys Arcand possède une poétique originale : c’est un inclassable ! Il n’est pas nécessaire, en effet, de chercher vitam aeternam une raison à son anti-lyrisme notoire, ni de cette tendance naturelle à se méfier de toutes entreprises et tentations passionnelles, « que cela soit dans le registre de l’amour ou de la détestation »: nous avons affaire à un être de raison, lequel pose « son regard de plomb » sur l’environnement, lequel façonne tous les êtres.  Dans son film « Jésus de Montréal  (1989)», nous avons là, peut-être, son sujet le plus personnel, le plus intime, le plus sincère.  Ainsi, un artiste ne peut évoluer seul; alors que fondamentalement, il appelle cette solitude de tous ses vœux. Dans les faits, il a besoin des autres, il a besoin de la société. Son désenchantement viendrait-il de là ? Savoir, par avance, que nous serons incompris, voire blâmés, avant ou après avoir été loués, pour paraphraser la célèbre citation ? C’est qu’il faut éviter les impasses. Les écrivains, les poètes, les artistes, ne font pas du porte- à -porte; ils sont intimidés ou silencieux, et rarement l’œuvre coïncide avec les définitions qu’on en donne de l’extérieur. Il y a un hiatus quelque part, que l’artiste doit prendre sur lui, afin de conserver sa liberté de créateur. La fiction, c’est la place qu’occupe un film, ou un livre, dans cette machine; exactement comme on dirait systématiquement de ce moi comme cinéaste, ou mieux du rôle que l’œuvre a joué dans la vie d’une autre personne.  Les artistes sont enfermés dans une sorte de cercle vicieux : produire une œuvre implique que tu fasses partie de ce monde-là. C’est cette présence qui devient gênante; il y a une différence entre aimer aller vers les autres, et d’obliger le corpus artistique à intégrer l’œuvre. Par contre, avec une ouverture directe sur le public, il arrive qu’un artiste puisse se porter tout seul. Cela est impossible en littérature, toutefois dans d’autres disciplines, il arrive que ce soit possible; sinon, ce sont les œuvres qui vous portent, jusqu’à dénaturer l’image et l’œuvre, laquelle s’abandonne trop souvent, hélas, à sa myopie et son goût du pouvoir.

Ainsi, après cette réflexion, située au cœur de l’œuvre, par nostalgie peut-être, nous devons plonger en somme dans un climat plus infernal que bucolique, lequel parfois est franchement fantastique, en dépit de la misère, de l’injustice, et du mépris, triples facettes d’une même face. Or, tout le pessimisme d’Arcand vient de là, lequel puise sa source à la fois dans une lucidité têtue, un réalisme machiavélien, et un cynisme inattaquable.  Ce tableau est criant tant qu’à l’avenir du Québec, notamment culturellement et politiquement, à plus long terme : comment fera t’il pour se définir, se redéfinir, se réinventer ? Le spectacle de cette misère est en effet palpable chez Arcand.  Simplement exister, en tant que nation, que pays, est difficile à supporter à certains moments; dans le contexte de l’œuvre de Denys Arcand, le propos n’est pas neuf, certes, mais il acquiert une éloquence incontestable. Tellement que nous en somme, nous-mêmes, étonnés.  Bref, allez lire ce livre en courant : « Un cynique chez les lyriques », de Carl Bergeron, publié aux Éditions Boréal. Vous m’en donnerez des nouvelles !

Bergeron, Carl, Un cynique chez les lyriques, Édition Boréal, Montréal, 2012

Henriette Dessaulles (1860 – 1946) : ces petites choses de notre Histoire.

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 0:03

Originaire de Saint-Hyacinthe,  Henriettte Dessaulles épousa en  1881 Maurice Saint-Jacques, lequel mourut quelques années plus tard des suites d’une pneumonie.  Veuve avec sept enfants, elle se retrouve alors dans l’obligation de devoir gagner sa vie.  Sous divers pseudonymes, tant il était inconvenant pour les femmes de publier à l’époque, elle signa plusieurs papiers, dans divers journaux, notamment Le Journal de Françoise, Le Canada, La Patrie, Le Nationaliste.  En 1911, son cousin Henri Bourassa fonda le journal Le Devoir où elle inaugura une chronique hebdomadaire : « lettre de Fadette », laquelle
nous lègue pas moins de 1700 textes !

Ainsi, comment se fait-il que si peu de contemporains ne connaissent aujourd’hui cette grande dame de notre littérature québécoise et canadienne ?  En effet, en plus d’un talent littéraire remarquable, elle nous a laissé une œuvre ayant connue un grand succès à l’époque. De ce fait, certains vieux de la vieille  se souviendront peut-être de cette Fadette, laquelle entrait littéralement à l’intérieur des chaumières, en publiant  ses chroniques,  entre 1911 et 1946. Mais finalement, plusieurs en auront conservé un vague souvenir, un sourire amusé, ou une simple référence en bas de page.  Pourtant, elle
en fit cinq recueils, regroupant ses meilleurs papiers, rappelant combien la condition des femmes était difficile à l’époque. Mais, c’est en lisant son
journal intime, que je fus, pour ma part, happée par la beauté de cette plume, et le destin de cette femme.  En effet, l’art de madame Dessaulles possède la simplicité directe de la société qui l’inspire, s’adressant à l’intime, d’abord et avant tout.  Il faut dire que ses mots sont empreints d’une telle vérité psychologique, qu’ils rejoignent, dans la galerie de notre mémoire, des anecdotes historiques et des souvenirs de famille; tant et si bien qu’on se demande si ces personnages sont réels ou fictifs, si tout cela a bel et bien existé, tant l’écriture est ornée d’une touche discrète de poésie, ou agrémentée d’humour. En somme, Henriette Dessaulles manifeste, dans l’écriture de son journal, un talent exceptionnel pour utiliser une langue vivante, et mettre en lumière de savoureux canadianismes, sans verser dans le commun ou le vulgaire. C’est un art difficile où plusieurs auteurs de talent se sont fourvoyés. De plus, le sens d’observation de cette grande dame n’a de cesse de ravir les esprits, tant l’éclairage est savamment dosé, sachant faire la part des choses, montrant les défauts, mais aussi les qualités des gens, par exemple l’ardeur au travail des religieuses, l’hospitalité cordiale et sans calcul des domestiques, le tout avec un fort esprit libéral, pour l’époque.  Ainsi, il semble bien qu’il exista une autre femme derrière l’image de la sage Fadette, une femme assumant sa liberté d’être et de penser. Mais comment savoir ? Rien n’a été écrit sur elle, ou si peu.  Nous voilà donc réduit à nous contenter de lire entre les lignes, avec le peu d’informations disponibles sur sa vie, sinon que le nom Fadette fut choisi par Henriette elle-même, en référence à Georges Sand et son célèbre roman « Fadette ». Et tout le reste n’est que littérature ! Nous n’en savons rien, et je tenterai de poursuivre mes recherches à ce sujet, afin de vous en livrer les fruits, dans un prochain article. Quoi qu’il en soit, s’il y a une chose à savoir, c’est qu’il ne faut pas se fier aux apparences. En effet, sous ses allures délicates et fragiles, Henriette Dessaulles, était une femme  forte, un gant de fer, et il a fallu, de toute évidence, du courage à cette femme, pour écrire ainsi, dans l’aventure d’une vie traversée par le drame:   la perte de l’être tant aimé.

Bref, plus d’une fois j’ai songé à mes ancêtres, en lisant ce livre. Eux aussi ayant tant lutté, tant aimé la terre, les livres, la musique, et la vie; et selon leurs tempéraments respectifs, l’ayant vécue dans ce qu’elle nous offre de plus vrai, de plus beau, et cela dans nos traditions, à la fois québécoises et canadiennes.

 

Dessaulles, Henriette ,  Journal, Bibliothèque du Nouveau Monde, Les Presses de l’Université de Montréal, 1989, Montréal, Québec.

 

 

17 septembre, 2012

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 15:53

Jamais, nous oublions notre « premier » livre, le premier contact avec « LE » livre, oui oui celui-là qui marque l’imaginaire à tout jamais!

Parfois, il s’agit d’un livre d’enfant, un livre d’images, parfois un magazine et parfois un livre d’adulte. Néanmoins, la découverte du premier livre est, pour l’enfant, une expérience qui pave la voie aux autres lectures à venir. En effet, ce premier contact constitue un repère, c’est une sorte de référence rassurante. Il y a plusieurs « premières fois » dans une vie : premiers mots, premier amour, premier baiser, premier film, premier concert, premier chagrin, première mort. Depuis quelques années, on s’intéresse beaucoup à l’effet marquant du premier livre dans la construction de l’imaginaire chez l’enfant. Pour certains enfants, l’impact du premier livre est très important, à tel point qu’il pose la pierre au socle d’une fantasmagorie qui s’imprime pour la vie, et suscitera de ce fait, des émotions indélébiles. En effet, rendu à l’âge adulte, des sentiments d’enfance font progressivement ressurgir de vieux souvenirs, notamment influencés par la lecture et l’atmosphère où se faisait ces lectures. En effet, qui peut dire l’impact réel du tout premier livre ?  Poser la question, c’est y répondre. Dans son essai philosophique sur l’entendement humain, John Locke explique le caractère de certaines idées, lesquelles découlent en réalité de ponts, d’intermédiaires, dans les fondements de l’imaginaire.  Rayan, peut, par exemple, dès l’âge de 2 ans, imaginer une histoire en regardant les images de son livre préféré. Bien qu’il ne sache pas lire, il s’invente « un rapport au monde », il devine les mots, il observe les lettres, les illustrations et les couleurs. Tout parle un langage à venir : il commence à reconnaître certaines lettres, certains mots, la ponctuation, l’organisation d’une phrase et d’un texte. En somme, au cœur des apprentissages, le livre revêt une importance capitale qui alimente actuellement bien des réflexions sur les compétences transversales en éducation, c’est-à-dire des compétences et habiletés qui peuvent être appliqués à plus d’une discipline. En effet, la lecture est souvent « un pont » vers d’autres habiletés; il faut donc impérativement mettre les enfants en contact avec les livres dès le plus jeune âge. L’acquisition des compétences, peut importe l’âge, a besoin de complémentarité. En ce sens, lire des histoires à l’enfant comble un besoin affectif; alterner la lecture avec maman et papa est l’idéal, mais la façon dont l’enfant construit son affect est avant tout périphérique, l’atmosphère au moment de la lecture est donc importante, ainsi que le sentiment de sécurité, le calme, le ton de la voix. Les grands-parents peuvent aussi être de bons guides dans la découverte du livre et se révéler de formidables conteurs. L’importance des mutations sociales et familiales ne doivent pas nous faire oublier de créer des formes de stabilité – « faire du sens »-,  avec l’enfant. Les livres sont d’extraordinaires vecteurs de création, ayant des répercussions dans le quotidien et la construction des savoirs. Les livres et recueils de poésie, style haïku, peuvent constituer en ce sens des petits clin d’œil amusants sur les moments du quotidien; ne pas hésiter donc à lire de la poésie aux enfants. En effet, ce genre littéraire est tout à fait ludique et plusieurs enfants en raffole! En plus de permettre de faire des jeux de mots, rimes et comptines, la poésie permets de réfléchir à des expressions métaphoriques et créer des moments très amusants avec l’enfant.

Pour les besoins de cet article, j’ai recueillis des commentaires, tant du milieu journalistique, politique que culturel et il ressort que l’impact du tout premier livre est assez variable d’un individu à l’autre. Toutefois, le contact avec le premier livre qui « marque » est souvent un révélateur étonnant de ce que deviendra plus tard l’enfant. En effet, j’ai noté que certaines personnes publiques, notamment en politique, n’avaient pas été nécessairement marqué par un livre, mais plutôt par une publication scientifique ou d’intérêt général. Idem pour certaines personnes dans le domaine artistique, qui m’ont révélé n’avoir jamais été marqué par un livre, mais plutôt par le livre que lisait par exemple une personne significative pour eux, ou alors par la visite à la bibliothèque : « j’aurais pu y passer ma vie! ». Aussi, certaines personnes m’ont confiés avoir des images très précises d’odeurs maternelles lorsqu’ils étaient petits, tandis qu’une grande sœur, maman ou grand-maman lisait une histoire avant le dodo. D’autres ont en tête des détails un peu flous, tels des personnages ou des histoires, sans livre réel en tête. Bref, le spectre de l’impact du premier livre est large et  prends différentes formes, mais quoi qu’il en soit, il demeure spectaculaire chez certaines personnes. En effet, les joies de la lecture sont parfois tellement marquantes que  l’enfant en conserve pour toujours des souvenirs indélébiles, d’autant plus précieux qu’ils s’accordent à la conception d’une vision du monde et augure un bel avenir de découvertes littéraires.

Le choix des lectures est important et selon l’âge de l’enfant, il faudra privilégier tels types de lectures à d’autres. Ainsi, les lectures fantastiques pour enfants doivent être introduites à un âge où l’enfant peut faire la différence entre la réalité et la fiction. Les simples illustrations de ce genre littéraire sont assez explicites tant qu’à l’impact extraordinaire dont il est question ici. Idem pour le genre noir ou « histoire de peur », tout est une question de bon sens, et bien que les enfants réclament souvent ce type d’histoires, après le cauchemar inévitable qu’il suscitera au dodo, il n’est plus du tout de cet avis. Bref, c’est à l’adulte de décider du genre de littérature à mettre entre les mains de l’enfant. Aussi, prendre l’habitude de visiter des librairies avec l’enfant est une bonne idée. Sébastien, 7 ans, et sa maman vont tous les samedis se promener en ville et sur la rue St-Denis; ils visitent ensemble des librairies, et s’attardent ensuite dans le parc du Square Saint-Louis, pour lire un peu devant la fontaine. La joie de ces moments de complicités, de rires, et de confidences se prolonge durant toute la journée, et exercent une impression forte sur l’enfant. Il existe à Montréal une panoplie de charmantes petites librairies indépendantes où le service est rempli d’égards, conseils, discrétion et de courtoisie. À l’âge adulte, l’enfant se souviendra de ces formidables explorations urbaines et en chérira chaque parcelle dans un bonheur continu. Plus tard, une fois adulte à son tour, s’il a des enfants, il en préservera la tradition, tant ces moments seront gravés en lui comme référents positifs. En effet, l’éducation est à la fois la capacité d’apprendre dans les livres et dans la vie en elle-même. Les souvenirs du premier livre sont souvent un vecteur formidable pour aider l’enfant à allier les deux ensemble, et assurément construire le socle d’expériences significatives.

23 août, 2012

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 2:17

Les bonbons, le chocolat, les dragées, les jujubes, les friandises…. POUR OU CONTRE ?????

Tous les enfants raffolent des bonbons, qu’ils associent au plaisir et à la fête.  Plusieurs compagnies font des pieds et des mains pour créer des surprises afin de rendre les enfants joyeux.  De slogans publicitaires, en jeux d’animation, tout est prétexte à la vente des friandises, ce marché lucratif s’adressant aux enfants.  De plus en plus de boutiques spécialisées dans les fêtes et confiseries offrent maintenant de vieux classiques, tels les chewing-gum, sucettes colorées, et jujubes.  De cette dernière friandise, remise au goût du jour, on assiste à un réel engouement, notamment à New York, et depuis peu, à Montréal.  En effet, les jujubes, se déployant en centaines et en centaines de saveurs étonnantes, deviennent ainsi de véritables merveilles gustatives.  Les fêtes d’anniversaires contribuent également à cette fureur :« Elsie fut très surprise lorsque qu’elle a vu son gâteau d’anniversaire, garni de jujubes colorés et de candy-flowers  », explique sa maman.  En effet, les brochettes de bonbons, les pièces montées à base de jujubes, les bonbons bio, les pâtes de fruits, tout semble mis en œuvre pour offrir aux enfants les bonbons de leurs rêves les plus fous !

Faut-il en donner un peu, beaucoup, passionnément ?

D’où vient ce phénomène, alors que « dans mon temps », avec ma mère, après son travail, nous allions au petit dépanneur du coin, et avec mon petit sac de papier brun, je choisissais des bonbons à une cent .  En plus de coûter trois fois rien, cette petite gâterie était rarissime, ma mère ayant plutôt en tête une pomme verte comme collation.  En fait, cette surenchère actuelle, cet appétit de tous les plaisirs, est en lien avec notre surconsommation, laquelle puise sa source directement à nos valeurs fondamentales.  Plusieurs recherches font la corrélation directe entre l’hyperactivité et la consommation de bonbons.  Cela n’est plus à démontrer : les additifs alimentaires, présents dans de nombreuses friandises sont pointés du doigt, de même que les sucres rapides qu’ils contiennent en abondance.  En somme, pas bon pour les dents, ni pour la masse corporelle, or on le sait, l’obésité chez les jeunes a le vent dans les voiles.  Ainsi, les parents doivent, plus que jamais, demeurer vigilants et lire les emballages, ne pas hésiter à poser des questions.  En fait, un petit plaisir par-ci par-là est une chose, et une habitude régulière en est une autre.  En ce sens, il n’est pas facile d’expliquer aux enfants que ce qui fait leur joie suprême, est souvent mauvais pour la santé.  L’enfant commence ainsi à apprendre à surmonter les tentations et à gérer ses frustrations.  Un apprentissage ardu, il va sans dire.  En tout cas, il est facile d’observer que dès qu’un enfant voit des bonbons, ou en a dans ses mains, son attitude change, voire bascule complètement.  Le monde peut bien disparaître, l’avidité à avoir le bonbon, ou mieux à le manger, devient une fixation.  La nature humaine étant ce qu’elle est, il m’est arrivé d’être témoin de bagarre d’enfant ayant pour enjeu des jujubes.  En ce sens, je suis contre l’utilisation des bonbons comme outil pédagogique, certaines écoles n’hésitant pas deux secondes à en faire une composante de la méthode du renforcement positif.  C’est pire que de la bêtise, c’est de l’inconscience.  « Pas grave » diront certains, les enfants ont droit à des petits plaisirs, et puis, ce ne sont que des bonbons, il y a des problèmes beaucoup plus importants à gérer dans la vie ».  Bien sûr, l’apprentissage du bonheur facile, comme au temps de la béatitude, se confond ici avec une violence passive, mais non point sourde et muette.  Ah, mais ce ne sont que des bonbons et j’oubliais : quel sujet futile !  Quand on y pense…

20 février, 2012

Papa a toujours raison !

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 2:05

      « Quand je serai grande, je me marierai avec papa », affirme Ophélie avec conviction, sous les sourires amusés de sa famille. En effet,  à l’âge de 4 ans et demi, cette petite est pour le moins déterminée !  De toute évidence,  la réalité comporte sa part de tragique dès cet instant, car il est tout à fait naturel, pour un jeune enfant, d’éprouver un sentiment de cette nature, comme une flambée d’amour incommensurable pour le parent, souvent celui de sexe opposé.  En effet, quel que soit sa culture, l’enfant traverse une crise oedipienne, souvent passagère, mais pouvant tout de même durer de quelques mois à plusieurs années. Les parents d’Ophélie avaient bien sûr entendu parler de la légende d’Œdipe et de son fameux concept, mieux nommé « complexe », terme inventé en 1910 par le père de la psychanalyse Sigmund Freud.  Très audacieux pour l’époque, cette découverte dresse la table de toute la psychologie moderne. En effet, qui n’a jamais entendu parler du « complexe d’Œdipe », qui, fait à noter, passe parfois complètement inaperçu. Mais qu’en est-il exactement ? Vaste question ! Surtout compte tenu du fait que  celui-ci se manifeste de diverses manières, à des âges divers, et cela selon les personnalités de chaque enfant. Par exemple, pour Ophélie, (comme pour la majorité des petites filles), c’est entre l’âge de 2 et 5 ans qu’il se crée une forte attraction envers le père, exactement comme si celui-ci était ni plus ni moins son héros, et à rechercher sans cesse sa compagnie.  Jusque là tout va bien, sauf que cette attraction peut prendre forme de manière fanatique, et bien que cet élan soit tout à fait naturel et complètement asexué, la petite fille pourra devenir progressivement possessive, au point de chercher à être constamment en présence du père, et même à écarter la mère, plus ou moins subtilement.  Cette période est importante, naturelle, et doit être vécue sereinement, voire avec humour, si elle se manifeste sous cette forme, car la petite se retrouve prise au cœur d’une forte ambivalence via ses sentiments, ce qui n’est pas des plus confortables pour elle. Ainsi, Il est sage de dédramatiser la situation, prendre « les choses avec un grain de sel », par exemple lorsque  Ophélie lance des oeillardes sans équivoque à son père, lui exprime haut et fort des déclarations admiratives, ou même saute carrément dans le lit conjugal le dimanche matin, et tente d’éjecter maman !  En réalité, ces « crises de jalousie » sont tout à fait normales et même nécessaires, jusqu’à un certain point, dans le développement de l’enfant. Cette situation est intéressante à observer, car en même temps qu’elle se manifeste, Ophélie craint de « perdre l’amour » que sa mère lui porte; ce qui ne manquera pas, tôt ou tard, d’amener une certaine confusion, voire de la culpabilité, dans l’esprit de l’enfant.  Bref, le « Complexe d’Œdipe » se manifeste souvent ainsi chez la petite fille et l’important pour les parents et la famille élargie est de savoir prendre « les choses avec un grain de sel ». Généralement, après l’âge de 6 ans, cela s’estompe progressivement,  voire disparaît soudainement du jour au lendemain ! Tout est bien qui finit bien ! Ainsi, Ophélie a admis tout bonnement un beau matin : « je ne pourrai jamais, jamais, épouser papa ! » En effet, l’évacuation du complexe d’Œdipe, se termine généralement vers l’âge de 6 ou 7 ans, mais cela ne veut pas dire qu’il ne peut se produire plus tard dans la vie de la petite fille, voire de la jeune fille. Cela est un phénomène intéressant, d’autant plus qu’après avoir été évacué, il n’est pas rare d’observer que ce renoncement s’accompagne de frustration de la part de l’enfant, car cette impossibilité se révèle être vécue comme une déception plus ou moins importante selon la personnalité de chaque enfant. Qui plus est, il est possible que l’évacuation du complexe d’Œdipe ne s’efface jamais et perdure tardivement, voire jusqu’ à l’âge adulte.  De cette impossibilité, il se peut que cela soit vécu de manière positive ou négative, selon le tempérament de chaque enfant. En effet, dès que la jeune fille aimera un jeune garçon, cette situation se révélera positive : cette impossibilité d’épouser le père, cet amour impossible donc, est celui qui rendra possible tous les autres. Il constitue alors une force et un moteur. À l’inverse, si la jeune fille persiste à vivre dans le déni, son impossible amour va devenir véritablement frustrant,  indélébile, ce qui rendra difficile une relation avec un autre homme. Il sera donc vécu comme un boulet.

LA FILLE À PAPA

 Le rôle que joue un père dans la vie de sa fille, et l’impact du regard paternel sur celle-ci est ce qui donne un sentiment de confiance. En effet,  Jean Piaget, ce célèbre chercheur en éducation a écrit abondamment sur cette question, a contrario du sentiment de méfiance; ainsi le regard positif du père sur la petite fille est déterminant pour l’avenir.  En effet, lorsque le papa d’Ophélie la regarde avec bienveillance, amour, fierté, curiosité, il place, sans en être peut-être parfaitement conscient, le socle sain sur lequel construire de nouveaux apprentissages.  Ainsi, la capacité de pouvoir évacuer le complexe d’Œdipe implique nécessairement la présence du père, sans quoi la femme adulte cherchera soit un homme ressemblant à son père, ou au contraire, le parfait contre-modèle : quoi qu’il en soit, elle sera en recherche. Un bon père ne doit ni être trop absent, ni trop présent : ce « trop » ne pardonne pas et empêche le développement idéal de l’enfant. Bien entendu, la perfection n’existe pas, et la recherche d’équilibre demeure un exploit, surtout compte tenu des exigences de la vie moderne.  Vivement le jour duquel nous verrons des thèses réellement éclairantes en éducation sur les rôles de symétrie du père et de la mère, sans verser dans les analyses dogmatiques et idéologiques : en effet, le père n’est pas une autre mère !  En ce sens, il a été démontré qu’un « papa-poule », ou « homme rose », peut renforcer le sentiment du complexe d’Œdipe; en somme, le père doit trouver sa juste place, laquelle s’installe avec l’accord tacite de la mère, et cela dès la naissance du bébé. En effet, la relation entre la mère et le bébé est fusionnelle;  ce n’est que plus tard que la petite fille cherchera à s’affirmer naturellement de celle-ci pour s’ouvrir au monde, tout en essayant de créer, paradoxalement, une autre relation fusionnelle, cette fois-ci avec le père. Ainsi, l’Œdipe vécu clairement est une phase tout à fait normale, et importante, dans le développement psychique de l’enfant. Le père doit éviter toutes ambiguïtés envers sa fille, car l’ambiguïté égare l’enfant et sème la confusion.  Nécessairement, il doit montrer que la mère est en contrôle de la situation, et que tout ce qui touche l’intimité du couple est sans partage. En effet,  selon l’intensité et la personnalité de chaque enfant, la petite fille peut devenir entreprenante,  charmante, séductrice,  et cela d’une manière plus ou moins obsessive. En revanche, le père ne doit pas se distancier de sa fille, mais au contraire investir sainement le rapport père-fille, par exemple en s’intéressant à ce qu’elle fait à l’école, à savoir si elle aime son enseignante, qui sont ses ami(es), si elle a un petit ami de cœur (et se réjouir si tel est le cas !), bref, il faut aider la petite à sortir de cette phase en créant les conditions propices. De plus, en plein cœur de cette phase, l’enfant demeure constamment à l’affût des manifestions d’amour surgissant entre le père et la mère. Il peut même arriver qu’elle refuse tous câlins de la part de la mère, voire même souhaiter ouvertement la mort de celle-ci. Tout cela est normal et il convient que la réaction concrète des deux parents  demeure cohérente afin d’émettre des messages clairs pour l’enfant.  Par exemple, la mère doit demeurer aimante et attentive envers sa famille, malgré la situation pouvant prendre parfois des allures négatives. Tant qu’à lui, le père doit éviter d’affubler l’enfant d’un surnom qu’il donne généralement à la mère : par exemple : «tu sais, tu es ma petite chérie »,  ou : «  Allez ! À table mes chéries ! » En effet, cette situation exige de la délicatesse,  du bon sens, et une bonne dose d’humour de la part des parents.  En somme, il ne faut pas oublier que cette situation ne convient pas du tout à l’enfant; elle est frustrante et elle est vécu péniblement, un peu comme si la petite fille se retrouvait coincée dans une impasse.  Ainsi, c’est en surmontant cette situation qu’elle pourra poursuivre harmonieusement son développement psychique, et ses parents peuvent l’aider grandement en ce sens.

 

 

 

6 février, 2012

Monsieur Lazhar, vous connaissez ?

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 1:20

 

En littérature, l’œuvre se crée lentement : on bâtit mot à mot. Le lecteur va de même, qui appréhende le monument, dans le détail, à tout moment. Le cinéma se poursuit dans ce continuum, avec, en prime, un autre niveau de lecture; l’histoire trouve une autre incarnation, et se fixe visuellement au monde, comme pour ajouter à notre compréhension, et bien sûr à notre plaisir. Ainsi, j’étais joyeusement impatiente d’aller voir ce film : « Monsieur Lazhar », et je me souviens de la toute première fois que je l’ai vu, lui, ce professeur débarqué tout droit d’Algérie; je me suis dit : « quelle belle chose que le talent d’enseigner. » En effet, on aura beau dire, on aura beau faire, c’est une qualité irremplaçable. Ainsi, travaillez, prenez de la peine, nous dit le fabuliste, c’est le fond qui manque le moins. Bien sûr; mais celui qui, précisément, manque le plus aux professeurs actuellement, c’est le talent. Avec nos sempiternelles réformes en éducation, nous avons perdu le sens du mouvement visant à « élever » l’enfant, du dynamisme de l’action portée vers l’étude et la compréhension des œuvres classiques, de l’art oratoire, et de la vérité psychologique. Pour « Monsieur Lazhar », le plus récent film de Philippe Falardeau, tout a commencé par le talent, ensuite, par sa passion communicative. Tout est là. Pourtant, la mise en situation se construit tout de suite autour d’un suicide, l’ancien professeur s’étant pendue dans sa classe, craquant sous la pression; car oui, enseigner est difficile, oui cela engage toutes les facettes de la personnalité, et craquer, cela veut dire dans le milieu de l’enseignement : burn-out, congés maladie, dépressions, et parfois l’irrémédiable arrive, un peu comme dans le film. En effet, la vie a plus d’imagination que les écrivains, la plupart du temps, mais pour les cinéastes, du moins pour Philippe Falardeau et son film « Monsieur Lahzar», il faut y voir un compte-rendu assez fidèle de ce qui se passe concrètement, sur le terrain, dans nos écoles. Ainsi, l’action, les personnages, les lieux, -après la prémisse tragique de départ-, nous amènent dans le quotidien de cet immigrant algérien, fraîchement débarqué au Canada, in extremis suppléant d’une classe pour le moins particulière, dans une école typique du Québec. Ainsi, Monsieur Lazhar, pose ce geste heureux d’aller poser sa candidature comme suppléant au bon moment, comme on s’élance dans l’espace soudain touffu, soudain gorgé d’odeurs nouvelles; un regard rempli de nécessité : ce sont des moments de ferveur, ceux-là qui nous font agir avec l’énergie du désespoir, et poser précisément le bon geste, au bon moment. La tentation de critiquer le système d’éducation actuel se dresse aussi, infinie. En effet, on sort de la salle de cinéma avec le goût d’écrire, la responsabilité d’exprimer cette réalité, l’odeur de la craie sur le tableau, l’odeur des atmosphères, jusque dans les mots. Aussi, surtout, afin de comprendre la sensation de l’immigrant, sa réalité, jusque dans l’évitement de la souffrance, et ces joies partagées dans ces silences ou tout se livre, ou tout s’entends, à commencer par l’inhabituel. En effet, chez Philippe Falardeau se devine ce souci de bâtir les histoires à même la vie, se terminant par d’honnêtes vérités, sagesse des nations appelées moralité. Impossible, donc, de sortir de ce visionnement sans avoir le cœur navré, tout pantois, en même temps qu’illustré de riches images colorées, mais à l’extrême opposé de l’art naïf, avec ce genre de satisfaction grave de celui qui sait le long chemin, la traversée du désert, et les illusions : ces contes de tous les jours.

De plus, l’intrigue dicte la matière, ses luttes et ses paradoxes pas toujours brillants : l’éducation, sa réalité. Il y a de quoi là provoquer un petit scandale, penser à une autre révolution. En effet, j’ai été touchée par le tempérament de Monsieur Lahzar, ce qu’il porte de puissant : un genre de résistance, de liberté, un symbole de transmission, par exemple la manière dont il arrive à créer une complicité avec sa classe, ses collègues. Une lente et belle patience dans un pays enclin aux murmures, à l’effacement, qui ne se résout pas à faire. Ainsi, il serait déraisonnable de penser qu’il se sent à l’aise comme un poisson dans l’eau dans cette petite école du Plateau Mont Royal, mais nous assistons néanmoins, jour après jour, à sa métamorphose, tout en partageant ses relents du passé, sa démarche existentielle, de laquelle Falardeau va nous entretenir, jusqu’à la toute fin du film. En même temps, le fil cinématographique nous amène dans le récit d’anecdotes, amusant souvent Monsieur Lazhar, mais qui ne masque pas ses plaies, qui laisse deviner la tension intérieure de cet homme solitaire, algérien, qui a laissé sa femme là-bas, et dont nous apprendrons plus tard tout le drame personnel et politique. Bref, Philippe Falardeau est un véritable portraitiste et un critique social efficace; son style est discret, travaillé, mais souple et surtout parfaitement naturel.

En somme, je vous invite toutes et tous à voir, et même revoir, ce film; à en discuter autour de vous, à écrire si vous le pouvez, afin de le porter plus loin, plus haut, pour le fixer concrètement dans nos réflexions sur l’avenir de l’éducation au Québec, vaste sujet s’il en est, et dont nous semblons parfois avoir peur de dépeindre collectivement. En effet, au Québec, on passe souvent à deux doigts de faire quelque chose, à deux doigts d’aller au bout du monde, à deux doigt de créer de véritables chefs-d’œuvre.

29 juin, 2011

Classé dans : Non classé — ll2020 @ 12:54

La philosophie vécue et appliquée au quotidien, vous connaissez ?  C’est l’indispensable objet de la philosophie, soit la dimension du travail journalier, critique, quotidien, dans l’expression des valeurs philosophiques, afin de donner  ou redonner de l’énergie, de la vie, aux choses parfois les plus simples, voire les plus banales, de nos moments de tous les jours.  La philosophie est un genre culturel particulier, indissociable de la raison, et s’expliquant ainsi concrètement dans la réalité vécue. En effet, elle demeure une dimension importante, se situant en amont de la rhétorique.  En fait, il n’existe pas de vie « ordinaire » en philosophie, car à l’intérieur de toutes vies coexistent « le devenir réel », ce qui présuppose, comme disait brillamment Hegel, qu’il faille s’exercer à renoncer aux méthodes de spéculations pures, pour favoriser a contrario de nouvelles formes d’incorporation du réel au monde humain, dans la vie de tous les jours, afin de pouvoir philosopher  simplement, car la vie est quotidienne, et tellement quotidienne !   

Justement,  je souhaite, par la rédaction de cet article, vous entretenir d’un livre intimement et entièrement associé à cette attitude philosophique : « PENSÉES pour vivre au quotidien», deuxième recueil de la très éclairée auteure et philosophe: Danièle Geoffrion, publié aux Éditions du CRAM.  De toute évidence, ce livre s’inscrit dans le continuum de la publication du premier recueil « Philosopher pour vivre au quotidien  - du sens et des mots -, tout en suggérant une ouverture pour aller plus loin en soi, plus profondément, afin de susciter l’envol  de tout ce que l’on porte enfouis, et qui ne demande, souvent, qu’à se laisser happer par la lumière de la réalité.  De plus, ce tome 2 ajoute une facette supplémentaire à la dimension individuelle, pour entrer au cœur de l’action sociale, à l’intérieur des liens étroits de la concrétude, afin de favoriser des passerelles entre ce qui constitue et conduit nos sociétés démocratiques. En effet, le philosophe pratique est celui qui capte la grandeur de toutes ces idées, afin d’y réfléchir à partir d’une démarche philosophique vécue loin des cartographies abstraites,  pour mieux la transposer sur le quotidien, pour aider tout un chacun à habiter le monde avec sérénité, à réfléchir avec simplicité et intelligence, sans cultiver d’ambiguïté volontaire ou involontaire, ou autres mécanismes de défense.  Ainsi, nous devenons toutes et tous des philosophes, à l’intérieur de cet objet philosophique incroyablement riche qu’est le quotidien.  De ce fait, cessons d’être effrayés par la philosophie !  Bien au contraire, c’est avec une exquise simplicité, sans argumentation, complications ou autres brusqueries, que nous invite l’auteure, pourtant savante et fort érudite, à philosopher, au-delà des théories, concepts, et schémas intellectuels.  C’est que la philosophie est avant tout populaire, et doit le demeurer, condition sine qua none à sa compréhension réelle. C’est ce qu’on appelle : « vivre sa pensée », et c’est ici, précisément, que ce petit livre-bijou de Danièle Goeffrion,  « PENSÉES pour vivre au quotidien » prends toute son importance, en nous invitant à une méditation quotidienne par des aphorismes inspirants, puisés à même la vie de personnes réelles, et qui constitue, en ce sens, une véritable recherche d’équilibre, favorisant l’hygiène mentale de chaque instant. 

En somme, il est impossible de ne pas tomber complètement sous le charme de cette invitation, tellement que cela peut surprendre, l’espace d’un instant, les esprits agités. De la même manière, ce livre invite à l’observation attentive de tout ce qui nous entoure, en particulier la nature, afin d’entrer petit à petit dans un état de contemplation bienfaisant. De plus, les instants de grâce de la vie sont également riches à noter, par exemple une marche en forêt dans le calme voluptueux, ou tout autres moments duquel nous avons le sentiment profond d’être en accord parfait avec le monde. En effet, il est bon d’apprendre à observer la nature, la manière spéciale qu’elle a de se régénérer, ses bruits familiers, son ordre naturel,  ses cycles et ses saisons.  La sagesse, au cœur de l’homme, est bien nichée dans sa solitude existentielle, et puise en elle-même un espoir, dont ce livre se fait un doux écho. À la lecture, et cela dès les premières pages, ne soyez donc pas étonnés de vous sentier particulièrement apaisés, conscients, et déterminés dans la découverte des pages suivantes.  C’est également à la tendresse que ce livre invite, et à la paix, avec une nouvelle manière d’aborder la vie, une autre manière de respirer, de voir le monde, en embrassant un horizon plus large, et surtout plus harmonieux.  Bref, un nouvel art de vivre, certes, et aussi un réel engagement, dans la libre-pensée,  pour un nouveau vivre-ensemble, à l’intérieur d’une philosophie réellement humaniste.   

Geoffrion, Danièle , « Pensées- pour vivre au quotidien- », Éditions du CRAM, Montréal (Québec) CANADA, 158 pages, 2011. 

 

 

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